Discours liminaire prononcé par Akinwumi A. Adesina, président du Groupe de la Banque africaine de développement, à l’occasion du lancement de l’...

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Bonsoir à tous. Je suis ravi d’être parmi vous. Je vois plusieurs visages que je connais dans cette salle et un grand nombre que je rencontre ce soir pour la première fois. Il n’y a pas de meilleure façon de se rencontrer que d’être là, avec vous, pour discuter des questions qui touchent notre continent à travers le discours que je vous adresse ce soir, à l’occasion de l’African Mayoral Leadership Initiative (Initiative pour le leadership des maires africains).

Je souhaite remercier et féliciter Jamie Cooper pour l’amour et le soutien sans faille qu’elle porte à l’Afrique et aux questions qui touchent à son développement. Elle et moi, ainsi que l’organisation Big Win Philanthropy et la Banque africaine de développement, avons travaillé en étroite collaboration pour résoudre les problèmes de malnutrition et de retard de croissance en Afrique, et ensemble nous soutenons les African Leaders on Nutrition (Dirigeants africains pour la nutrition) et la Table ronde des présidents sur la nutrition en Afrique.

Merci à Jamie et à la Big Win Philanthropy, ainsi qu’à l’université du Cap pour le développement de l’African Mayoral Leadership Initiative. Je vois dans la salle deux de mes grandes sœurs : la professeure Mamphela Ramphele, ancienne vice-chancelière de l’université du Cap et ancienne directrice générale de la Banque mondiale, et la docteure Nkosazana Dlamini-Zuma, ancienne présidente de l’Union africaine et actuelle ministre de la Gouvernance coopérative et des Affaires traditionnelles d’Afrique du Sud.

Et je vois des maires de toutes les villes d’Afrique que j’ai visitées.

Je vous remercie tous pour ce que vous faites. En tant que maires, vous êtes les gardiens de nos villes, où tous, nous vivons et travaillons. Dès lors, tous les efforts visant à aider les maires à améliorer leurs capacités humaines, institutionnelles et financières pour mieux gérer les villes auront des effets directs sur la vie des gens.

L’objectif du programme AMALI, « catalyser la transformation des villes », est essentiel pour stimuler la croissance économique globale et le développement de l’Afrique.

Je voudrais scinder mon intervention de ce soir en cinq grandes parties. Premièrement, j’aborderai l’importance des villes dans la croissance économique et le développement de l’Afrique. Deuxièmement, je présenterai certains des principaux défis auxquels sont confrontés les villes et les maires qui s’efforcent d’y faire face. Troisièmement, je parlerai des nouvelles tendances sur lesquelles les maires devraient se concentrer pour améliorer le développement urbain. Quatrièmement, j’évoquerai le travail de la Banque africaine de développement en matière de soutien au développement urbain. Enfin, je terminerai par les domaines prioritaires pour catalyser la transformation des villes.

L’urbanisation de l’Afrique progresse à un rythme très rapide et sans précédent. Aujourd’hui, plus d’un quart des 100 villes à la croissance la plus rapide au monde se trouvent en Afrique. Trois mégapoles, Le Caire, Kinshasa et Lagos, comptent plus de dix millions d’habitants. L’Afrique compte également au moins 52 villes de plus d’un million d’habitants chacune.

Selon les estimations, l’Afrique devrait connaître le taux de croissance urbaine le plus rapide au monde, soit 3,2 %. D’ici 2050, la population urbaine de l’Afrique devrait doubler, passant d’environ 600 millions à 1,2 milliard de personnes. Et d’ici 2050, 950 millions de personnes supplémentaires vivront dans 13 000 centres urbains. Cela signifie concrètement que l’Afrique abritera la plus grande population urbaine du monde.

Les grandes villes offrent d’énormes possibilités de croissance et de prospérité, à condition que la gouvernance, les politiques et les infrastructures urbaines requises aient été mises en place. Il faut savoir que les villes génèrent 55 % du PIB total de l’Afrique. On peut s’attendre à ce que ce chiffre augmente avec le temps, étant donné que dans les économies développées, les villes génèrent environ 90 % du PIB.

Les villes sont des marchés de consommation à croissance rapide, en grande partie sous l’effet d’une urbanisation galopante. Les dépenses de consommation en Afrique ont enregistré un taux de croissance annuel de 3,9 % depuis 2010, atteignant 1,4 billion de dollars en 2015, et devraient atteindre 2,1 billions de dollars d’ici 2025 et 2,5 billions d’ici 2030. La mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine stimulera la croissance et l’augmentation des dépenses de consommation, qui seront portées par une plus forte demande des consommateurs dans les villes à croissance rapide.

