Bélarus: deux dirigeantes d'un média indépendant condamnées à 12 ans de prison

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Un tribunal de Minsk a condamné vendredi à douze ans de prison deux dirigeantes du site d'information indépendant Tut.by, en pleine vague de répression orchestrée au Bélarus par le régime d'Alexandre Loukachenko.

Selon l'ONG spécialisée Viasna, la rédactrice en chef du site Marina Zolotova, 45 ans, et sa directrice générale Lioudmila Tchekina, 54 ans, ont été condamnées à l'issue d'un procès à huis clos ayant duré plus de deux mois.

"Le verdict visant nos collègues est une cruelle vengeance pour avoir transmis avec (leur média) Tut.by la vérité aux Bélarusses", a réagi l'Association bélarusse des journalistes, précisant que 36 employés de média étaient actuellement emprisonnés dans le pays.

La cheffe de l'opposition bélarusse en exil, Svetlana Tikhanovskaïa, a pour sa part dénoncé une "nouvelle tentative de tuer le journalisme honnête".

"C'est une vengeance visant deux femmes magnifiques et deux grandes professionnelles (...) Je n'ai absolument aucun doute que leurs valeurs (...) vaincront et qu'elles retrouveront la liberté. Et tant que le monde ne pourra pas les entendre, nous serons leurs voix", a indiqué Mme Tikhanovskaïa dans un communiqué.

Marina Zolotova et Lioudmila Tchekina étaient notamment accusées d'évasion fiscale et d'incitation à la haine sociale, des charges qualifiées auparavant d'"absurdes" par l'ONG Reporters sans frontières (RSF) qui s'est insurgée vendredi contre une "condamnation inique".

Les deux femmes sont apparues au verdict dans la cage en verre réservée aux accusés, les mains menottées et souriant timidement, selon des images publiées par le média d'Etat Belta.

Elles avaient été arrêtées en mai 2021 et se trouvent depuis derrière les barreaux. Deux journalistes et une avocate de Tut.by, qui ont fui le Bélarus, sont également jugées séparément par contumace.

La condamnation de vendredi est emblématique de l'impitoyable répression que mène M. Loukachenko contre toute critique de son régime, depuis un vaste mouvement de contestation qui l'a fait vaciller en 2020.

Pendant des semaines, le site Tut.by, très populaire, avait couvert cette contestation qui a rassemblé des dizaines de milliers de personnes dans les rues de Minsk et d'autres villes pour dénoncer la réélection très contestée d'Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis trois décennies.

- 10 ans de prison pour deux autres femmes -

Tut.by avait été qualifié d'"extrémiste" par les autorités et bloqué au Bélarus en 2021. Mais plusieurs de ses journalistes ayant quitté le Bélarus ont relancé le site sous un nouveau nom, Zerkalo ("miroir", en russe).

"Nous sommes fiers de vous. Votre intégrité et votre persévérance sont un exemple pour chacun d'entre nous", ont déclaré les journalistes de Zerkalo dans un message publié vendredi sur leur site, avant le verdict.

Plusieurs opposants et figures de la société civile de premier plan ont été condamnés à de lourdes peines de prison ces derniers mois.

Quelques minutes avant le verdict contre les dirigeantes de tut.by, deux autres femmes, Valeria Kostiougova et Tatiana Kouzina, ont été condamnées à dix ans de prison par le même tribunal de Minsk.

Arrêtées en juin 2021, la première travaillait comme politologue et la seconde était une experte des questions d'administration publique. Elles étaient accusées "de complot visant à prendre le pouvoir", appels à nuire à "la sécurité de l'Etat" et "incitation à la haine".

Début mars, l'opposante Svetlana Tikhanovskaïa été condamnée par contumace à 15 ans de prison, à l'issue d'un procès qu'elle a qualifié de "farce" judiciaire.

Le 3 mars, le militant Ales Bialiatski, colauréat du prix Nobel de la paix 2022 et figure du mouvement démocratique au Bélarus où il se trouve toujours, a lui été condamné à 10 ans de prison.

Selon l'organisation bélarusse de défense des droits humains Viasna, le Bélarus comptait 1.460 prisonniers politiques au 17 mars.

Les Occidentaux ont imposé de lourdes sanctions au Bélarus pour la répression des manifestations de 2020, mais le régime de M. Loukachenko jouit toujours du soutien indéfectible de Moscou.

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