Au Salon Ecomondo, l’Italie réaffirme sa volonté de coopérer avec les pays africains

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(Agence Ecofin) - L’édition 2024 d’Ecomondo, un des plus importants événements dédiés aux technologies vertes et à l’économie circulaire, a confirmé l’ambition de l’Italie de renforcer ses partenariats avec l’Afrique. Au forum Africa Green Growth, organisé le jeudi 7 novembre en marge de l’événement, autorités italiennes et représentants africains ont discuté entre autres de la mise en œuvre du Plan Mattei, un programme stratégique qui inscrit le continent au centre de la politique de l’Italie pour la transition énergétique, mais pas que…

Selon des données relayées par le ministère italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, les échanges commerciaux entre l’Italie et l’Afrique s’élevaient à 42,1 milliards d’euros en 2021, en hausse de 42% par rapport à 2020 et de 8,6% par rapport à 2019. Un autre rapport disponible sur le site du même organisme montre que les exportations italiennes vers l’Afrique entre 2007 et 2020 étaient dominées par les machines et équipements (9% du total), les produits pétroliers raffinés et coke (5%) ainsi que les métaux de base et produits métalliques (4,4%). Les importations italiennes depuis l’Afrique sont quant à elles dominées par les produits de l’industrie minière (14,6%) et les métaux de base et autres produits métalliques (5,1%). Le même document a ciblé plusieurs secteurs comme étant « les plus prometteurs pour l’expansion des entreprises italiennes en Afrique », notamment l’agroalimentaire et les industries agricoles, le secteur de l’énergie, en particulier les énergies alternatives et renouvelables, le secteur des infrastructures, l’innovation technologique et la connectivité numérique. Début 2024, l’Italie a dévoilé le Plan Mattei, un programme de « partenariat stratégique » avec les pays africains doté d’un budget initial de 6 milliards $. Nommée d’après le fondateur de la société italienne ENI, Enrico Mattei, cette initiative a pour but déclaré de « sécuriser l’approvisionnement de l’UE en produits énergétiques, accélérer le développement des pays africains pour freiner les flux migratoires vers l’Europe et transformer l’Italie en un hub énergétique reliant l’Afrique à l’Europe ».

Un rapprochement qui se précise

Quelques mois après le Sommet Italie-Afrique auquel plus d’une vingtaine de dirigeants africains ont assisté, plusieurs délégations africaines étaient également présentes, cette semaine, dans un tout autre contexte en Italie à la 27e édition du Salon Ecomondo. Selon MIDA Group, une structure conseillant Ecomondo sur l’Afrique et rencontrée sur place par l’Agence Ecofin, plus de 100 participants africains ont été invités pour cette édition. Les délégations comprennent des représentants d’institutions, industries, agences, ministères, municipalités et régions du continent. Entre autres pays représentés, on retrouve le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Botswana, le Kenya, la RDC, l’Algérie, l’Egypte, la Tunisie, et le Maroc.

Plusieurs de ces délégations étaient présentes au Forum Africa Green Growth au cours duquel des échanges ont eu lieu autour du Plan Mattei et de sa mise en œuvre, en présence de personnalités italiennes telles que Corrado Peraboni, PDG d'Italian Exhibition Group, Fabio Massimo Ballerini, conseiller du président du Conseil des ministres, ou encore Alessandra Pastorelli, du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.

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Si peu de détails circulent concernant le calendrier d’exécution de ce programme, l’on sait néanmoins que plusieurs projets pilotes ont été lancés et portent sur des secteurs comme la santé, l’éducation, la formation, l’agriculture, l’eau, l’énergie et les infrastructures. Neuf pays africains ont été sélectionnés pour des projets pilotes, en l’occurrence le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, la Côte d’Ivoire, le Mozambique, l’Egypte, le Congo, l’Ethiopie et le Kenya. L’un des projets phares qui a attiré l’attention au forum porte sur la création au Maroc d’un Centre d’excellence pour les énergies renouvelables. Il devrait, selon les détails confirmés par plusieurs panélistes, former des experts de plusieurs pays africains, afin de renforcer les capacités de gestion et de développement d’infrastructures dans le secteur de l’énergie propre. Le Forum a également mis en lumière des initiatives d’agriculture durable et de bioénergie au Kenya. Piloté par un partenariat mené par Eni et financé par le Fonds italien pour le climat, le projet soutient la production de biocarburants, à partir de matières premières cultivées sur des terres dégradées, polluées ou abandonnées, et de cultures de seconde récolte. L’initiative, qui bénéficie d’un prêt de 210 millions $, vise, selon les parties prenantes, à revitaliser l’agriculture locale et à augmenter les revenus de près de 200 000 petits exploitants agricoles kényans. Selon les détails annoncés jeudi au forum, plus de 100 000 petits agriculteurs kényans bénéficient du projet dans 16 comtés.