Compte tenu de l’énorme contribution des villes à la croissance économique globale, il convient d’accorder une plus grande attention à l’optimisation de ce potentiel économique par le biais d’une meilleure planification urbaine, d’une meilleure gouvernance urbaine, de meilleures infrastructures, de meilleurs logements, de meilleurs soins de santé et d’un développement socio-économique global.

Nous avons besoin de villes où il fait bon vivre. Nous avons besoin de villes saines. Nous avons besoin de villes qui offrent des emplois décents. Nous avons besoin de villes où les populations sont bien nourries. Nous avons besoin de villes sûres. Et nous avons besoin de villes offrant une bonne qualité de vie.

La croissance urbaine rapide aux premiers stades du développement de l’Afrique a entraîné une concentration de la population dans les zones urbaines, sans que les investissements dans les infrastructures et le capital humain nécessaires pour en tirer des avantages économiques soient réalisés. Une grande partie de l’expansion urbaine en Afrique se caractérise par une croissance non planifiée et non régulée et des taux de chômage élevés. Dans la plupart des villes, les emplois sont concentrés dans le secteur informel, avec plus de 60 % des emplois dans le secteur informel ou l’économie grise qui ne sont ni taxés ni bien contrôlés par les gouvernements.

Au cours des 45 dernières années, les investissements dans les infrastructures et le logement en Afrique se sont maintenus à environ 20 % du produit intérieur brut. En revanche, les pays d’Asie de l’Est qui ont connu une urbanisation rapide similaire ont augmenté leurs investissements en capital à plus de 45 % du produit intérieur brut, notamment en Chine. Dans toute l’Asie de l’Est, les investissements restent supérieurs à 40 % du produit intérieur brut, ce qui donne des résultats significatifs en matière d’amélioration de la productivité et de réduction de la pauvreté.

En revanche, le manque chronique d’investissements en Afrique a conduit à la fragmentation des villes et à un modèle de croissance urbaine non durable. En outre, l’expansion urbaine incontrôlée entraîne une augmentation des émissions de gaz à effet de serre, des coûts de transport et la perte de ressources naturelles et de terres arables qui auraient pu être utilisées à d’autres fins, telles que l’agriculture.

Le plus grand défi auquel sont confrontées les villes, face à un exode rural et une urbanisation massifs accompagnés d’une pauvreté croissante, est le manque de logements abordables.

Le marché du financement hypothécaire étant peu développé, des millions de personnes n’ont pas les moyens de s’offrir un logement décent. En Ouganda par exemple, on estime qu’il y a 5 000 prêts hypothécaires pour une population de 41 millions de personnes, tandis qu’en Tanzanie, il n’y a que 3 500 prêts hypothécaires pour une population de 55 millions de personnes. Des estimations récentes montrent qu’en 2019, le Kenya et le Ghana avaient des déficits de logements de 2 millions d’unités respectivement, car les gouvernements ne peuvent répondre qu’à 3 % de la demande.

La Banque africaine de développement a soutenu l’expansion des prêts hypothécaires sur le continent.

Permettez-moi de citer quelques exemples.

La Banque a accordé un prêt de premier rang de 40 millions de dollars à Housing Investment Partners en Afrique du Sud pour constituer un portefeuille de prêts hypothécaires pour des logements abordables en vue d’une éventuelle titrisation sur les marchés financiers locaux, en utilisant des structures juridiques innovantes. Il permettra aux ménages à revenus faibles et moyens d’accéder à 1 250 logements nouvellement construits.

En Zambie, le prêt de 25 millions de dollars de la Banque à la Zambia National Building Society permettra la livraison de 667 logements pour les ménages à revenus faibles et moyens.

Au Kenya, notre appui de 90 millions d’euros a permis la création de la Kenya Mortgage Refinance Company.

 Au Ghana, notre soutien de 15 millions de dollars à la GHL Bank permet de fournir un financement hypothécaire à quelque 300 à 375 familles.

Et au Nigeria, notre prêt de 50 millions de dollars au Families Home Fund permet de stimuler l’accès au financement hypothécaire tout en soutenant l’émission d’obligations sur le marché local des capitaux.

La Banque fournit également une assistance technique au gouvernement du Togo pour la construction de 20 000 logements.

