Discours prononcé par Akinwumi A. Adesina, Président du Groupe de la Banque africaine de développement - Lancement de la Coalition des chefs d'...

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Madame Sanda Ojiambo, PDG et directrice exécutive du Pacte mondial des Nations unies

Chef(fe)s d'entreprise, Mesdames et Messieurs,

J'aime les hommes d'affaires. Ils prennent leurs décisions rapidement lorsque les opportunités sont claires.

La semaine dernière, à Abidjan, le milieu des affaires, des investisseurs et des développeurs de projets, ainsi que les institutions financières internationales et africaines étaient réunis pour les “Market Days” de l’Africa Investment Forum 2022, organisées par la Banque africaine de développement et ses partenaires.

En 72 heures, nous avons obtenu 31 milliards de dollars d'intérêts d'investissements en Afrique. Si l'on y ajoute les 32,8 milliards de dollars obtenus cette année au mois de mars, l’Africa Investment Forum aura mobilisé 63,8 milliards de dollars d'intérêts d'investissement pour l'Afrique rien que cette année. Ce qui montre bien que l'Afrique est bancable !

C'est pourquoi je suis très heureux que les chefs d'entreprise africains aient décidé de se mobiliser pour lutter contre les changements climatiques en Afrique, avec la création de l'Africa Business Leaders Coalition. Bravo !

C'est une coalition qui arrive à point nommé. Elle n’aurait pu arriver à un meilleur moment, alors que l’on s'éloigne dangereusement de l'objectif de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degré au-dessus du niveau pré-industriel. Il n'est pas étonnant que le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, ait déclaré que « nous sommes sur la voie de l'enfer climatique ».

Eh bien, pour des millions d'Africains, c'est déjà l'enfer sur Terre, car l'Afrique se réchauffe plus vite que toute autre région au monde. Si l’on ne change pas de trajectoire, l'agriculture sera confrontée à des difficultés, en raison de la fréquence accrue des sécheresses, des inondations, des cyclones, des criquets et des insectes légionnaires.

Tous les ans, l’Afrique perd de 7 à 15 milliards de dollars à cause des changements climatiques, et ce chiffre devrait passer à 50 milliards de dollars par an d'ici à 2030. L'Afrique subit les conséquences de ce qu'elle n'a pas causé, puisque le continent ne représente que 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Les changements climatiques entravent les économies africaines, tandis que le continent perd entre 5 et 15 % de son produit intérieur brut en raison des changements climatiques.

Parlons franchement : les changements climatiques aggravent la pauvreté en Afrique, tandis que les pays développés qui polluent s'enrichissent.

L'Afrique va avoir besoin de 1,3 à 1,6 billion de dollars d'ici à 2030, pour mettre en œuvre ses Contributions déterminées au niveau national et s'adapter au changement climatique, soit 125 milliards de dollars par an en moyenne. Or, l'Afrique ne reçoit que 18 milliards de dollars par an de finance climatique, dont 11 milliards seulement pour l'adaptation climatique. Ce qui laisse un déficit de financement de l'adaptation climatique de 110 milliards de dollars par an.

La Banque africaine de développement montre la voie, en aidant à mobiliser des ressources pour l'adaptation climatique en Afrique. Nous avons doublé la part du total de nos financements consacrée à la finance climatique pour atteindre 25 milliards de dollars d'ici à 2025. Nous consacrons désormais 41 % du total de nos financements au climat, au-delà de l'objectif fixé à 40 %. Nous dédions désormais 67 % du total de nos financements climatiques à l'adaptation, ce qui est la plus grosse quote-part de toutes les institutions au niveau mondial. Il nous faut le faire, car l'adaptation climatique est un défi majeur pour l'Afrique.

La Banque africaine de développement et le Centre mondial sur l'adaptation sont en train de mettre en œuvre le Programme d'accélération de l'adaptation en Afrique, qui a pour objectif de mobiliser 25 milliards de dollars pour l'adaptation climatique en Afrique. Pour mobiliser davantage de ressources pour les pays à faible revenu et les États fragiles, la Banque a également ouvert un Guichet d'action climatique. J'ai été heureux que le Royaume-Uni octroie, hier, 200 millions de livres, et les Pays-Bas 110 millions d'euros à cette initiative.