Les échanges ont également permis d’explorer des projets dans le domaine de l’économie circulaire, en abordant des thèmes comme le recyclage des textiles et la gestion des déchets d’équipements électriques. Un panel a mis en avant des initiatives comme la valorisation des textiles en Tunisie.

Ce que l’Afrique a à offrir à l’Italie et vice-versa

Selon la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, le Plan Mattei se base sur une approche qui rompt avec « l’attitude prédatrice » à l’égard de l’Afrique. « Jusqu'à présent, une certaine approche paternaliste et prédatrice n'a pas fonctionné. Ce qu'il faut faire en Afrique, ce n'est pas de la charité, mais des partenariats stratégiques d'égal à égal », a-t-elle déclaré précédemment.

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Si l’on en croit les échanges tenus à Ecomondo 2024, en plus de partager avec l’Afrique ses compétences techniques et son expérience en matière de développement d’une économie circulaire et durable, l’Italie peut lui fournir un accès privilégié aux marchés européens et mobiliser des fonds grâce à ses institutions publiques.

En retour, l’Afrique peut approvisionner l’Italie en ressources naturelles, notamment en énergies renouvelables et en minerais critiques. Ce potentiel, conjugué à une main-d’œuvre jeune, attire les entreprises italiennes qui cherchent des débouchés dans des marchés en croissance. « Avec une population de 1,4 milliard d’habitants, la plus grande population de jeunes au monde, les plus grandes sources d’énergie renouvelable au monde, les plus grands gisements de minéraux et de métaux critiques au monde et la plus grande part de terres arables non cultivées restantes au monde, l’Afrique déterminera l’avenir du monde », résumait d’ailleurs à juste titre le président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina, début 2024, lors du Sommet Italie-Afrique.

Surmonter le scepticisme et les défis

Malgré les différentes sorties mettant en avant la nouvelle approche de partenariat « d’égal à égal » que veut développer l’Italie avec les pays africains, les sceptiques ne peuvent s’empêcher d’y voir plutôt des liens étroits avec la volonté de Rome de trouver une solution au problème de la migration. Selon une note de l’institut italien ISPI, la gestion de la mobilité humaine n’est pas « présentée comme un objectif clé en soi, mais comme un composant transversal, car le plan vise à s’attaquer aux facteurs de migration en améliorant les conditions socio-économiques dans les pays d’origine ». Une analyse publiée sur le site du think tank Washington Institute for Near East Policy émet plusieurs réserves concernant la stratégie italienne à travers son Plan Mattei. L’analyse compare le programme à une précédente stratégie africaine de l’Allemagne lancée pour enrayer le flux migratoire, qui avait vu le gouvernement encourager les entreprises allemandes à investir en Afrique. « Comme dans le cas de l'Italie, freiner le flux de migrants vers l'Europe était le moteur ultime de la coopération allemande avec l'Afrique. Et comme le Plan Mattei proposé, cette focalisation unidimensionnelle sur la crise migratoire empêchait une approche globale et multidimensionnelle capable de traiter les problèmes sous-jacents qui poussent à l'émigration depuis l'Afrique », peut-on lire dans l’analyse.

Au-delà du point susmentionné, d’autres doutes ont été soulevés quant au peu d’implication des pays africains dans la conception de ce plan, certains observateurs ayant relevé l’importance d’un dialogue préliminaire pour éviter une coopération inégalitaire. Par ailleurs, d’autres analystes ont émis des réserves concernant le budget annoncé, qui serait insuffisant pour atteindre les objectifs fixés.

Dans cet océan de doutes, il est toutefois possible de voir le verre à moitié plein, car d’ici à la mise en œuvre complète de sa stratégie, l’Italie a encore du temps pour ne pas décevoir. « Chaque voyage commence par un simple pas. Et je pense que le pas le plus important a été fait : nous recalibrons notre relation avec l’Italie », déclare optimiste, le président du Kenya, William Ruto.

Dans un contexte où l’Afrique est devenue le terrain de luttes géopolitiques entre grandes puissances qui essaient de défendre leurs propres intérêts, ce sera aussi aux pays africains de défendre leurs propres agendas aux différentes tables de négociation. C’est d’ailleurs une des idées fortes mises en avant dans un récent rapport publié sur Ecofin Pro qui analyse le positionnement de pays comme la RDC et la Zambie face à la rivalité sino-américaine sur le corridor de Lobito.

Louis-Nino Kansoun, depuis Rimini (Italie)

Lire aussi :

07/11/2024 - « Même les déchets biomédicaux peuvent servir à produire de l’énergie » (Sonaged)

05/11/2024 - En Italie, le Salon Ecomondo démarre avec plusieurs délégations africaines


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