L’étalement des bidonvilles constitue un défi majeur pour de nombreuses villes. Deux pays africains, l’Afrique du Sud et le Kenya, figurent parmi les pays qui comptent les plus grands bidonvilles du monde, avec Khayelitsha au Cap et Kibera à Nairobi. Le Kenya (Muthare) et le Nigeria (Ajegunle, Shomolu et Makoko, tous dans l’État de Lagos) figurent également parmi les cinq premiers pays d’Afrique qui comptent les plus grands bidonvilles. Les bidonvilles présentent des conditions de vie insalubres, des baraques, un manque d’eau et d’assainissement et constituent des communautés extrêmement pauvres. En raison du manque d’emplois, des niveaux élevés de pauvreté et du manque d’infrastructures, ils sont très exposés à la violence, à la criminalité, aux drogues illicites et aux épidémies.

De nombreux efforts ont été déployés pour « réhabiliter les bidonvilles » afin d’améliorer les conditions de vie dans les villes. Bien que ces efforts soient louables, je tiens à préciser que, selon moi, un bidonville cinq étoiles, ça n’existe pas. Un bidonville est un bidonville. Nous ne devons pas nous accommoder des bidonvilles. L’anormal ne doit pas être normalisé. Les gouvernements et les villes devraient adopter des politiques « zéro bidonville ».

Des modèles de planification et de financement novateurs sont nécessaires pour changer cette situation.

L’un des moyens d’y parvenir est de réorganiser complètement ces zones, de construire des logements abordables, décents et de qualité, en utilisant la garantie des valeurs foncières implicitement élevées pour attirer les promoteurs privés. Les ménages peuvent être propriétaires de leur propre logement ou d’une part des lotissements développés sur la base de l’évaluation de leur terrain (capital foncier), ce qui leur permettra d’augmenter leurs revenus au fil du temps, au fur et à mesure que les lotissements se développent.

Certains pays comme l’Égypte, le Maroc et la Tunisie sont parvenus à réduire considérablement le nombre de leur population vivant dans des bidonvilles. Ils ont utilisé des approches telles que les programmes à succès de la Chine et de Singapour, basés sur des actions fortes du secteur public, un système efficace de financement du logement, le développement de marchés fonciers performants et l’amélioration de la mobilité urbaine.

Par exemple, le pourcentage de personnes vivant dans des bidonvilles au Caire est passé de 50 % à 17 % en deux décennies. La ville du Caire a également mis aux enchères des terrains publics pour financer des programmes d’infrastructure.

La transformation des villes nécessitera des niveaux de financement importants.

La Banque africaine de développement joue son rôle. En moyenne, le Conseil d’administration de la Banque africaine de développement approuve plus de 2 milliards de dollars par an de financements pour des projets et des programmes qui ont un impact positif direct sur les zones urbaines en Afrique. Ces projets couvrent plusieurs secteurs. Ils comprennent le transport, l’accès à l’eau potable et l’amélioration des systèmes d’assainissement et d’égouts, les infrastructures de drainage, la gestion des déchets, l’adaptation aux changements climatiques, l’énergie et les services financiers.

En Tanzanie, en 2017, la ville de Dar es-Salaam a reçu un financement de 160 millions de dollars de la Banque pour mettre en œuvre la phase 2 de son réseau de transport rapide par autobus. Avant la mise en place de ce système, Dar es-Salaam était l’une des villes les plus encombrées d’Afrique. Les habitants des banlieues dépensaient une part importante de leurs revenus dans des transports publics peu fiables. Le réseau de transport rapide par autobus permet de transporter environ un demi million d’usagers par jour, améliorant ainsi directement la vie de plus de 1,2 million d’usagers réguliers dans la ville.

Nous soutenons la Kampala Capital City Authority en Ouganda dans ses efforts de rénovation des infrastructures de la ville, avec un prêt de 264 millions de dollars. Le projet comprend la réhabilitation et la construction de plus de 60 kilomètres de routes, de 123 kilomètres de trottoirs et de pistes cyclables, ainsi que l’amélioration des systèmes de drainage. En outre, la Kampala Capital City Authority achètera 50 bus écologiques pour renforcer les moyens de transport de la ville.

La ville de Nairobi, au Kenya, a achevé en 2020 le projet Nairobi Outer Ring Road (périphérique extérieur de Nairobi) grâce à un financement de 107 millions de dollars de la Banque africaine de développement. Ce projet a permis de moderniser un tronçon de chaussée de treize kilomètres. Il comprenait des dispositions pour un futur réseau médian de transport rapide par bus.

Et au Sénégal, la Banque africaine de développement a accordé un prêt de 250 millions d’euros pour soutenir le développement de Diamniadio, une ville satellite et un nouveau pôle de croissance situé à 40 kilomètres de Dakar, la capitale. Le projet comprend une autoroute à péage financée par un partenariat public-privé et un train express régional.

