🎙️ Daily Podcast (FR) : NViNiO•Podcast™
ADs | ✨ Enhance your Social Media content with NViNiO•AI™ for FREE
(Agence Ecofin) - Dans le cadre du forum public 2024 de l’OMC organisé à Genève sur le thème de la « reglobalisation », le Business 20, plateforme officielle de dialogue entre le G20 et la communauté mondiale des affaires, a organisé une table ronde sur le renforcement de l'efficacité, de la résilience et de l'inclusivité du commerce. Présidente de l'Industrial Development Corporation (IDC) d’Afrique du Sud et coprésidente du groupe de travail du B20, Mme Busi Mabuza a accepté d’échanger avec l’Agence Ecofin, sur ses perspectives concernant le futur du commerce africain.
Agence Ecofin : Bonjour Mme Mabuza
Busi Mabuza : Bonjour Agence Ecofin et merci pour cette opportunité.
AE : Selon les statistiques de l'OMC et de la CNUCED, de nombreux pays en développement, en particulier en Afrique, sont encore mal intégrés dans le commerce mondial ou n'y participent que de façon limitée. D'après vous, qu'est-ce qui explique cette situation ?
BM : Pour ajouter à ce que vous avez dit, il ne s'agit pas seulement d'une intégration limitée dans le commerce mondial, mais aussi à l'intérieur du continent lui-même. La dernière fois que j'ai consulté les chiffres, le commerce intra-africain représentait environ 17 % du commerce total des pays africains. Plusieurs obstacles entravent notre capacité à accroître les échanges, notamment des infrastructures inadéquates, des défis réglementaires et des mécanismes inefficaces de traitement des frontières, qui affectent tous le commerce intra-africain. En outre, nous sommes devenus trop dépendants de l'exportation de matières premières, l'infrastructure étant davantage axée sur le transport de ces matières vers les ports que sur le soutien aux activités manufacturières.
« Nous sommes devenus trop dépendants de l'exportation de matières premières, l'infrastructure étant davantage axée sur le transport de ces matières vers les ports que sur le soutien aux activités manufacturières. »
Tout cela contribue à limiter la croissance du commerce à l'intérieur du continent. Cependant, je pense que le Covid-19 a été un signal d'alarme, nous encourageant à accroître le commerce intra-africain et à réduire notre dépendance à l'égard d'un ou deux pays pour nos approvisionnements et nos exportations. Je pense que nous sommes maintenant sur la bonne voie.
AE : Aujourd'hui, il est bien connu que les PME constituent l'épine dorsale de l'économie africaine, puisqu'elles représentent au moins 90 % des entreprises, mais qu'elles participent à peine au commerce mondial. Comment expliquer ce paradoxe ?
BM : Oui, la statistique selon laquelle les PME constituent 90 % des entreprises du continent est importante. Cependant, la réalité est inégale. Dans des économies comme l'Afrique du Sud, les grandes entreprises dominent, qu'elles soient nationales ou multinationales. Dans le reste du continent, l'esprit d'entreprise se reflète dans le nombre de petites, moyennes et micro-entreprises. Mais lorsqu'il s'agit de participer aux chaînes d'approvisionnement mondiales, de nombreux obstacles existent, principalement liés au coût de l'accès à l'information, aux marchés et aux réseaux logistiques. Le financement des PME est limité, ce qui restreint leur capacité à commercer. En outre, le commerce international, en particulier avec les grandes économies, nécessite une certaine échelle, et par définition, les PME n'ont pas l'échelle nécessaire pour être compétitives. Le soutien du gouvernement, à la fois financier et non financier, est essentiel à cet égard. Tout cela contribue à limiter la croissance du commerce à l'intérieur du continent. Un autre problème est l'accès limité à l'infrastructure à haut débit dans de nombreux pays africains, ce qui est crucial pour la présentation de biens et de services sur des plateformes numériques.
L'amélioration des infrastructures est essentielle pour ouvrir des perspectives aux PME.
