Cuba, Chine, Russie... Ces alliés du Venezuela ont-ils perdu gros avec la capture de Nicolas Maduro?

SOURCE | 3 months ago


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Par Séraphine Charpentier

cuba chine russie
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Nicolas Maduro a été capturé par les États-Unis de Donald Trump, ce samedi 3 janvier, dans une opération militaire spectaculaire. Simple mauvaise nouvelle pour la Chine ou la Russie, "une ligne de vie en moins" pour Cuba... Cette chute du président vénézuélien a-t-elle un impact majeur, notamment économique, pour ses trois grands partenaires sur la scène internationale? 

 

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Nicolas Maduro a été capturé par les États-Unis de Donald Trump, ce samedi 3 janvier, dans une opération militaire spectaculaire. Simple mauvaise nouvelle pour la Chine ou la Russie, "une ligne de vie en moins" pour Cuba... Cette chute du président vénézuélien a-t-elle un impact majeur, notamment économique, pour ses trois grands partenaires sur la scène internationale? 

 

L'appétit impérialiste de Donald Trump et son désir de domination sur l'hémisphère occidental ont déjà fait chuter le président vénézuélien. L'arrestation spectaculaire de Nicolas Maduro et de son épouse Cilia Flores, samedi 3 janvier, en était l'illustration parfaite. En quelques heures à peine, dans une opération militaire digne des plus grands films d'action, l'affaire était pliée: Nicolas Maduro et sa femme étaient embarqués en hélicoptère vers le navire d'assaut amphibie USS Iwo Jima, qui stationnait en mer des Caraïbes depuis plusieurs mois.

Leur procès se prépare à New York, où ils seront notamment jugés pour "transport illégal de cocaïne vers les États-Unis" et coopération avec des "narco-terroristes". C'est désormais Delcy Rodríguez, ex-vice-présidente auprès du régime de Nicolas Maduro, qui assure la présidence par intérim du pays. Le chef d'État américain a annoncé l'exploitation du pétrole vénézuélien par de grandes entreprises américaines. Et a promis, moins de 48 heures après la capture de Nicolas Maduro, l'effondrement de Cuba, aux journalistes présents à bord de son Air force one. 

La chute de Nicolas Maduro, un revers pour Cuba 

"Cuba semble sur le point de s'effondrer (...). Je ne sais pas s'ils vont tenir bon", a affirmé Donald Trump. "Cuba ne survit que grâce au Venezuela et elle protégeait le Venezuela, mais cela n'a pas fonctionné cette fois-ci." "Elle s'effondrera d'elle-même", a encore déclaré le président américain dans une interview au média américain New York Post, samedi.

Le vieil allié de Caracas, qui opère depuis quelques années un rapprochement économique et diplomatique avec Moscou, est dans le viseur de Washington. De manière évidente, le président cubain Miguel Diaz-Canel a condamné l'arrestation de Nicolas Maduro, parlant d'un "acte de terrorisme d'État"

Cuba coopère depuis vingt ans avec le Venezuela. Nicolas Maduro a même été nourri à l'idéologie castriste. "Nicolas Maduro est un pur produit du système cubain et de Fidel Castro", confirme la chercheuse Maria C. Werlau, auteur du livre Cuba's intervention in Venezuela, au magazine français L'Express. "Le président déchu a été formé par La Havane, entraîné par La Havane, placé au cœur du pouvoir vénézuélien par La Havane, télécommandé par La Havane et même protégé par des gardes du corps de La Havane", explique la chercheuse cubano-américaine à nos confrères.

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En outre, Cuba fourni de l'aide à Caracas dans le contre-espionnage. Depuis le déploiement de l'armada américaine en mer des Caraïbes, débuté fin août 2024, Nicolas Maduro aurait d'ailleurs recruté davantage de gardes du corps cubains et "élargi les missions des officiers de renseignement cubains" au sein de son armée, rapporte une source militaire au journal américain The New York Times. Ces derniers seraient considérés comme plus expérimentés et surtout impossibles à corrompre. 

Outre les accointances idéologiques et les partenariats sécuritaires, Caracas a fourni jusqu'à aujourd'hui 30% du pétrole nécessaire à Cuba, selon l'agence de presse Reuters. En échange de cette importation de pétrole, qualifiée de "rare" par l'agence de presse, Cuba envoie plusieurs milliers de personnels médicaux et des professeurs travailler au Venezuela. 

Si Cuba venait à perdre cette manne pétrolière, le pays souffrirait autant au niveau du réseau électrique que des approvisionnements énergétiques cubains, selon les spécialistes interrogés par Reuters. D'autant que le pays est déjà fragilisé. La Havane traverse une crise depuis six ans. Sa croissance économique a chuté de 15%, selon le gouvernement. Pénuries de produits de base, inflation, coupures de courant généralisées font partie du quotidien des Cubains.

"Priver Cuba du pétrole vénézuélien, c'est priver l'économie cubaine d'une ligne de vie", a déclaré à RFI Serge Ollivier, chercheur associé au Centre d'histoire sociale des mondes contemporains. Washington n'a pas a chercher bien loin pour faire pression sur Cuba et potentiellement lui déclencher une crise énergétique profonde. 

La Chine, plus grand acheteur de pétrole brut du Venezuela

Si les conséquences de la chute de Nicolas Maduro semblent bien réelles pour Cuba, Pékin a-t-il autant à perdre de la mainmise américaine sur le pays? Qualifié "d'acte hégémonique", la Chine a en tout cas rapidement condamné l'opération militaire américaine visant son allié sud-américain. Pékin a même appelé à la libération du président et de son épouse Cilia Flores, arrêtée elle aussi dans ce qui a été qualifié par le président chinois, Xi Jinping, d'"intimidation unilatérale" qui "sape gravement l'ordre international". 