La Banque soutient la ville nigériane d’Abuja dans son projet de création de villes satellites comme moyen de gérer l’étalement urbain. Nous avons en outre accordé à la ville d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, un prêt de 637 millions de dollars pour financer le projet de transport urbain d’Abidjan. Ce projet permettra de réduire les embouteillages et de consolider la position d’Abidjan comme pôle industriel clé. Ce projet améliorera les déplacements quotidiens de 2 millions de personnes, réduira de moitié le nombre d’accidents de la route et diminuera les émissions de gaz à effet de serre.

La Banque africaine de développement a apporté un soutien important pour améliorer l’accès aux systèmes d’eau et d’assainissement dans les villes d’Afrique.

Par exemple, entre 2015 et 2018, la Banque a investi plus de 2,7 milliards de dollars dans les systèmes urbains d’approvisionnement en eau et d’assainissement. Un exemple notable est le projet d’approvisionnement en eau en vrac de Kigali, le premier partenariat public-privé dans le domaine de l’eau en Afrique, dont profitent plus de 500 000 personnes.

Au Caire, en Égypte, la Banque africaine de développement a soutenu le développement de la station de traitement des eaux d’Abu Rawash, qui traite 1,6 million de mètres cubes d’eau par jour et sert 9 millions de personnes dans Le grand Caire. Il s’agit de la plus grande station de traitement des eaux d’Égypte et de l’une des dix plus grandes au monde.

Les villes africaines sont confrontées à de nouveaux défis.

En tête de liste figurent les changements climatiques. L’Afrique perd entre 7 et 15 milliards de dollars en raison des changements climatiques, et ce chiffre devrait atteindre 50 milliards de dollars d’ici 2040. La fréquence des cyclones, des inondations et des sécheresses, ainsi que l’élévation du niveau de la mer posent de sérieux problèmes aux villes, en particulier aux villes côtières.

La Banque mondiale a estimé que les pays côtiers d’Afrique occidentale perdent 3,8 milliards de dollars par an en raison de l’érosion côtière. D’autres estimations montrent que les pays africains perdent jusqu’à 7 milliards de dollars à cause de l’érosion côtière. La construction d’infrastructures plus résistantes au climat est donc essentielle pour toutes les villes, et encore plus pour celles des pays côtiers. 

C’est pourquoi la Banque africaine de développement a lancé le Programme d’accélération de l’adaptation en Afrique, en collaboration avec le Centre mondial pour l’adaptation, afin de mobiliser 25 milliards de dollars pour l’Afrique. Le dispositif en amont du programme, basé au Centre mondial pour l’adaptation en Afrique, hébergé par la Banque africaine de développement, déploie des outils et des approches analytiques pour aider les villes à évaluer le degré de vulnérabilité aux changements climatiques de leurs infrastructures et à développer des stratégies qui leur permettent de résister aux changements climatiques.

Les changements climatiques peuvent rendre certaines villes invivables ou entraîner des vulnérabilités et des risques accrus qui réduiront leur attrait pour les investisseurs. Il est donc essentiel que les villes élaborent des stratégies de gestion des risques de catastrophe, des cadres de résilience urbaine et des plans d’adaptation aux changements climatiques. Les évaluations de la vulnérabilité, en particulier pour les établissements informels, sont importantes face aux changements climatiques.

La viabilité économique des villes dépend de la disponibilité de l’énergie pour l’éclairage, la cuisine, le chauffage, la climatisation, le fonctionnement des industries ainsi que pour soutenir les petites et moyennes entreprises et des millions de personnes travaillant dans le secteur informel des services. Pourtant, aujourd’hui, plus de 600 millions de personnes en Afrique n’ont pas accès à l’électricité. Même ici, en Afrique du Sud, où il y avait autrefois un meilleur accès à l’électricité, les villes sont désormais en proie à de fréquentes coupures de courant.

La Banque africaine de développement a investi dans l’énergie, en particulier dans l’expansion rapide des énergies renouvelables. Notre expérience montre que les systèmes énergétiques décentralisés sont plus efficaces, les mini-réseaux dans les villes et les cités, ainsi que les réseaux intelligents. Il est nécessaire de raccorder les ménages les plus pauvres des villes à l’électricité et de les aider à réduire leurs frais de raccordement.

Le soutien de la Banque africaine de développement à notre projet « Last Mile Connectivity » (connectivité du dernier kilomètre) au Kenya a permis de raccorder 2,6 millions de ménages pauvres à l’électricité et de réduire de plus de moitié leurs frais de raccordement. Nous avons pu faire autant pour des villes et cités de Côte d’Ivoire et du Burkina Faso.