Mais, pour lutter contre les changements climatiques, l’essentiel des ressources devra provenir du secteur privé, s’agissant notamment de l'atténuation des changements climatiques. Il est dans l'intérêt de l'Afrique de rendre ses économies plus vertes. Une Afrique plus verte, à faibles émissions de carbone et résiliente aux changements climatiques profite aux populations et aux affaires. Le moment est venu de prendre des mesures audacieuses pour réduire l'empreinte carbone dans toutes les chaînes d'approvisionnement. Nous devons rendre nos industries plus vertes. On doit cesser de dépendre des fiouls lourds et du charbon pour faire tourner les industries, et recourir aux énergies renouvelables, tout en reconnaissant l'importance du gaz naturel comme combustible de transition crucial en Afrique, afin de proposer un bouquet énergétique équilibré et stabiliser les réseaux qui favorise l'industrialisation.

C'est pourquoi la Banque africaine de développement investit massivement dans les énergies renouvelables, auxquelles elle consacre aujourd'hui 85 % de tous ses financements en faveur de la production d'électricité.

Les gouvernements peuvent soutenir une plus grande décarbonisation des économies en supprimant les subventions sur les combustibles fossiles et en utilisant des taxes sur le carbone pour réduire la dépendance à l'égard des technologies émettrices de carbone.

Les entreprises peuvent apporter leur contribution, en divulguant intégralement l'empreinte carbone de leurs chaînes d'approvisionnement et en abandonnant les combustibles fossiles au profit d'une utilisation accrue des énergies renouvelables.

Le développement des marchés du carbone, avec une tarification adéquate du carbone, aidera à accélérer cette transition.

Les entreprises doivent de plus en plus tenir compte des risques climatiques dans leurs activités, leurs chaînes d'approvisionnement et leurs projections financières, car les risques climatiques auront un impact sur leur rentabilité, leur viabilité et leur durabilité. Le développement de mécanismes de transfert des risques du marché peut aider à réduire les risques pour les entreprises, en particulier pour les petites et moyennes entreprises, qui sont les plus vulnérables aux changements climatiques.

Les économies africaines seront plus vertes et les entreprises plus résilientes face aux changements climatiques, l'Afrique progressera plus vite dans le développement d'infrastructures vertes. Les infrastructures vertes sont très limitées en Afrique, comme le montre la part de l'Afrique dans les obligations vertes mondiales en faveur d’infrastructures vertes. Sur les 522 milliards de dollars d'obligations vertes émises dans le monde entre 2007 et 2018, l'Afrique ne représentait que 2 milliards de dollars, soit 0,4 %.

Vier sur l'accélération du développement d’infrastructures vertes va ouvrir de grandes opportunités pour le lancement d'obligations vertes en plus grand nombre et attirer les investisseurs institutionnels de plus en plus soucieux des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leurs décisions d'investissement. En se concentrant sur le développement d'infrastructures vertes, l'Afrique peut augmenter sa part d'obligations vertes à 2,5 % au niveau mondial, et mobiliser 14 milliards de dollars environ de financements verts pour stimuler les actifs d'infrastructures vertes de l'Afrique.

C'est pourquoi la Banque africaine de développement et ses partenaires ont lancé l'Alliance pour des infrastructures vertes en Afrique (AGIA), dans le but d'accélérer le développement d'infrastructures vertes en Afrique, dans le cadre de nos efforts collectifs vers zéro émission nette.

Tout cela, nous le faisons parce que nous pensons que les entreprises font partie du problème des émissions de gaz à effet de serre et qu'elles doivent maintenant devenir un maillon essentiel de la solution.

Personne ne veut vivre en enfer.

Ensemble, faisons en sorte de changer nos habitudes.

Changeons la façon dont nous faisons tourner les entreprises.

Faisons en sorte que les entreprises africaines soient plus vertes.

Car l'écologisation de l'Afrique recèle plus de 3 000 milliards de dollars de nouvelles opportunités.

Ce sont de vraies affaires concrètes, qui profitent aux citoyens et aux actionnaires.

Ensemble, faisons en sorte que l'Afrique soit un paradis sur Terre.

Merci beaucoup.


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