Discours de M. Akinwumi Adesina, président du Groupe de la Banque africaine de développement - Échange de connaissances organisé par YARA - Oslo, le...

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Monsieur Svein Tore Holsether, Président-directeur général de YARA,

Madame Anne Beathe Tvinnereim, Ministre du Développement international de la Norvège,

Madame Agnes Kalibata, Présidente de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA),

Membres de la direction et le personnel de YARA,

Mesdames et messieurs,

Bonjour à tous !

Je suis ravi d’être à nouveau ici, en Norvège, et surtout à YARA. Ma collaboration avec YARA réveille en moi le souvenir de partenariats stratégiques qui ont conduit à des transformations majeures dans l’agriculture africaine.

Le thème de mon intervention sera : « Le courage de diriger : accroître nos capacités pour construire un avenir alimentaire respectueux de la nature ».

En 2007, ici même à Oslo, j’ai eu l’honneur d’être le premier lauréat du prix YARA (aujourd’hui dénommé Africa Food Prize), aux côtés de Joséphine Okot. J’ai relu le communiqué de presse publié par YARA le 4 juillet 2007 au sujet de cette récompense. Ce prix m’a été décerné en reconnaissance des « efforts déployés pour mettre les intrants agricoles à la disposition des petits exploitants agricoles pauvres. Il (M. Adesina) a développé le modèle de l’agroconcession pour permettre aux propriétaires de petites boutiques de village de se transformer en distributeurs d’intrants agricoles. » Poussé par ma passion pour le soutien aux distributeurs d’intrants agricoles, j’ai consacré mon prix YARA de 100 000 dollars à les soutenir dans toute l’Afrique.

J’ai également eu l’honneur de remporter le Prix mondial de l’alimentation en 2017, dix ans après avoir remporté le prix YARA. Poussé par mon engagement envers la jeunesse africaine, j’ai également eu l’honneur exceptionnel de consacrer l’intégralité des 250 000 dollars du prix au soutien des jeunes dans l’agriculture.

Nous devons rendre l’agriculture attrayante pour les jeunes.

J’ai contribué à la création du Forum de la révolution verte de l’Afrique (AGRF) lorsque j’étais vice-président de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), en collaboration avec YARA, et avec mon bon ami, Arne Cartridge. Nous avons fait du Forum de la révolution verte de l’Afrique la plus grande plateforme mondiale pour l’agriculture en Afrique. Agnes Kalibata et son équipe poursuivent l’excellent travail du Forum.

Ce sont les innovations, le courage, le leadership et les partenariats qui ont déclenché la dynamique actuelle de transformation de l’agriculture africaine.

Il y a encore beaucoup à faire, ensemble, pour l’Afrique.

Soyons plus courageux ! Soyons des leaders !

Nous devons réussir pour l’Afrique.

L’Afrique dispose de 65 % des terres agricoles arables encore disponibles pour nourrir les neuf milliards d’habitants de la planète d’ici 2050. Ainsi, ce que l’Afrique fait en matière d’agriculture déterminera l’avenir de l’alimentation dans le monde.

Pourtant, l’Afrique dépend encore des importations de denrées alimentaires — un comble, puisqu’elle dépense chaque année plus de 75 milliards de dollars pour importer plus de 100 millions de tonnes de denrées alimentaires.

L’Afrique ne devrait pas importer de denrées alimentaires. L’Afrique devrait devenir une grande région productrice de denrées alimentaires et fournir ses excédents au reste du monde. S’il y a une chose que l’Afrique peut faire pour le monde, c’est de l’aider à se nourrir.

Aucun programme n’est plus important aujourd’hui pour l’Afrique que la sécurité alimentaire.

La guerre russo-ukrainienne a affecté la sécurité alimentaire en Afrique. Elle a engendré une flambée des prix du blé et du maïs importés de Russie et d’Ukraine. Nous avons été stupéfaits d’apprendre qu’un petit pays comme l’Ukraine fournit 31 % des importations de maïs de l’Afrique. En raison de la guerre, l’Afrique ne sera pas en mesure d’importer quelque 30 millions de tonnes de denrées alimentaires.

Le continent, qui dépend également de grosses importations d’engrais en provenance de Russie et d’Ukraine, est aussi confronté à une crise des engrais, car les prix ont été multipliés par 2 à 4 depuis 2020, limitant fortement le pouvoir d’achat des gouvernements et des acheteurs privés.

