Par AFP Par Anouk RIONDET © 2025 AFP
A Laâyoune, coeur battant du Sahara occidental, de nombreux habitants espèrent que le plan d'autonomie marocain, auquel l'ONU vient d'apporter son soutien, accélérera le développement de ce territoire au statut disputé et réglera définitivement un conflit vieux de 50 ans.
Entourée de dunes, à 20 kilomètres de l'océan Atlantique, la principale ville du territoire affiche une image de prospérité. Elle est sous administration marocaine depuis 1976, quand le Maroc a pris le contrôle de la majeure partie du territoire, où un conflit l'oppose depuis un demi-siècle aux indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l'Algérie.
Agrémentée de palmiers et d'espaces verts, Laâyoune est traversée de larges avenues aux immeubles modernes et quartiers résidentiels colorés. Dans les rues, pavoisées de portraits officiels du roi Mohammed VI et de drapeaux marocains aux fenêtres, cafés et restaurants font le plein.
Interrogés par l'AFP, plusieurs chefs de tribus sahraouies clament leur soutien au plan d'autonomie.
C'est le cas d'Abdelatif Baira, 64 ans, rencontré lors d'un thé entre amis. Lui estime que cette agglomération de quelque 250.000 habitants compte désormais toutes les composantes d'une "société complète": universités, hôpitaux, écoles, routes et aéroport.
L'Espagne, puissance colonisatrice depuis le XIXe siècle, avait laissé le territoire "sans infrastructures" à son départ en 1975, assure-t-il, drapé d'une darâa bleue, tunique traditionnelle des Sahraouis, ces nomades sédentarisés formant la population autochtone du territoire, structurée en tribus.
Le Sahara occidental, désertique mais riche en phosphates et aux eaux poissonneuses, est considéré comme non autonome par les Nations unies et est le dernier territoire d'Afrique sans statut post-colonial défini.
Le 31 octobre, l'ONU a pour la première fois adopté une résolution considérant un plan "d'autonomie sous souveraineté marocaine" porté par Rabat comme susceptible de "représenter la solution la plus réalisable" pour régler ce dossier sensible.
Cause nationale au Maroc, le Sahara occidental est aussi au centre des dissensions avec l'Algérie, son grand voisin et rival régional.
"Richesses"
Pour M. Baira, un règlement du conflit permettrait un retour au pays de ses "frères" des camps de Tindouf, en Algérie, près de la frontière marocaine, où sont hébergés environ 175.000 réfugiés sahraouis ayant fui le conflit, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR).
"La séparation des familles est insupportable", déplore-t-il.
A ses côtés, Abdallah Salhi, 55 ans, un autre chef tribal, estime que l'autonomie signifierait "vivre de nos richesses, avoir des élus, un Parlement et un gouvernement qui gère cette région".
Sur une artère fréquentée, Moulay Ibrahim Taleb Ali, 40 ans, se dit "heureux" de la nouvelle résolution onusienne.
Pour ce président d'une coopérative fabriquant des darâa, le plan d'autonomie pourrait "générer beaucoup d'activités" économiques et attirer des investisseurs étrangers, réticents en raison du statut juridique contesté du territoire.
Il souhaite que la jeunesse, "fortement impliquée" dans les coopératives locales (pêche, cuir, bois...), en tire aussi partie.
Hanane Khadiri, qui dirige à 38 ans une compagnie de théâtre, espère pour sa part qu'une autonomie offrira davantage d'opportunités aux femmes sahraouies, spécialisées dans les accessoires traditionnels, qui "travaillent beaucoup", sans "soutien financier" suffisant pour prospérer.
"Limites"
Mais la route reste longue, car le Maroc doit actualiser son plan — une concertation nationale été lancée récemment à la demande du roi — et le Polisario continue de réclamer à l'ONU la tenue d'un référendum d'autodétermination, prévu lors d'un cessez-le-feu en 1991 mais jamais concrétisé.
Le Sahara occidental compte aujourd'hui plus de 600.000 habitants, d'après des chiffres officiels marocains de 2024, qui ne distinguent pas les Sahraouis autochtones des nombreuses personnes arrivées du Maroc.
Préférant taire son nom, Ajwad, 45 ans, originaire de Meknès (nord du Maroc), souligne que certains de ses amis sahraouis, attachés à leur liberté, ne veulent pas du plan marocain, par peur de se voir "imposer des limites".
Ajwad redoute aussi qu'une autonomie ne crée des tensions: "dans un futur gouvernement local, décider qui occupera tel ou tel poste risque d'attiser les rivalités", instaurant "une concurrence pour accéder à certaines responsabilités".
Arrivé en 2005 à Laâyoune où il a fondé une société de production, il anticipe en outre la perte de certains avantages accordés aux entreprises qui ne "payent pas d'impôts" actuellement, affirme-t-il.
L'imposition de taxes est probable avec l'autonomie et, selon lui, "certains auront du mal à s'y adapter".
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