"Tous les pays devraient respecter le choix indépendant des autres peuples en matière de développement et se conformer au droit international et aux buts et principes de la Charte des Nations unies, les grandes puissances devant notamment montrer l'exemple", a-t-il notamment déclaré à propos des États-Unis. 

La Chine est devenue le principal acheteur du pétrole vénézuélien après 2019 et les sanctions américaines visant le brut du pays. En 2025, les importations chinoises de brut ont représenté entre 53% et 65% du pétrole exporté par le Venezuela, selon la société d'analyse Vortexa, citée par l'agence de presse Reuters. Cela représente 4,5% des importations maritimes de brut de la Chine. Pour autant, Pékin ne déclarerait pas toutes ses importations. 

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Un tiers du pétrole vénézuélien exporté en Chine est acheté à bas coût par de petites raffineries chinoises appelées "teapot". Ces raffineries contournent les sanctions américaines imposées au pétrole américain. Le pétrole bon marché vendu par Caracas sert notamment à éponger la dette du Venezuela. Mais son prix pourrait désormais changer et atteindre ceux du marché. 

La Chine devrait pouvoir malgré tout continuer d'importer l'or noir vénézuélien, malgré le changement de gouvernement à Caracas et la gouvernance américaine, selon les déclarations du président américain Donald Trump, cité par le magazine économique américain Fortune, samedi 3 janvier. Cependant, les volumes à venir seraient en deçà de ceux précédemment réceptionnés. 

La Chine est également un investisseur au Venezuela. Elle finance notamment la construction d'infrastructures dans le pays. Actuellement, Caracas serait endetté de 10 à 15 milliards de dollars auprès de Pékin, selon des analystes cités par Reuters, qui n'accepte plus de lui prêter. Sur la période allant de 2007 à 2016, le Venezuela a d'ailleurs obtenu la palme du "pays ayant reçu le plus de financement chinois au monde"

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Pékin, cité par le portail chinois ECCPIT, a qualifié le Venezuela de "partenaire commercial important et de destination d’investissement pour la Chine en Amérique latine". Économiquement, la chute de Nicolas Maduro représente malgré tout un "revers majeur" pour la Chine, selon Dan Wang, directeur Chine du cabinet Eurasia group interrogé par la chaîne américaine CNN

Approvisionnement en électricité et télécommunications: dans ces deux domaines, la Chine pourrait malgré tout continuer à tirer parti de ses investissements dans la région. "Tout effort visant à retirer les entreprises chinoises des projets d'infrastructures critiques pourrait conduire à l'instabilité sociale", rapportent nos confrères, citant Dan Wang.  

La Russie, partenaire stratégique du Venezuela

Qu'en est-il du "grand-frère russe", qui lui aussi détient des intérêts au Venezuela? "Nous réaffirmons notre solidarité avec le peuple vénézuélien et notre soutien à la ligne politique de son leadership bolivarien, qui vise à protéger les intérêts nationaux et la souveraineté du pays”, a en tout cas déclaré le ministère russe des Affaires étrangères, cité par l’agence russe Interfax, suite à l'arrestation du président vénézuélien. 

Ce qui a été qualifié d'"acte d’agression militaire" par Moscou n'a cependant pas été suivi d'actes ou de paroles plus affirmées. Le président russe s'est muré dans le silence et la passivité qui l'ont caractérisé ces dernières semaines sur le sujet. Loin de voler au secours de son allié, le régime de Vladimir Poutine avait récemment pris ses distances avec Caracas, renonçant à s'engager publiquement à lui fournir davantage de ressources. 

Malgré cela, l'"admiration" vénézuélienne pour la Russie et Vladimir Poutine, qualifié de "cher ami" par Nicolas Maduro en 2024, a donné lieu à un "accord de partenariat stratégique et de coopération" entre Moscou et Caracas. Le texte a été ratifié à la fin de l'année 2025 par la Douma, l'Assemblée fédérale de la Russie. Il concernait les domaines de l'énergie, des investissements et de la sécurité, notamment en matière de formation militaire et de coopération technique. 

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L'un des points clés de cet accord concerne un dossier économique important pour la Russie, celui de l'accord de joint-venture entre la société russe Roszarubezhneft et la société publique vénézuélienne Petroleos de Venezuela (PDVSA). Ce projet commun entre les deux entreprises, qui exploitent deux champs pétroliers importants au Venezuela et en partagent les revenus, a été reconduit en novembre 2025 pour 15 ans.

Moscou, qui exerçait jusqu'alors un certain contrôle sur le pétrole du pays, va désormais devoir composer avec Washington. "Nous allons maintenant faire en sorte que nos compagnies pétrolières américaines se rendent sur place, réparent l'infrastructure pétrolière et commencent à gagner de l'argent pour le pays", déclarait Donald Trump le 3 janvier dans une conférence de presse. L'entreprise russe Rostec venait également d'ouvrir une usine de fabrication de Kalashnikov en juillet, dans la ville de Maracay, pour armer la police et l'armée vénézuéliennes, notamment. La Russie a également prêté plusieurs milliards à Caracas. 

Reste que la chute de Nicolas Maduro est un nouveau coup porté à la sphère d'influence de Moscou dans le monde. Au Moyen-Orient, la Syrie de Bachar Al-Assad, allié de Vladimir Poutine, tombait en décembre 2024. Un autre allié de Moscou, l'Iran, est aussi dans le viseur américain. La veille de l'attaque américaine sur Caracas, Donald Trump a affirmé que Washington "pourrait" intervenir en Iran pour secourir les populations, sur son réseau Truth social. Le pays a déjà été la victime de frappes américaines et israéliennes en juin. 


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