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DÉCRYPTAGE - Grok 3 est la dernière démonstration de force en date des États-Unis après le séisme chinois DeepSeek. Par la voix de JD Vance, l’Amérique a rappelé qu’elle comptait bien conserver son leadership sur cette technologie.
« L’IA la plus intelligente qui existe sur terre. » Elon Musk a fait monter la pression tout au long du week-end sur son réseau social X, alors qu’une démonstration de la troisième version de Grok, son assistant conversationnel rival de ChatGPT, doit être présentée en direct dans la nuit de lundi à mardi. Grok 3 est issu d’une de ses entreprises, le laboratoire xAI, qui a levé en décembre 6 milliards de dollars. « Nous vivons peut-être les derniers moments où d’autres IA sont meilleures que Grok », affirmait la semaine dernière le serial entrepreneur lors d’une conférence à Dubaï.
Alors qu’Elon Musk, devenu proche de Donald Trump, a pris le mois dernier la tête d’une mission chargée de tailler dans les dépenses de l’État fédéral américain, cette présentation prend des airs de démonstration de force de l’IA « made in USA ». Hasard du calendrier, elle intervient le jour du retrait de son concurrent chinois DeepSeek des magasins d’applications en Corée du Sud, ce qui n’a pas laissé Pékin indifférent. Par la voie du ministère des Affaires étrangères, la Chine a appelé lundi à ne pas prendre de « mesures qui (…) politisent les questions commerciales et technologiques ».
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Il n’empêche, ces deux épisodes illustrent la façon dont l’IA se retrouve au cœur des tensions géopolitiques entre l’Europe, la Chine et les États-Unis. « L’intelligence artificielle est devenue une arme de domination mondiale au service d’une nouvelle forme de diplomatie, très agressive, constate Christophe Aulnette, ancien dirigeant de Microsoft, spécialiste du secteur. Comme l’Ukraine ou le Proche-Orient, l’IA fait désormais figure de nouveau front. »
Percée de DeepSeek
Plusieurs événements ont précipité ce phénomène : l’arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump, qui a imposé le patriotisme économique en guise de doctrine. Le nouveau président américain, qui s’est empressé d’abroger la « doctrine Biden », qui fixait des garde-fous en matière de sécurité, a accueilli à la Maison-Blanche la conférence de presse d’annonce de Stargate, ce plan de 500 milliards de dollars d’investissements privés dans les infrastructures de l’IA mené par OpenAI, Oracle et SoftBank. Vendredi, il a signé un décret visant à doubler la production d’électricité du pays. « Les États-Unis sont engagés dans une course à l’armement en matière d’IA avec la Chine. La seule façon de gagner est d’avoir plus d’électricité », a déclaré ministre de l’Intérieur, Doug Burgum.
Les États-Unis sont les leaders dans l’IA et notre Administration entend qu’ils le restent
JD Vance , vice-président américainAutre accélérateur de ces tensions : la percée de DeepSeek, qui a pris l’industrie américaine de la tech par surprise avec ses modèles de langage aussi performants mais plus économiques. Cette sortie a déstabilisé ces entreprises - qui ont annoncé depuis le début de l’année des dizaines de milliards de dollars de nouveaux investissements -, habituées à dominer le marché de l’IA. Jusque-là, elles étaient les seules à en fixer les standards en matière de prix, d’efficacité et de coûts.
De quoi cristalliser les tensions entre les grandes puissances, comme l’ont aussi montré les passes d’armes entre les États-Unis et l’Europe lors du sommet pour l’action de l’IA, à Paris. « Les États-Unis sont les leaders dans l’IA et notre Administration entend qu’ils le restent », a lâché JD Vance, le vice-président américain, depuis la scène du Grand Palais. « La course à l’IA est loin d’être terminée, lui a répondu Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. En réalité, nous n’en sommes qu’aux prémices. Les frontières ne cessent d’être repoussées. Et la première place à l’échelle mondiale est toujours en jeu. » Avant de souhaiter, lasse des discours défaitistes sur l’hégémonie chinoise et américaine, « que l’Europe soit l’un des continents les plus avancés en matière d’IA ».
Des visions de l’IA qui s’opposent
Face au bulldozer américain, elle a annoncé la mobilisation de 200 milliards d’euros, le « plus grand partenariat public-privé au monde », dont une enveloppe de 150 milliards viendra d’une alliance de 60 grands groupes (Airbus, L’Oréal, Spotify, Mistral…). Une initiative qui permettra de « positionner l’Europe aux avant-postes de l’IA », estime Arthur Mensch, PDG du français Mistral AI. « Le temps de la naïveté est passé, renchérit Christophe Aulnette. Face aux Etats-Unis et à la Chine, si nous ne voulons pas nous retrouver dans la position de vassal, nous devons être capables d’affirmer la force de notre marché commun. »
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Au-delà de l’affrontement économique, la bataille est également idéologique. Au travers de l’IA, ce sont plusieurs visions du monde qui s’opposent. Ursula von der Leyen défend ainsi une « approche collaborative de la science » et « la mise au point d’une intelligence artificielle digne de confiance ». De leur côté, les États-Unis invoquent la liberté d’expression, promettent « une IA débarrassée des biais politiques », et dénoncent la régulation du Vieux Continent, synonyme pour eux de « censure » et de « police de la désinformation ». « Les États-Unis veulent des partenariats avec vous tous, mais pour cela il faut des régimes réglementaires qui encouragent la création de la technologie plutôt que des régions qui l’empêchent », a lancé JD Vance à Paris, avant d’appeler à limiter la régulation pour « ne pas tuer une industrie en plein essor ».
Entre les États-Unis et la Chine aussi, la confrontation autour de l’IA se joue de plus en plus sur le terrain des valeurs. Et les champions locaux n’hésitent pas à jouer les ambassadeurs. OpenAI estime ainsi qu’avec DeepSeek « la compétition est très sérieuse » et que les enjeux « touchent les valeurs démocratiques », commente Chris Lehane, son directeur des affaires publiques, de passage à Paris à l’occasion du sommet sur l’IA. DeepSeek est ainsi accusé de censurer certains sujets sensibles en Chine, comme les événements de Tiananmen. « OpenAI développe des services pour fournir un IA démocratique aux entreprises et aux gouvernements du monde entier, face à des systèmes d’IA autocratique », martèle Chris Lehane. En 2025, l’IA dessine les contours d’une nouvelle géopolitique mondiale.
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