À 25 ans, le jeu vidéo Les Sims captive toujours : «On peut faire des choses que l’on n’ose pas dans la vie»

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GÉNÉRATIONS - Le célèbre jeu vidéo américain fête ses 25 ans ce mardi 4 février. Adeptes de la première heure, les joueurs racontent au Figaro les meilleurs souvenirs de leur fausse vie virtuelle.

Chez Virginie, 24 ans, Les Sims sont bien plus qu’un jeu vidéo, une «religion» qui se pratique en famille. Durant toute son adolescence, la jeune femme passait ses week-ends attablée avec ses deux grandes sœurs, les yeux rivés sur leurs ordinateurs portables, dans le salon de leur maison située dans l’Oise. Les trois adolescentes d’alors jouaient aux Sims avec, en fond sonore, la série du moment, «souvent Les Frères Scott», raconte la communicante, avec un brin de nostalgie dans la voix.

Comme Virginie et ses sœurs, des millions d’utilisateurs se divertissent depuis des années en jouant les démiurges. Le jeu, qui fête ses 25 ans ce mardi 4 février, consiste en effet à créer et diriger la vie d’un ou plusieurs personnages - appelés «Sims» - en les faisant évoluer dans leur foyer. Le joueur peut bâtir sa maison, la décorer, organiser sa vie de couple et sa vie de famille... jusqu’à son décès. Lors de sa sortie en 2000, le jeu avait été présenté par son créateur l’entreprise américaine Electronic Arts (EA), comme une projection humoristique et décalée de la société, sans réel objectif. Depuis, quatre versions du jeu sont sorties et plus de 200 millions de copies se sont écoulées, faisant des Sims l’une des sagas de jeux vidéo les plus lucratives. En 2019, EA indiquait avoir engrangé plus de 5 milliards de dollars de bénéfices grâce aux Sims.

Dix ans plus tard, Virginie continue d’entretenir sa passion, mais avec son conjoint. «Parfois on organise des soirées Sims avec ses sœurs durant lesquelles on se lance des défis à relever chacun de notre côté, comme créer une maison qui pourrait appartenir au Père Noël», poursuit-elle. Loin d’être une «geek», la Parisienne passe des heures sur ce jeu aux «possibilités infinies», notamment dans la création des personnages. «Tu peux être une sirène, un vampire, une star d’Hollywood ou un fermier. L’ennui arrive très tard», s’enthousiasme-t-elle.

Les joueurs des Sims apprécient créer des personnages différents, parfois surnaturels comme des vampires ou des fantômes. The Sims 4 : Life and Death Press kit

«Défouloir»

Quand elle avait 12 ans, Léa prenait du plaisir à «simuler [s]a vie de rêve», la même que «celle qu’on voit dans les films». Et cela passe par une belle et grande maison. Pour que son personnage soit riche, la Niçoise trichait, sans restriction, en appliquant le «code “Motherlode”», connu de tous les joueurs, qui fait gagner 50.000 «simflouz» - la monnaie de l’univers des Sims. Chaque détail de cet univers est imaginé avec attention. Un langage, appelé «simlish», a ainsi été inventé. «Au bout d’un certain temps, j’ai fini par reconnaître certaines intonations de voix», s’amuse Léa, qui s’est remise à jouer quand Les Sims 4 sont devenus gratuits sur PC. La jeune femme de 25 ans apprécie toujours faire interagir ses personnages : «Dans Les Sims 4, on peut attribuer un caractère spécial à son personnage comme la gourmandise, et j’aime jouer avec pour faire naître des amitiés ou des relations amoureuses avec d’autres Sims.»