La flambée des prix des engrais a également entraîné un problème d’accessibilité financière pour les agriculteurs, qui ne sont pas en mesure d’acheter des engrais coûteux. Une moindre utilisation des engrais réduira encore plus la production alimentaire.

L’Afrique est certes confrontée à des défis, mais nous ne sommes pas en détresse. Nous avons élaboré des solutions pour éviter que la guerre n’entraîne une crise alimentaire en Afrique.

La Banque africaine de développement a lancé une Facilité africaine de production alimentaire d’urgence audacieuse de 1,5 milliard de dollars pour atténuer les effets de la guerre russo-ukrainienne sur la sécurité alimentaire en Afrique.

Cette Facilité va aider 20 millions de petits exploitants agricoles à produire 38 millions de tonnes de denrées alimentaires — blé, maïs, riz et soja — pour une valeur estimée à 12 milliards de dollars.

La Banque a été très rapide dans la mise en œuvre de la Facilité. Dans les 45 jours qui ont suivi son annonce, la Banque a approuvé des financements à hauteur de 1,13 milliard de dollars pour 24 pays.

J’étais ravi d’être avec la ministre Anne Beathe Tvinneriem à New York la semaine dernière [à l’Assemblée générale des Nations unies, ndlr], lorsqu’elle a annoncé une contribution de 9,6 millions de dollars de la Norvège à la Facilité. Merci à la Norvège !

Cette Facilité représente le plus grand effort au monde qui vise à aider l’Afrique à produire des denrées alimentaires par elle-même et à lutter contre les effets de la guerre. C’est ce qu’il y a lieu de faire : l’Afrique n’a pas besoin de demander l’aumône pour obtenir une aide alimentaire, elle a besoin de semences pour produire sa propre nourriture.

Les progrès réalisés dans le domaine de l’agriculture en Afrique sont assez impressionnants, malgré les défis auxquels nous sommes souvent confrontés. Permettez-moi d’en partager quelques-uns avec vous.

Le programme « Technologies pour la transformation de l’agriculture africaine » [NDLR : acronyme anglais TAAT] de la Banque africaine de développement, soutenue par la Fondation Bill et Melinda Gates, l’Alliance pour une révolution verte en Afrique et d’autres, donne des résultats impressionnants sur le terrain, dans des exploitations agricoles à travers toute l’Afrique, augmentant la productivité agricole et montrant que l’Afrique peut vraiment se nourrir par elle-même.

Depuis son lancement en 2018, TAAT a contribué à fournir des technologies agricoles améliorées à près de 12 millions d’agriculteurs et a aidé à produire 25 millions de tonnes de nourriture.

Les résultats obtenus au Soudan et en Éthiopie font date. En Éthiopie, les variétés de blé résistantes à la chaleur ont permis au pays de devenir autosuffisant en matière de production de blé. En seulement trois ans, les surfaces cultivées sont passées de 5 000 hectares en 2018-2019 à 645 000 hectares en 2021-2022. L’année prochaine, l’Éthiopie prévoit de devenir un exportateur net de blé vers Djibouti et le Kenya. Le Soudan a également cultivé les variétés de blé résistantes à la chaleur sur 317 000 hectares et a réduit de moitié ses importations de blé en seulement deux ans.

La prochaine étape consiste maintenant à aider l’Afrique à se nourrir par elle-même à grande échelle.

Pour ce faire, la Banque africaine de développement, l’Alliance pour une révolution verte en Afrique, le  Sustainable Trade Initiative (IDH), le Fonds international de développement agricole (FIDA) et Sustain Africa ont lancé la « Mission 1 pour 200 », qui vise à assurer la sécurité alimentaire à long terme. Notre objectif est de mobiliser un milliard de dollars pour développer à grande échelle des technologies agricoles résilientes au climat, doubler la productivité alimentaire pour 40 millions de petits exploitants agricoles, produire 100 millions de tonnes de denrées alimentaires et nourrir 200 millions de personnes. Songez à ce que cela signifie : cela veut dire que nous serons en mesure de réduire la faim en Afrique de plus de 80 %.

L’Afrique dispose des technologies pour se nourrir, elle a maintenant la plateforme pour le faire à grande échelle, il ne manque plus qu’un soutien accru du secteur public, une meilleure coordination des efforts mondiaux et des partenariats public-privé pour produire des impacts à grande échelle en matière d’alimentation.

C’est pourquoi je suis enthousiasmé par le travail de YARA, qui favorise des partenariats public-privé qui fonctionnent à grande échelle en Afrique.