AE : Le financement du commerce, comme vous l'avez mentionné, est encore très faible pour les PME en Afrique, ce qui limite leur rôle dans le commerce mondial. Quelles sont les recommandations du B20 concernant le respect des réglementations bancaires ? Les banques devraient-elles s'adapter pour mieux relever ces défis ?
BM : Les défis vont des réglementations telles que les exigences KYC (Know Your Customer) qui, comme nous l'a dit hier un représentant de Standard Chartered, sont coûteuses à mettre en œuvre pour les banques, en particulier pour les petites et moyennes entreprises. C'est également coûteux pour les PME elles-mêmes, car elles n'ont souvent pas les informations nécessaires facilement accessibles en ligne, ce qui rend difficile la fourniture rapide de la documentation requise.
« Un modèle utilisé à Singapour nous a été présenté. Il implique que les régulateurs financiers se chargent de la vérification du statut fiscal, de l'identification et de l'adresse. »
Un modèle utilisé à Singapour nous a été présenté. Il implique que les régulateurs financiers se chargent de la vérification du statut fiscal, de l'identification et de l'adresse, ce qui permet aux banques d'accéder à ces informations vérifiées lorsqu'une entreprise ou un particulier demande un financement. Je pense qu'il s'agit là d'une proposition novatrice visant à réduire les coûts pour les PME tout en offrant aux services financiers un accès plus rapide à des informations vérifiées. Une fois de plus, cela souligne l'importance des plateformes numériques dans la création d'opportunités commerciales efficaces.
AE : Le manque de financement confine de nombreux pays africains à être des exportateurs de matières premières, avec des secteurs industriels sous-développés. Cependant, l'Afrique du Sud se distingue par la solidité de sa base industrielle. Comment le reste du continent peut-il s'inspirer de la réussite de l'Afrique du Sud dans la construction d'une industrie d'exportation viable ?
BM : Bien que l'Afrique du Sud dispose d'un secteur industriel relativement développé, il a lui aussi été confronté à des défis au cours de la dernière décennie. La politique industrielle a été un élément clé dans le développement de la base industrielle de l'Afrique du Sud, et il est essentiel de veiller à ce que les politiques macroéconomiques créent la stabilité et la certitude nécessaires pour attirer les investissements. La diversification est un autre facteur important, d'autant plus que l'Afrique est riche en minéraux, que nous continuons malheureusement à exporter sous forme de matières premières. Je me réjouis de voir que de plus en plus de pays exigent de leurs partenaires qu'ils envisagent de construire des usines localement dans le cadre de leurs accords sur les ressources.
« Je me réjouis de voir que de plus en plus de pays exigent de leurs partenaires qu'ils envisagent de construire des usines localement dans le cadre de leurs accords sur les ressources ».
Les politiques gouvernementales en matière de marchés publics jouent également un rôle. En Afrique du Sud, par exemple, le gouvernement a mis en place une politique de localisation, exigeant qu'un certain pourcentage des intrants proviennent de sources locales, ce qui encourage l'investissement dans les industries nationales. Avec la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), nous devons aller au-delà de la concurrence entre les pays et créer des opportunités de chaînes d'approvisionnement transfrontalières, où les pays peuvent collaborer à la production de biens, comme les véhicules à moteur, avec des composants provenant de différents pays. Cela renforcerait les bases industrielles à travers le continent et créerait une situation gagnant-gagnant pour tous.
AE : En ce qui concerne la ZLECAf justement, de nombreux débats portent aujourd’hui sur les normes douanières interopérables qui doivent faciliter le commerce transfrontalier. Comment l'adoption de ces normes peut-elle favoriser une meilleure intégration régionale et renforcer le commerce intra-africain dans le cadre de la ZLECAF ?
BM : L'interopérabilité est essentielle, mais nous devons également nous concentrer sur la numérisation de nos processus. Il y a quelques années, j'ai entendu parler du temps nécessaire pour transporter des marchandises de l'Afrique du Sud vers la République démocratique du Congo, et c'était choquant.
« Il y a quelques années, j'ai entendu parler du temps nécessaire pour transporter des marchandises de l'Afrique du Sud vers la République démocratique du Congo, et c'était choquant ».
