(Agence Ecofin) - En quête de nouveaux leviers de financement, le Nigeria s’apprête à lever 2,8 milliards $, dont un premier sukuk international, symbole de son ambition d’attirer les capitaux du Golfe et de s’imposer dans la finance islamique mondiale.
Le Nigeria s’apprête à faire une entrée sur les marchés mondiaux de la finance islamique. Dans une lettre adressée le mardi 7 octobre 2025, au Parlement, le président Bola Tinubu (photo) a demandé l’autorisation de contracter 2,3 milliards $ de nouveaux emprunts et d’émettre un sukuk souverain de 500 millions $, le tout pour un montant total de 2,8 milliards $. L’opération, si elle est approuvée, marquerait la première émission internationale d’un sukuk souverain par le Nigeria.
Lors d’un sommet économique à Abuja, le ministre des Finances et de l’Économie, Wale Edun, a précisé que le gouvernement comptait privilégier des instruments « moins coûteux » et plus durables : obligations vertes, diaspora bonds et sukuk. L’objectif est double : réduire la dépendance du pays aux eurobonds classiques et élargir la base d’investisseurs en attirant les capitaux du Moyen-Orient et d’Asie du Sud-Est.
Selon la lettre présidentielle, les 2,3 milliards $ empruntés serviront à financer une partie du déficit budgétaire et à refinancer les eurobonds arrivant à échéance en novembre. Le gouvernement pourra mobiliser ces fonds par divers canaux : émission d’eurobonds, syndication de prêts, financement relais via des banques partenaires ou emprunts directs auprès d’institutions internationales.
Un « premier » à portée internationale
Si le Nigeria a déjà émis huit sukuk souverains depuis 2017, tous étaient libellés en naira et réservés au marché domestique. Ces obligations conformes à la charia ont principalement financé des projets d’infrastructures routières et ont rencontré un succès notable : la dernière émission, en mai 2025, a été sept fois sursouscrite, selon Fitch Ratings.
Mais jusqu’ici, aucun sukuk nigérian n’avait été émis sur les marchés internationaux ni libellé en devise étrangère. D’où la qualification de « debut sovereign sukuk » employée par la présidence : cette émission de 500 millions $ en dollars américains constituerait la première opération internationale du genre pour Abuja. Le gouvernement souhaite ainsi répliquer le succès de son programme domestique à l’échelle mondiale, avec ou sans garantie de crédit de la Société islamique d’assurance des investissements et des exportations (ICIEC), une filiale de la Banque islamique de développement.
Une finance islamique encore émergente
Selon Fitch, la taille de l’industrie de la finance islamique au Nigeria atteignait environ 4 milliards $ fin mai 2025. Les sukuk représentent près de 54 % de ce total, devant les actifs bancaires islamiques (45 %). Malgré une progression rapide, les banques non-intérêts ne pèsent encore que 2 % des actifs bancaires du pays, avec seulement cinq institutions actives, dont Jaiz Bank, pionnière du secteur.
La mise en place récente de nouveaux instruments de liquidité islamique par la Banque centrale et le relèvement des exigences de capital devraient toutefois accélérer la croissance du secteur en 2026. « Le Nigeria a un potentiel considérable pour la finance islamique », souligne Fitch, citant la taille de sa population musulmane et l’importance de la population non bancarisée.
Crédibilité retrouvée sur les marchés
Cette opération intervient dans un contexte d’amélioration de la note du Nigeria : Fitch Ratings a relevé sa note souveraine à « B » en juin 2025, saluant les réformes économiques engagées depuis 2023 — notamment la suppression des subventions pétrolières, l’unification des taux de change et la réforme budgétaire. Ces mesures ont renforcé la crédibilité financière du pays et permis d’espérer des conditions d’emprunt plus favorables sur les marchés.
Le Nigeria, qui avait renoué avec les marchés internationaux fin 2024 après près de trois ans d’absence, espère que cette opération lui permettra de consolider sa position d’émetteur souverain tout en diversifiant ses sources de financement.
Selon le Fitch Global Sukuk Market Monitor, le marché mondial des sukuk a affiché au premier trimestre une dynamique solide, soutenue par la diversification des emprunteurs et une forte demande d’investisseurs. Fitch prévoit un encours total qui devrait dépasser les 1000 milliards $ d’ici fin 2025, tandis que S&P Global Ratings anticipe entre 190 et 200 milliards $ de nouvelles émissions. On estime que l’Afrique ne représente qu’une faible part du marché mondial des sukuk — environ 2% — selon certaines analyses.
Fiacre E. Kakpo
Edité par M.F. Vahid Codjia
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