Le délai et la qualité de la livraison comptent pour beaucoup dans l’expérience client. Reste un défi de taille, celui du partage des espaces entre usagers de la route.
«Dans Paris, à vélo on dépasse les autos», chantait Joe Dassin. Rien d’étonnant donc à ce que, au-delà des coursiers, ce mode de transport soit désormais adopté en plusieurs circonstances par des sociétés de livraison. C’est que les vélos-cargos électriques peuvent transporter jusqu’à 200 kilos de marchandises et effectuer de nombreuses rotations journalières entre leur entrepôt et les lieux de livraison dont ils ne sont souvent distants que d’une dizaine de minutes. À Toulouse, les Cargos toulousains sont, grâce à ce mode de transport, en mesure de livrer le cœur de la Ville rose à toute heure en se fondant au mieux dans la circulation.
«Jusqu’à l’an dernier, l’entreprise ne faisait que de la course et de la messagerie. La livraison du dernier kilomètre, c’est ce qui nous a permis de revenir dans le vert», expliquent Paul Marty et Gaëtan Tenza, cogérants de cette société dont ils ont repris l’an dernier le fonds à la barre du tribunal de commerce alors qu’elle était placée en liquidation. Le choix d’orienter plus massivement l’entreprise vers la livraison de colis –une activité en croissance et moins sujette à la crise et aux creux liés aux vacances scolaires que l’activité de messagerie- s’est avéré payant, notamment parce qu’il a fait écho à une restriction de circulation souhaitée par la municipalité dirigée par Jean-Luc Moudenc (DVD).
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Un système pas adapté à toutes les villes
«En novembre 2024, nous avons officialisé une charte de livraison qui a homogénéisé les règles en vigueur dans le centre-ville. Désormais, de 11h30 à 19 heures, les livraisons ne sont autorisées qu’aux véhicules électriques, bioGNV ou cyclo logistiques. Les livraisons par des véhicules thermiques sont interdites au cours de cette plage horaire», détaille Maxime Boyer, adjoint au maire notamment en charge de la circulation.
Par ailleurs vice-président de la métropole en charge des mobilités, cet élu estime à 300.000 le nombre de rotations de livraison par semaine et que 32.000 colis sont livrés chaque jour en ville. L’objectif de la charte cosignée avec des organisations professionnelles : réduire la pollution sonore, olfactive et respiratoire dans le centre-ville, mais aussi limiter les facteurs irritants au volant dans une ville où sont enregistrés par la Métropole 4,6 millions de déplacements quotidiens tous véhicules confondus, dont la moitié en voiture. «Dans la mesure où nous nous attendons, à horizon 2030, à enregistrer 500.000 déplacements supplémentaires, il nous faut nous montrer prévoyants», ajoute Maxime Boyer.
Du reste, la plupart des professionnels du transport anticipent eux aussi. Obligés par la loi à verdir leur flotte, ils se sont, à Toulouse comme ailleurs, mis au diapason allant parfois au-delà des obligations légales. «Nous livrons à 100% en véhicule doux à Paris et à 80% dans les 22 plus grandes métropoles de France», avance ainsi Jean-Yves Gras, directeur général de Colissimo (Groupe La Poste). Leader avec près de 50% de part de marché sur le secteur du petit colis, Colissimo assure même avoir «réduit de 50% les émissions de CO2 par colis en dix ans.»
Répondant eux aussi aux critères de circulation en vigueur durant toute la journée, les douze salariés des Cargos toulousains effectuent leurs livraisons dans le centre de la Ville Rose pour le compte d’opérateurs tels que Mondial Relais, GLS ou Heppner, un acteur dont le plus clair de l’activité est tourné vers les professionnels. Avec un entrepôt situé à huit minutes de coups de pédales de la place du Capitole, les livreurs de cette société transportent chaque jour entre 2 et 3 tonnes de marchandises sur leur remorque, soit plusieurs centaines de colis.
Séduisante et populaire dans l’imaginaire collectif, la solution du vélo-cargo, appelé cyclo-logistique dans le jargon, n’est cependant pas adaptée à toutes les villes, raison pour laquelle elle demeure par ailleurs marginale. «La solution est intéressante mais le modèle économique qui environne la cyclo logistique n’est pas évident. C’est d’autant plus vrai quand les colis sont lourds et qu’ils prennent de la place. Nous y parvenons toutefois à Toulouse et Dunkerque», avance Olivier Alix, directeur des opérations industrielles chez le transporteur GLS.
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Expérimentation de livraison fluviale
En marge de ces changements dans les moyens de livraison, les collectivités ne peuvent se contenter de contraindre. Elles doivent également adapter leurs voies de circulation. «Tout n’est pas parfait, y compris pour les vélos-cargos pour lesquels nous devons réaliser des aménagements adéquats», convient Maxime Boyer. Pour les autres véhicules de livraisons (scooters électriques, camionnettes...), largement majoritaires dans le flux des solutions de livraison, la Ville Rose a également travaillé à proposer des places de livraison pensées non pas à équidistance l’une de l’autre, mais au moins positionnées d’une manière qu’elle estime homogène. «Nous avons par ailleurs étendu la possibilité de stationnement dans ces espaces de dix minutes supplémentaires. Elles sont passées de vingt à trente minutes, avec pour contrepartie l’obligation de mettre un disque de stationnement derrière le pare-brise pour les livreurs», détaille Maxime Boyer.
Face à la croissance d’activité générée par la livraison de colis, en grande partie due à l’e-commerce, Toulouse Métropole réfléchit désormais à une manière de concentrer la logistique en des points stratégiques de son territoire (37 communes, 850.000 habitants). Au nord de la ville, elle dispose déjà d’une plateforme baptisée Toulouse logistique urbaine (TLU). Située à proximité immédiate de son Marché d’intérêt national (MIN), elle héberge sous quelque 16.000 m2 des activités logistiques de huit entreprises dont La Poste, UPS ou encore Numidya, une société de transport régionale, mais aussi des activités logistiques des Galeries Lafayette. «Notre ambition est aujourd’hui de trouver un site ayant une vocation similaire mais située au sud de la Métropole. L’objectif est de limiter au maximum le nombre de camions sur la route», détaille au Figaro le vice-président de la collectivité en charge des mobilités.
Pour aller plus loin encore, la Métropole, en partenariat avec Voie navigable de France (VNF), envisage d’inaugurer au printemps une expérimentation de livraison fluviale avec l’entreprise River Connect, laquelle exploitera un bateau électrique reliant un quai extérieur à la ville à un autre plus proche du centre.
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