Les retards ne sont pas seulement dus à la mauvaise qualité des infrastructures routières, mais aussi au temps nécessaire à chaque poste frontière pour le traitement des marchandises. Une plateforme numérique permettant de scanner les marchandises et de les faire passer les frontières en toute transparence serait d'une aide précieuse. Nous pourrions permettre aux autorités douanières et réglementaires de suivre les marchandises en temps réel, et les exportateurs pourraient également contrôler l'emplacement de leurs marchandises, ce qui est particulièrement important pour les articles sensibles au temps ou périssables. L'harmonisation des procédures et la numérisation des systèmes nous permettraient de modéliser des pratiques commerciales efficaces et d'influencer potentiellement les normes mondiales.
AE : Le continent reste dépendant des importations. De nombreuses voix s'élèvent pour demander à l'Afrique d'améliorer sa position dans la chaîne d'approvisionnement mondiale tout en renforçant sa résilience. Comment l'Afrique peut-elle améliorer la résilience de sa chaîne d'approvisionnement ?
BM : Tout d'abord, nous devons reconnaître l'importance de la durabilité. Si les pandémies sont perturbatrices, l'Afrique est également confrontée à des phénomènes météorologiques extrêmes qui affectent le commerce. Par exemple, nous avons connu des pénuries de riz en raison du conflit entre la Russie et l'Ukraine. Aujourd'hui, nous assistons à des restrictions potentielles de la part de certaines économies liées aux émissions de carbone, ce qui pourrait avoir de graves répercussions sur des pays en développement comme le nôtre. Nous devons investir dans des chaînes de valeur résistantes et nous concentrer sur le commerce avec nos voisins les plus proches en Afrique avant de regarder au-delà.
« Aujourd'hui, nous assistons à des restrictions potentielles de la part de certaines économies liées aux émissions de carbone, ce qui pourrait avoir de graves répercussions sur des pays en développement comme le nôtre. »
Nous devons également veiller à ne pas adopter de politiques restrictives susceptibles d'entraver la croissance économique, en particulier dans le cadre de nos efforts en faveur d'une énergie plus propre. L'Afrique du Sud a soutenu les recommandations du B20 brésilien en essayant d'influencer la façon dont les autres nations du G20 considèrent ces politiques et pratiques restrictives et leur impact sur les économies en développement et les économies les moins développées.
AE : Ma dernière question porte sur le commerce numérique. De nombreux entrepreneurs africains tentent d'entrer dans cet espace, mais il existe un fossé numérique important avec les pays développés. L'Afrique est-elle prête à exploiter pleinement le potentiel du commerce numérique ?
BM : Peut-être pas aujourd'hui, mais très bientôt. L'Afrique compte la plus grande population de jeunes au monde et, d'ici 2050, le tiers de la jeunesse mondiale se trouvera en Afrique. Ces natifs du numérique sont plus familiers de l'espace numérique que les générations précédentes. Il s'agit maintenant d'améliorer l'infrastructure pour soutenir l'innovation nécessaire au commerce numérique. Nous observons des poches d'innovation dans des domaines tels que la fintech et la medtech, mais il reste encore beaucoup à faire pour rattraper les pays développés. Toutefois, je suis convaincue que la jeune génération est prête à tirer pleinement parti des possibilités numériques qui s'offrent à elle. Au-delà des plateformes numériques, les services vont se développer, et je suis particulièrement enthousiaste à l'idée que l'Afrique a déjà fait des progrès considérables dans l'exportation de sa culture créative à l'échelle mondiale.
« Je suis particulièrement enthousiaste à l'idée que l'Afrique a déjà fait des progrès considérables dans l'exportation de sa culture créative à l'échelle mondiale. »
Même si nous ne l'avons pas encore totalement monétisée, je pense que ce n'est qu'une question de temps. La prochaine vague de croissance du PIB viendra de l'économie numérique, et les jeunes Africains sont bien placés pour mener cette transformation.
Propos recueillis par Moutiou Adjibi Nourou
.png)
2 years ago
English (United States) ·
French (France) ·