(Agence Ecofin) - Dans l’actualité santé en Afrique cette semaine, plusieurs développements marquent la région. En RDC, une nouvelle flambée d’Ebola a été confirmée dans le Kasaï, tandis que l’Union africaine maintient l’état d’urgence sanitaire lié au mpox. À Madagascar, l’accent a été mis sur la richesse exceptionnelle des plantes médicinales, et au Togo, un vaccin antipaludique est désormais intégré au programme national pour protéger les enfants. En Côte d’Ivoire, deux applications innovantes visent à moderniser le don de sang, alors que l’OMS alerte sur l’ampleur des troubles mentaux dans le monde, qui touchent plus d’un milliard de personnes.
RDC : une nouvelle flambée d’Ebola confirmée dans le Kasaï
Ebola frappe à nouveau en République démocratique du Congo (RDC). Le pays d’Afrique centrale vient de déclarer son 16e foyer épidémique, confirmé dans la province du Kasaï.
Le ministère de la Santé a signalé 15 décès et 28 cas suspects dans les zones de santé de Bulape et Mweka, dont quatre parmi le personnel soignant. Le cas index est une femme enceinte de 34 ans, hospitalisée le mois dernier avec fièvre élevée et vomissements répétés.
Les analyses ont identifié la souche Zaïre du virus, la plus meurtrière connue, mais l’origine de l’exposition reste inconnue. La province du Kasaï n’avait pas enregistré de flambée depuis 2008.
Les autorités sanitaires de la #RDC?? ont déclaré une épidémie d'#Ebola dans la province du Kasaï, avec 28 cas et 15 décès signalés.
Afin d'intensifier rapidement la réponse, une équipe avancée du ministère de la Santé et de @WHO a été déployée. L'OMS appuie également avec des… pic.twitter.com/rTF85SknRB
Dans ce contexte, l’Africa CDC (agence de surveillance épidémiologique de l’Union africaine) a déployé une équipe d’experts pour appuyer la surveillance, le traçage des contacts et la prévention des infections. Son directeur général, Jean Kaseya, s’est rendu en RDC pour coordonner la riposte avec les autorités locales.
Transmise de l’animal à l’homme puis par contact direct entre humains, la maladie à virus Ebola affiche un taux de létalité moyen de 50 %. Les principaux symptômes incluent fièvre, fatigue, diarrhée, vomissements et hémorragies.
La RDC reste l’un des pays les plus exposés, avec plusieurs flambées enregistrées ces deux dernières décennies. L’efficacité de la réponse dépendra de la rapidité du traçage, de la protection des soignants et de la disponibilité des vaccins.
Togo : introduction à grande échelle du vaccin antipaludique pour les enfants
Le Togo a officiellement intégré le vaccin antipaludique dans son Programme élargi de vaccination (PEV), cette semaine, avec l’appui de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il devient ainsi le 22ᵉ pays africain à adopter cette mesure préventive.
Le Prof Tchin DARRE ministre chargé de la santé a procédé ce 04/09/2025, à Sokodé, au nom du Président du Conseil et en présence des partenaires, au lancement officiel de l'introduction du vaccin R21-Matrix contre le paludisme dans le programme élargi de vaccination au Togo. pic.twitter.com/sKB7KJfVXw
— Ministère en charge de la Santé Togo (@MSPS_Togo) September 4, 2025Pour couvrir les besoins jusqu’à fin 2025, 325 800 doses du vaccin R21/Matrix-M ont été fournies, pour un coût de 1,354 million de dollars. Moins cher que le Mosquirix (4 dollars contre 10), ce vaccin est jugé sûr et efficace par l’OMS. L’organisation a aussi mobilisé 370 000 dollars pour soutenir les frais opérationnels liés à la campagne.
Le paludisme reste la première cause de mortalité infantile au Togo, avec plus de 2,18 millions de cas et 993 décès en 2024, dont 70 % chez les moins de 5 ans. L’OMS estime que la vaccination pourrait réduire d’au moins 13 % la mortalité infantile liée à cette maladie parasitaire.
Un réseau inédit pour surveiller les moustiques vecteurs de maladies
Toujours dans la lutte contre le paludisme, un projet scientifique d’envergure, VectorGrid-Africa, vient d’être lancé pour renforcer la lutte contre les maladies transmises par les moustiques en Afrique. Financé à hauteur de 6,1 millions d’euros par le programme européen HORIZON/EDCTP, il couvre pour l’heure cinq pays : Tanzanie, Kenya, Mozambique, Afrique du Sud et Madagascar. Le projet repose sur la création d’un réseau d’observatoires interconnectés qui collecteront des données ouvertes sur les espèces de moustiques et leur environnement. L’objectif est d’anticiper les épidémies de maladies comme le paludisme, la fièvre de la Vallée du Rift ou le virus du Nil occidental. À Johannesburg, l’Université Wits coordonnera la partie sud-africaine du projet, en s’appuyant sur un laboratoire de niveau BSL-3 récemment inauguré. Ce dispositif doit combler un manque majeur de surveillance durable sur le continent.