Il ne fait aucun doute qu’il reste encore beaucoup à faire pour améliorer nos villes. Un domaine clé auquel nous devons nous attaquer est la manière d’aider les villes à avoir un meilleur accès au financement, ainsi qu’une plus grande autonomie dans la gestion de leurs financements.

Les conseils d’administration de la Banque africaine de développement ont approuvé en 2018 une nouvelle politique d’opérations non souveraines qui permet à la Banque de prêter à des entités décentralisées telles que les villes et les gouvernements locaux. La Banque a également créé récemment une division du développement urbain pour soutenir nos opérations sectorielles et renforcer les connaissances sur le développement urbain en Afrique.

La Banque africaine de développement a également créé en 2019, le Fonds de développement urbain et municipal, afin d’améliorer l’offre d’assistance technique et de renforcement des capacités pour la planification urbaine intégrée, la gouvernance, la préparation des projets et la gestion urbaine au sens large, y compris la gestion fiscale municipale. Le Fonds apporte désormais son soutien à plus de 15 villes.

Permettez-moi de conclure par quelques réflexions sur la manière de mieux financer les villes et sur la façon dont la Banque africaine de développement peut mieux soutenir vos efforts.

Nous avons besoin de moyens innovants pour remédier aux dysfonctionnements du marché et développer de meilleurs financements hypothécaires en Afrique pour rendre les villes plus vivables et permettre l’accès à des logements abordables. Ces approches pourraient inclure la mobilisation d’investisseurs institutionnels. En promouvant le logement comme classe d’actifs importante, le soutien à la titrisation et aux titres adossés à des créances hypothécaires sera attrayant pour les gestionnaires d’actifs et le secteur privé. Des efforts plus importants sont nécessaires pour développer les marchés financiers locaux, l’utilisation d’obligations vertes pour soutenir le logement, fournir une assistance technique aux institutions financières, et offrir un meilleur accès au financement du logement pour les femmes et les jeunes.

La Banque peut soutenir une plus grande collaboration sud-sud et nord-sud et le partage des enseignements sur la manière de construire des villes et des communes vivables. L’urbanisation de l’Afrique a commencé beaucoup plus tard que dans d’autres régions du monde, et il y a donc beaucoup à apprendre des autres pays qui sont parvenus à une urbanisation durable.

Il est nécessaire d’accorder une plus grande autonomie et une plus grande responsabilité fiscale aux villes et aux communes, ainsi qu’aux gouvernements nationaux, afin de leur permettre de lever des fonds pour répondre aux énormes besoins en matière de développement. Au lieu de dépendre davantage des transferts de ressources des gouvernements nationaux, les villes et les communes doivent renforcer leur capacité institutionnelle à trouver leurs propres financements.

Outre les sources habituelles telles que les taxes et impôts locaux, elles devraient renforcer leurs capacités et disposer d’un espace réglementaire pour lever des fonds sur les marchés de capitaux locaux en émettant des obligations municipales et vertes. Ceci est d’autant plus important que des études ont montré que la dette des entités infranationales ne représente que 4 % de la dette totale des pays d’Afrique.

Une étude de CGLU (Cités et gouvernements locaux unis) portant sur 153 villes d’Afrique a révélé que seulement 6,5 % des villes ont accès au crédit. Cela doit changer. Il ne peut y avoir de développement durable des villes sans accès à un financement durable à faible coût et à long terme pour celles-ci.

Le travail et le programme du partenariat innovant entre Big Win Philanthropy et l’université du Cap sur l’African Mayoral Leadership Initiative (AMALI) changent clairement la donne en matière de développement urbain en renforçant les capacités de leadership pour développer des villes meilleures et plus vivables en Afrique.

Je me réjouis que vous, les maires de nos villes africaines, soyez ici pour chercher des moyens d’améliorer le développement de nos villes d’Afrique.

Nous devons réaliser l’Afrique que nous voulons. L’Afrique que nous voulons doit être celle où nos villes sont bien planifiées pour devenir les moteurs d’une plus grande croissance économique et d’une plus grande prospérité pour l’Afrique. Cela ne peut être le fruit du hasard. L’avenir ne se crée pas sur un coup de dé. Plus nous retardons la mise en œuvre d’actions visant à transformer nos villes, plus les coûts pour le développement de l’Afrique seront élevés. Le coût de l’inaction pour développer de meilleures villes est plus élevé que le coût de l’action. Agissons donc pour transformer les villes d’Afrique.

La Banque africaine de développement salue l’initiative AMALI et se tient prête à collaborer avec vous pour la mettre en œuvre. Nous sommes également prêts à collaborer avec vous, les maires, pour apporter un soutien accru à vos villes.

Je vous remercie.

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