Je félicite YARA pour le lancement de son initiative Sustain Africa, qui vise à aider l’Afrique à produire des denrées alimentaires sur 7 millions d’acres, à soutenir 1,6 million d’agriculteurs, à produire des cultures vivrières de base et à lutter contre certaines répercussions de la guerre russo-ukrainienne sur la sécurité alimentaire en Afrique. Le rôle joué par YARA est exemplaire. Elle a permis de réduire de plus de 30 % le prix de 20 000 tonnes d’engrais environ, fournis par YARA et l’Export Trading Group en Ouganda. Sustain Africa renforce également les chaînes d’approvisionnement locales pour les intrants agricoles et a mis en place un réseau de partenaires qui peut être utilisé dans le cadre de futures réponses à des crises concernant les engrais.

La Banque africaine de développement s’associera à Sustain Africa, dans le cadre de la mise en œuvre de la Facilité africaine de production alimentaire d’urgence, afin de garantir synergies et complémentarités.

En ma qualité de membre du Groupe de réponse à la crise mondiale sur l’alimentation, l’énergie et les finances mis en place par le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, je reconnais que la gestion de ces crises nécessite de recourir à la puissance des partenariats. Le Groupe de réponse à la crise mondiale s’attend à ce que la crise alimentaire s’aggrave l’année prochaine, car il y aura une crise des engrais, du fait de l’épuisement des stocks et de la difficulté croissante à se procurer des matières premières pour la production d’engrais.

Or, l’Afrique est le marché des engrais qui connaît la croissance la plus rapide au monde. Nous devons veiller à sécuriser l’approvisionnement de l’Afrique en engrais.

Pour ce faire, nous devons revenir aux cinq domaines d’action du sommet historique sur les engrais en Afrique que j’ai dirigé en 2006, sous la présidence de l’ancien président du Nigéria M. Olusegun Obasanjo : premièrement, développer les réseaux de distributeurs d’intrants agricoles ; deuxièmement, fournir des garanties de crédit aux distributeurs d’intrants agricoles pour qu’ils puissent fournir des intrants aux agriculteurs ; troisièmement, assurer l’approvisionnement régional en engrais ; quatrièmement, fabriquer des engrais localement ; et cinquièmement, mettre en place le Mécanisme africain de financement du développement des engrais à la Banque africaine de développement.

Aujourd’hui, ces cinq domaines d’action aident les pays africains à stimuler l’approvisionnement en engrais.

Le Mécanisme africain de financement du développement des engrais (AFFM), en collaboration avec YARA, affiche des résultats impressionnants grâce à sa facilité de garantie de crédit. En Tanzanie, la facilité a utilisé une garantie de crédit commercial de 2,4 millions de dollars pour faciliter l’approvisionnement en intrants agricoles à hauteur de 31 millions de dollars, avec un effet de levier de plus de 15 fois la valeur de chaque dollar de garantie pour les fournisseurs d’engrais, y compris YARA.

La Banque africaine de développement fournira davantage de ressources financières au Mécanisme africain de financement du développement des engrais afin de travailler avec YARA pour accroître davantage les garanties pour les fournisseurs d’engrais à travers l’Afrique.

La Banque africaine de développement va travailler également en étroite collaboration avec YARA pour déployer des plateformes numériques afin de permettre l’utilisation de coupons électroniques (comme le système de porte-monnaie électronique qui a contribué à fournir des subventions intelligentes pour les intrants agricoles à 15 millions d’agriculteurs au Nigéria entre 2011 et 2015) pour réduire les coûts des engrais pour les agriculteurs.

La Banque africaine de développement collaborera avec la Norvège, YARA, l’Alliance pour une révolution verte en Afrique et d’autres partenaires pour remplir la « mission 1 pour 200 », qui vise à éradiquer la faim en Afrique dans les cinq prochaines années, grâce à des partenariats public-privé.

Enfin, la Banque va travailler avec YARA et d’autres acteurs de la chaîne de valeur, notamment les entreprises de transformation alimentaire, dans le cadre de la mise en place de zones spéciales de transformation agro-industrielle en Afrique.

Ensemble, libérons le potentiel agricole de l’Afrique.

Ensemble, aidons l’Afrique à devenir le grenier du monde.

Nous avons commencé ce voyage ensemble il y a de nombreuses années.

Maintenant, avec du courage et du leadership, finissons ce que nous avons commencé ensemble !

La faim zéro d’ici 2030 en Afrique est un objectif atteignable.

Alors, faisons en sorte que cela se réalise !

Je vous remercie.

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