Le jeu laisse libre cours à l’imagination des joueurs, jusqu’aux scénarios les plus «sadiques», admet Virginie en riant. «J’ai déjà créé le personnage d’une fille dans le but qu’elle fugue de son foyer afin de rejoindre un squat», raconte-t-elle. Pour Léopold, armurier dans le cinéma, Les Sims peuvent devenir un «défouloir». «On peut faire des choses que l’on n’oserait faire pas dans la vie. Je suis sûr que ce jeu a des effets bénéfiques sur l’esprit», détaille le jeune homme de 26 ans originaire de Chantilly. Les joueurs sont notamment libres de mettre le feu à leur maison, de se suicider ou de tuer d’autres Sims, «mais ça n’a pas la tournure dramatique de la vie réelle, dans le jeu c’est tourné en dérision et ça en devient drôle», précise Léa.

Les joueurs des Sims sont libres de mettre le feu à leur maison, de se suicider ou de tuer d’autres Sims. The Sims 4 : Life and Death Press kit

À 10 ans, Violaine* et son amie Flore*, se sont amusées à tester les limites du jeu - et les leurs. Souvent, elles faisaient adopter un enfant à leurs Sims, puis quand elles en étaient lassées, «car un bébé t’empêche de sortir, même dans le jeu», les fillettes arrêtaient de s’en occuper, voire le laissaient nager seul dans la piscine jusqu’à ce que les services sociaux, incarnés par «une dame avec un chignon très serré», interviennent et récupèrent l’enfant. «Ça prouve que les créateurs du jeu avaient prévu que les utilisateurs aillent loin dans leurs actes», souligne Violaine.

«Se renouvelle et évolue avec la société»

Toutefois, pour atteindre un certain niveau de liberté et de fonctionnalités dans le jeu, les utilisateurs doivent acheter des «extensions» sur des thématiques spécialisées comme «A la vie et à la mort», «Amour fou», «Vie au ranch»... Le dernier opus, Les Sims 4 , est la version la plus développée avec 82 extensions. Marine, une Niçoise de 31 ans, affirme avoir acheté «tous les disques additionnels» existants sur le marché. «Au total, j’ai dépensé 2400 euros, dont 950 euros rien que dans des extensions des Sims 4», calcule-t-elle. La trentenaire estime qu’à travers ces extensions, les créateurs du jeu ont su «se renouveler et évoluer avec la société». «Dans Les Sims 4, certaines mises à jour permettent de personnaliser les pronoms des Sims, d’ajouter des options pour les personnes malentendantes ou en situation de handicap. Mais aussi d’inclure des tenues et coiffures inspirées de différentes cultures», illustre-t-elle.

Pour atteindre un certain niveau fonctionnalités dans le jeu, les utilisateurs doivent acheter des «extensions» sur des thématiques spécialisées comme «A la vie et à la mort», «Amour fou», «Vie au ranch»... The Sims 3 Press kit

Ces évolutions n’ont cependant pas conquis tous les utilisateurs. Léopold, par exemple, fait partie des puristes. Il ne joue qu’aux Sims 1, et pas une autre version. «Elle a un univers visuel et sonore figé dans les années 2000. C’est une capsule temporelle qui touche les nostalgiques comme moi. C’est la version la plus brute, authentique et réussie de la saga», expose le jeune homme de 26 ans. Il s’est donc réjoui lorsque EA a sorti, vendredi dernier, une réédition de sa version favorite et des Sims 2. «C’est un hommage pour les fans. Parfois les vieux CD-ROM qu’on traîne au grenier ne marchent plus, ou sont perdus. Là on a tout, et c’est compatible avec les ordinateurs d’aujourd’hui», s’emballe-t-il.

Depuis plus de dix ans, les fans attendent la création d’un cinquième volet de leur saga de jeu vidéo favori. Mais en septembre dernier, EA a finalement annoncé qu’il ne verrait pas le jour. «Nous n’allons pas travailler sur des remplacements de précédents projets antérieurs ; nous allons seulement enrichir l’univers», avait expliqué la vice-présidente et directrice générale de la franchise, Kate Gorman au magazine américain Varitety . Les adeptes peuvent néanmoins se satisfaire de la sortie prochaine d’un film - la date n’a pas encore été fixée - produit par l’actrice australienne Margot Robbie, qui avait déjà produit et endossé le rôle de la poupée Mattel, Barbie.

*Le prénom a été modifié.


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