Par Séraphine Charpentier
Les émissions de CO2 chinoises n'ont pas augmenté depuis un an et demi, malgré une demande d'électricité en hausse au troisième trimestre de l'année 2025. La Chine, plus gros pollueur au monde, pourrait avoir atteint son pic d'émissions de CO2 bien avant la date limite de 2030 fixée par Pékin.
Les émissions de CO2 chinoises n'ont pas augmenté depuis un an et demi, malgré une demande d'électricité en hausse au troisième trimestre de l'année 2025. La Chine, plus gros pollueur au monde, pourrait avoir atteint son pic d'émissions de CO2 bien avant la date limite de 2030 fixée par Pékin.
La Chine aurait-elle atteint son pic d'émissions de CO2? Le constat est encore incertain. Les experts interrogés par le très sérieux Centre finlandais de recherche en énergie (CREA), estiment qu'un pic serait plus probable en 2028 qu'en 2025. Mais la tendance est là. Sur les 18 derniers mois, les émissions de gaz à effet de serre de Pékin n'ont pas augmenté, elles ont stagné et pourraient même baisser, comme l'a rapporté le 11 novembre le média spécialisé Carbon Brief.
"C'est une très bonne nouvelle", déclare à TV5MONDE Françoise Vimeux, climatologue. La Chine est le plus gros émetteur de CO2 au monde, avec près de 30% des émissions mondiales, contre 11% pour les États-Unis et 8% pour l'Inde.
Le charbon, la part du roi
Si les efforts de la Chine en matière d'énergies renouvelables sont colossaux, ils restent relativement minoritaires dans la part de production d'électricité du pays. En juin 2025, le charbon a représenté 51% de la production d'énergie dans le pays, selon le CREA. Un chiffre élevé et à la fois historiquement bas. Il y a vingt ans, il atteignait les 80%.
"La part du charbon descend de manière stable et on s'attend à ce qu'il descende en dessous des 50% dans les deux ans", expliquait en juin dernier Thibaud Voïta, docteur en science politique, sur les ondes de France Culture. L'énergie solaire et éolienne pèse elle environ 26% dans la balance, au premier semestre 2025.
La spectaculaire croissance des énergies renouvelables
Selon Carbon Brief, la stagnation des émissions de CO2 chinoises s'explique par les chiffres du déploiement de la production d'électricité solaire, avec une augmentation de 46% sur un an, au troisième trimestre 2025. Pour l'éolien, la hausse atteint les 11% sur la même période. Grâce à cette production en énergie supplémentaire, la Chine a pu répondre à l'augmentation de la demande en électricité sans que cela ne se traduise par une hausse dans ses émissions de CO2. Depuis 2020, la demande en électricité de la Chine augmente plus vite que son PIB.
Au cours des neuf premiers mois de l'année, Pékin a fait grimper à 240 GW la capacité de production d'électricité solaire installée, 61 GW pour l'énergie éolienne. Des chiffres qui pourraient bien battre ceux de l'année précédente, enregistrant un nouveau record. À titre de comparaison, en 2023, la Chine déployait en tout 297 gigawatts (GW) d'énergies renouvelables. Les États-Unis, 31 GW et la France, 4 GW, selon l’Agence internationale des énergies renouvelables (Irena).
"Un soutien absolument monstrueux du gouvernement"
Cette élan dans la production d'énergie renouvelable et le développement de son industrie est menée tambour battant par la Chine. "En 2023, ses dépenses en énergies renouvelables ont représenté le budget de l'Arabie saoudite", explique Thibaud Voïta sur France Culture.
"Aujourd'hui, la Chine est de loin le plus grand investisseur énergétique mondial, dépensant deux fois plus pour l'énergie que l'Union européenne - et presque autant que l'Union européenne et les États-Unis réunis", expliquait de son côté le directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) dans la revue Connaissance des Énergies.
Pour l'année 2024, cela représente 144 milliards de dollars pour les investissements dans le photovoltaïque, 58 milliards USD dans l'éolien et 13 milliards USD dans l'hydroélectricité.
"Il y a eu un soutien absolument monstrueux" de la part du gouvernement chinois, "non seulement pour les véhicules électriques mais également pour le solaire car la Chine est très pragmatique. L'objectif, c'est toujours la croissance économique. S'il n'y avait pas cette idée derrière les énergies renouvelables, à la limite, cela ne les intéresseraient pas", détaille Thibaud Voïta. "L'idée, c'est de prendre des segments de marché qui ne sont pas encore occupés par les pays occidentaux", conclut-il.
La Chine est de manière incontestable, le leader mondial du marché des énergies renouvelables. Il détient 80% de la capacité de production de panneaux solaires mondiale, 60% pour les éoliennes. Sa force de frappe est telle qu'elle a laminé de nombreuses entreprises occidentales, notamment françaises et allemandes.
La Chine, très agressive avec ses partenaires commerciaux, a également cassé ses prix. "Un panneau solaire en chine se vendait un tiers de moins qu'en Europe en 2023. Dans la même année, ce prix a encore chuté d'un tiers", expose Thibaud Voïta à Radio France. "En Chine, le marché est extrêmement concurrentiel et le seul moyen de s'en sortir, c'est de baisser ses coûts. Pour cela, les Chinois ont fait preuve d'une innovation extraordinaire", explique-t-il.
L'écologie au cœur du discours politique chinois
En septembre, Pékin a annoncé son objectif chiffré en matière de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre: les faire baisser de 7 à 10% d'ici 2035. "Des observateurs disent que la Chine a des engagements à minima par rapport à ce qu'elle pourrait faire", observe la climatologue Françoise Vimeux. Pour autant, la Chine a pris l'habitude de dépasser les objectifs qu'elle s'est elle-même fixée en la matière.
L'environnement est devenu un élément central dans le discours du Parti Communiste Chinois. Le sujet est sensible. En témoigne le succès de "Sous le dôme", une enquête de Chai Jing, vedette de la télévision chinoise, dévoilant la gravité de la pollution atmosphérique dans le pays. Le film, sorti en 2015, cumule les vues, avant d'être retiré par les autorités qui craignent une mobilisation populaire.
"Le gouvernement réalise que la pollution peut devenir un facteur d’instabilité sociale. Alors il dégaine les mesures. À partir de 2015, dans les grandes villes, seules les voitures électriques peuvent obtenir une immatriculation automatique(...)", raconte Jordan Pouille sur le site Warm, du média 2050 Now.
Aujourd'hui, l'écologie est présente jusque dans des discours aussi symboliques que celui du président chinois Xi Jinping pour le nouvel an lunaire: "Le développement vert et à faible émission de carbone s’approfondit, et la construction d’une Chine belle s’accélère", déclarait-il en janvier 2025, comme le rappelle Warm dans son article.
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7 months ago
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