(Agence Ecofin) - La confirmation des agences de notation JCR et la CCXI renforce la crédibilité d’Afreximbank sur les marchés asiatiques. Mais les notations plus réservées de Fitch et Moody’s rappellent que sa capacité à maintenir un profil de crédit solide dépendra de la maîtrise des risques souverains et de la poursuite de pratiques financières prudentes.
Après l’agence de notation chinoise CCXI, qui a confirmé fin août 2025 la note AAA/stable d’Afreximbank, c’est la Japan Credit Rating Agency (JCR) qui vient de maintenir la note de crédit A-/stable de l’institution panafricaine. Deux évaluations positives, mais divergentes des notations plus prudentes des agences occidentales.
Selon la JCR, cette décision reflète le positionnement stratégique de la banque, son cadre de gestion des risques robuste, sa rentabilité régulière et sa base de capital solide. L’agence s’attend à ce que la note reste stable sur les 12 à 18 prochains mois, malgré des conditions de marché volatiles. De son côté, CCXI avait mis en avant la capacité d’Afreximbank à maintenir une croissance soutenue des actifs (+28 % en moyenne sur cinq ans) et un ratio de fonds propres de 25,5%, jugés comparables aux meilleures pratiques internationales.
A fin 2024, les actifs d’Afreximbank atteignaient 35,2 milliards de dollars et ses fonds propres 7,2 milliards. Ce socle sera encore consolidé par une augmentation de capital approuvée de 6,5 milliards $ d’ici 2026, dont la mise en œuvre est déjà en avance sur le calendrier. La banque dispose néanmoins d’une liquidité relativement contrainte – 13% de ses actifs en cash – un niveau compensé par l’existence de 2 milliards $ de lignes de crédit non tirées, qui lui offrent un matelas de sécurité en cas de tension, selon l’agence de notation nipponne.
JCR souligne également que la banque n’a jamais affiché de pertes annuelles depuis sa création en 1993 et qu’elle a atteint un bénéfice record en 2024, grâce à l’expansion de ses prêts et à la hausse des taux mondiaux. L’agence note que près de 80% des prêts sont sécurisés (collatéraux, assurances, schémas de financement structuré) et que la mise en place de l’outil CARPROOF permet désormais de couvrir jusqu’à 400 millions de dollars de pertes potentielles, avec une extension prévue à 1 milliard. De quoi renforcer sa solidité financière.
Ces signaux positifs permettent à l’institution multilatérale de renforcer son accès aux marchés financiers asiatiques. Afreximbank a déjà levé avec succès 81,3 milliards de yens (530 millions de dollars) via un premier emprunt samurai en 2024 et, plus récemment, 2,2 milliards de yuans (303 millions de dollars) à travers une émission inaugurale de panda bonds en Chine.
En revanche, Fitch a abaissé en juin la note de la banque à BBB-/négative, citant un risque accru lié à ses expositions souveraines et à une interprétation contestée du volume de prêts non performants. Moody’s a suivi en juillet, ramenant la note à Baa2/stable. L’institution soulignait une moindre diversification de ses sources de financement et l’importance des prêts consentis à des États fragiles. Selon JCR, plus de 70% du portefeuille d’Afreximbank est concentré sur cinq pays seulement (Nigeria, Égypte, Zimbabwe, Tunisie et Angola), et son encours de prêts représente plus de 430% de ses fonds propres (600% si l’on inclut garanties et prêts non décaissés), malgré une augmentation de capital engagée pour 2026.
Ces divergences reflètent deux lectures. Les agences asiatiques privilégient la dimension stratégique et systémique d’Afreximbank pour le financement du commerce africain. Les agences occidentales, elles, insistent sur la prudence, en particulier face à la montée des risques souverains et à la dépendance accrue de certains États membres, dont nombre d’entre eux ont une notation de crédit faible.
Un élément central de cette divergence concerne le statut de prêteur préférentiel (Preferred Creditor Status, PCS). Afreximbank revendique ce statut qui, en principe, la protège lors des restructurations souveraines. Mais Fitch et Moody’s estiment que les cas récents du Ghana et de la Zambie ont affaibli ce privilège, rapprochant la banque des créanciers commerciaux. Cette remise en cause a contribué aux dégradations. JCR note que la banque dispose d’un « track record » solide de remboursements prioritaires, ce qui renforce la confiance des investisseurs, tout en tempérant, même si elle reconnaît que, bien que les cadres internationaux (G20, Club de Paris) n’imposent pas la participation des banques multilatérales de développement (Multilateral Development Banks/MDB) aux restructurations, certains gouvernements pourraient solliciter des mesures exceptionnelles auprès d’Afreximbank pour alléger leur charge.
Le débat n’a pas seulement un impact théorique. Selon JP Morgan, la remise en cause du PCS alimente une décote sur les obligations Afreximbank, incitant certains investisseurs à se positionner. La banque américaine a même relevé sa recommandation à surpondérer (overweight) sur ces titres, estimant que la valorisation actuelle offrait une opportunité d’achat.
Fiacre E. Kakpo
Edité par M.F. Vahid Codjia
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