Madagascar : 80 % des plantes médicinales mondiales recensées sur l’île
Madagascar abrite une part exceptionnelle de la biodiversité médicinale mondiale. Sur les 15 000 espèces de plantes médicinales répertoriées, 80 % sont présentes sur l’île, selon l’Association nationale des tradipraticiens de Madagascar (ANTM).
Les Tisanes de Madagascar au Service d'une Agriculture Durable
Les tisanes traditionnelles de Madagascar, souvent utilisées pour leurs propriétés médicinales, sont le symbole d'un lien profond avec les pratiques agricoles. En intégrant les nouvelles méthodes de culture… pic.twitter.com/6KR5uEDihR
Cette richesse a été mise en avant lors de la Journée africaine de la médecine traditionnelle, célébrée le 29 août à Anosy, avec la participation de praticiens venus de plusieurs régions. L’événement a permis d’exposer les plantes utilisées par 90 % des tradipraticiens malgaches, dans des soins allant des massages aux traitements des brûlures.
La médecine traditionnelle reste centrale pour 80 % de la population malgache. Son succès repose sur la transmission culturelle, l’accessibilité financière et l’adaptation perçue de ces pratiques aux réalités locales, dans un pays où l’accès aux soins modernes reste inégal.
Côte d’Ivoire : deux applications pour moderniser le don de sang
Le Centre national de transfusion sanguine de Côte d’Ivoire (CNTSCI) a lancé deux applications mobiles destinées à renforcer la disponibilité et la traçabilité du sang. Présentées le 1er septembre à Abidjan, “Côte d’Ivoire Don de Sang” facilite la prise de rendez-vous, le suivi personnalisé et la fidélisation des donneurs via une communauté digitale.
De son côté, “CNTSCI Mobile” optimise la logistique en coordonnant les stocks entre dépôts et banques de sang, avec un suivi en temps réel. L’objectif affiché est d’atteindre 100 000 donneurs réguliers tous les deux mois pour garantir l’autosuffisance.
Ce projet, qui démarre avec 200 hôpitaux, devrait améliorer la réactivité face aux urgences et lutter contre le trafic illégal de sang. Le CNTSCI a été distingué par le Prix national d’excellence 2025 pour ses efforts de modernisation.
OMS : plus d’un milliard de personnes souffrent de troubles mentaux
Selon de nouveaux rapports de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus d’un milliard de personnes vivent avec des troubles mentaux, principalement l’anxiété et la dépression. Ces pathologies sont aujourd’hui la deuxième cause d’invalidité à long terme et pèsent lourdement sur les économies.
Over 1 billion people are living with #MentalHealth conditions – two new @WHO reports reveal that:
- Women are disproportionately impacted overall. Anxiety and depressive disorders are the most common types of mental health disorders among both men and women:… pic.twitter.com/eRVEJQaV94
Le suicide reste une conséquence dramatique, avec 727 000 décès enregistrés en 2021. Il figure parmi les principales causes de mortalité chez les jeunes. Les femmes sont par ailleurs touchées de façon disproportionnée, notamment par les troubles anxieux et dépressifs.
L’OMS alerte sur l’insuffisance des progrès réalisés et appelle à transformer en profondeur les services de santé mentale. « Investir en faveur de la santé mentale, c’est investir dans les personnes, les communautés et les économies », insiste son directeur général, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus. Sans action renforcée, l’objectif de réduire d’un tiers les suicides d’ici 2030 ne sera pas atteint, la baisse projetée n’étant que de 12 % dans cinq ans.
Soudan : plus de 100 000 cas de choléra recensés en un an
Au Soudan, l’ONU se joint aux sonneurs d’alerte quant à une crise humanitaire sans précédent, avec plus de 100 000 infections au choléra recensées depuis août 2024. Selon le ministère soudanais de la Santé, l’épidémie a déjà causé 2 561 décès, constituant la plus grave flambée récente.
Cette urgence sanitaire survient alors que le pays est ravagé par la guerre entre l’armée et les Forces de soutien rapide (RSF), un conflit qui a fait plus de 20 000 morts officiels et 14 millions de déplacés depuis avril 2023. Des estimations universitaires américaines évoquent jusqu’à 130 000 victimes.
Parallèlement, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) confirme que le Soudan connaît la plus grande crise de la faim au monde, avec des zones déjà en situation de famine. Les Nations Unies appellent à une mobilisation internationale immédiate pour éviter un effondrement total de la santé publique.
Mpox : l’UA maintient l’état d’urgence sanitaire continental
Le Groupe consultatif d’urgence de l’Africa CDC recommande de prolonger le statut d’« urgence sanitaire de sécurité continentale » lié au mpox (ex-variole du singe). Malgré une baisse de 52 % des cas confirmés entre avril et août 2025, plusieurs pays, dont le Ghana, le Kenya et la Zambie, connaissent encore des flambées, tandis que de nouveaux cas apparaissent au Togo, au Sénégal et en Éthiopie.
Le taux de létalité reste relativement élevé dans certains pays, notamment en Afrique centrale et australe, et des décès d’enfants ont été signalés. Plus d’un million de doses vaccinales ont été administrées dans 12 pays, mais la vaccination des moins de 12 ans reste limitée. Selon l’agence sanitaire panafricaine, le maintien du statut vise à préserver la mobilisation politique et financière face à un risque de résurgence.
Ayi Renaud Dossavi
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