(Agence Ecofin) - Le paysage énergétique mondial aborde une phase de mutation profonde. Les dynamiques s’accélèrent et les technologies, le solaire en particulier, s’imposent dans la production d’électricité. Cette tendance s’observe aussi en Afrique, où plusieurs pays cherchent à transformer leur potentiel renouvelable en levier de croissance et de stabilité énergétique.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) anticipe une nouvelle année record pour les énergies renouvelables. Dans son rapport « Renewables 2025 » publié le mardi 7 octobre, elle prévoit que les ajouts de capacités dépasseront 750 GW, portés par le solaire photovoltaïque.

En parallèle, le centre d’analyse Ember indique que pour la première fois, le renouvelable a produit plus d’électricité que le charbon au premier semestre 2025. Ces deux constats traduisent une transition structurelle du mix électrique mondial, où le solaire et l’éolien se présentent désormais comme les principaux moteurs de la croissance.
Un nouveau record mondial
En 2024, le monde a ajouté 685 GW d’électricité renouvelable, soit une hausse de 22% par rapport à 2023. L’AIE prévoit qu’en 2025, les ajouts atteignent plus de 750 GW dans le scénario principal et 840 GW dans un scénario accéléré. Le solaire poursuivra sa progression, tandis que l’éolien apportera entre 139 et 155 GW de nouvelles capacités.
L’éolien terrestre dominera les ajouts, porté par la Chine, les États-Unis, l’Union européenne et l’Inde. L’éolien en mer progressera quant à lui de 15 GW, porté par la Chine. L’hydroélectricité ralentira après son rebond de 2024, avec 23 à 24 GW supplémentaires venant surtout de grands projets en Chine et en Inde.

Le basculement confirmé par Ember
Le rapport d’Ember indique que le renouvelable a généré 5072 TWh d’électricité au premier semestre 2025, contre 4896 TWh pour le charbon. Ainsi, les énergies renouvelables deviennent pour la première fois la première source de production d’électricité au monde selon ce centre de recherche. Leur part dans le mix mondial atteint 34,3%, contre 33,1% pour le charbon.
Cette progression s’explique par une hausse record du solaire et de l’éolien, qui ont ensemble couvert l’intégralité de la hausse de la demande mondiale en électricité. Le solaire à lui seul a représenté 83% de cette croissance dominée par la Chine, suivie des USA, de l’Union européenne, de l’Inde et du Brésil, ce qui confirme les tendances soulignées par l’AIE.

L’Afrique subsaharienne entre dans la dynamique
Entre 2025 et 2030, l’Afrique subsaharienne devrait ajouter plus de 70 GW de capacités renouvelables, ce qui doublera son parc actuel. L’Afrique du Sud concentrera plus de 40% de ces ajouts grâce à ses programmes d’approvisionnement (comme le REIPPPP), et aux accords d’achat d’électricité entre entreprises.
Outre ce pays d’Afrique australe, les capacités renouvelables se développeront dans l’Est du continent, en Éthiopie et en Tanzanie notamment grâce à des projets hydroélectriques. A l’Ouest, au Nigeria, le solaire devrait se développer rapidement avec une capacité prévue de 10,5 GW. Selon l’AIE, la suppression des subventions aux carburants et les coupures récurrentes d’électricité continueront d’accélérer la demande des solutions solaires distribuées dans ce pays.

Le solaire s’impose, la croissance de l’hydroélectricité attendue en recul
Le rapport met aussi en évidence une évolution structurelle du segment du renouvelable. Le solaire et l’éolien devraient représenter plus de 80% des ajouts prévus d’ici 2030 en Afrique subsaharienne. L’hydroélectricité, longtemps dominante, passera à 17% des nouvelles capacités contre plus de 40% entre 2013 et 2024. Les grands barrages comme Caculo-Cabaça en Angola, Julius Nyerere en Tanzanie et récemment le GERD en Éthiopie, continuent néanmoins de jouer un rôle clé.
Défis et perspectives
Selon l’AIE, l’Afrique subsaharienne reste freinée par la faiblesse de ses réseaux de transmission, l’instabilité réglementaire et la dépendance au financement public. Ces contraintes limitent considérablement le développement du renouvelable, alors même que la région détient un potentiel considérable.

Toutefois, le doublement prévu de la capacité installée, à défaut d’un triplement comme le souhaitent les objectifs mondiaux, marquerait déjà une avancée significative, même si la croissance restera concentrée sur quelques pays capables d’attirer les investissements.
Abdoullah Diop
Edité par : Feriol Bewa
.png)
6 months ago
English (United States) ·
French (France) ·