Éleveurs le jour, influenceurs le soir : Élodie et Julien, les youtubeurs de l’agriculture

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RÉCIT - Le couple a créé sa chaîne il y a cinq ans. Elle lui permet de percevoir un complément de revenus.

Ce sont les marques qui viennent à nous, confie la jeune femme. C’est intéressant, car il s’agit de produits que nous n’aurions pas pu acheter« On filme comme ça vient ! Si une vache s’échappe, on improvise pour lui courir après. On n’a pas de tabou. Les enfants apparaissent parfois, nos abonnés les ont vus grandir. C’est spontané ! » Élodie et Julien, des « Finistériens pur beurre » installés en Mayenne, racontent leur histoire avec un mélange de simplicité et de fierté. Petits-enfants d’agriculteurs, ils sont éleveurs et… youtubeurs. Ils publient environ une vidéo par semaine, d’une trentaine de minutes. Elles font 20 000 à 30 000 vues en moyenne. Jusqu’à 250 000 pour celle sur Prudence, la vache miraculée, tombée sur le béton, qu’il a fallu soulever au tracteur pour la déplacer et qui tenait de nouveau sur ses pattes le lendemain.

En 2016, le couple fait ses débuts sur les réseaux sociaux. Julien se lance sur Facebook. Un moyen de donner des nouvelles de sa ferme à ses amis proches, qui l’ont aidé, via un financement participatif, à acheter sa petite exploitation bio. Il en profite aussi pour communiquer sur son activité de vente directe, en postant des photos de ses petits veaux. Élodie, qui met aussi la main à la pâte, décide de suivre une formation en montage vidéo en 2020. « On trouvait que Facebook nous restreignait en matière de formats », raconte-t-elle. En guise de travaux pratiques, son formateur lui lance alors un défi : « Pourquoi tu ne créerais pas une chaîne YouTube ? »

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Une affaire de famille

Élodie, mère de trois enfants, se lance en mars 2021. « Au départ, je ne savais pas comment m’y prendre, se remémore-t-elle. Puis c’est monté très vite. Au premier Noël, on avait 7 000 abonnés. Ils sont aujourd’hui 34 000. » Si Élodie est aux manettes, la chaîne YouTube devient vite une affaire de famille. Le couple trouve son ton. « On est naturels, on présente notre quotidien à la ferme, témoigne la jeune femme, diplômée d’horticulture. On montre tout ce qui s’y passe, y compris les moments difficiles. Ça rassure. »

Le couple fait volontiers de la pédagogie pour aider les agriculteurs qui « vivent les mêmes galères ». « J’aurais bien aimé à l’époque, quand je me suis lancé, trouver des tutos sur les manipulations de bovins, témoigne Julien, 45 ans. À l’époque, on ne montrait pas ce qui se passait dans les fermes. » Pour le couple, il s’agit aussi d’une mission. « On ne se retrouvait pas dans l’image des agriculteurs véhiculée par les médias, avec beaucoup d’élevages robotisés, ajoute le quadragénaire, qui compte 70 vaches laitières. L’élevage familial y est rarement représenté. »

Ce sont les marques qui viennent à nous. C’est intéressant, car il s’agit de produits que nous n’aurions pas pu acheter

Élodie, agricultrice et influenceuse

Ce qui n’était au départ qu’un passe-temps devient une activité à part entière. Élodie, qui a pris le statut d’autoentrepreneuse pour créer sa chaîne, y consacre 300 heures par an. De son côté, Julien passe 3 heures par jour à préparer ses stories sur Instagram, dont certaines font la promotion de leur chaîne YouTube. Avec 34 000 abonnés sur la plateforme, ils génèrent un complément de revenu d’environ 800 euros nets par mois. La plateforme rémunère les créateurs de contenu environ 17 euros pour chaque tranche de 1 000 abonnés. Comme la plupart des créateurs, Élodie et Julien ont également noué des collaborations commerciales. Ils testent des produits (GPS pour tracteur, application agricole, colliers capteurs pour les vaches, caméra de surveillance…) et racontent en vidéo ce qu’ils en ont pensé. « Ce sont les marques qui viennent à nous, confie la jeune femme. C’est intéressant, car il s’agit de produits que nous n’aurions pas pu acheter. »

L’aide de leur communauté

Les liens avec leur communauté se resserrent au fil du temps. Si certains amis les avaient mis en garde contre les critiques sur les réseaux sociaux, Élodie et Julien s’étonnent de la « bienveillance » des commentaires. Ils reçoivent des cartes de vœux, des cadeaux… Surtout, cette activité a été cruciale dans leur parcours d’agriculteurs. Quand le couple, alors installé dans le Morbihan, est obligé de quitter sa ferme, en location, à la suite d’un désaccord avec l’un des propriétaires, il s’adresse à la chambre d’agriculture du département, puis visite sept exploitations. En vain. Il est à deux doigts de racheter l’une d’entre elles, mais la vente capote. « Nous étions démoralisés », se souvient Julien, 45 ans.

Ils font part de la situation à leurs abonnés, qui se mobilisent aussitôt. Une dizaine d’entre eux repère l’annonce d’une ferme bio en Mayenne. Élodie et Julien se rendent sur place. Ils craquent pour les lieux à la première visite. Il faut alors boucler le financement. C’est un peu juste. Le couple décide alors d’inclure dans le dossier ses revenus de créateurs de contenu. Le banquier est convaincu. La vente est scellée. Élodie et Julien s’installent avec leurs trois enfants dans la maison en août 2024. Le jour du déménagement, l’un de leurs fans a fait le déplacement pour les aider.

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Arrêter le moment venu

Depuis, les liens ne se sont pas distendus. L’an passé, une trentaine d’abonnés ont participé aux journées portes ouvertes dans l’exploitation, impatients de faire la connaissance de la famille et de découvrir le site, qui était ouvert sur réservation. Certains avaient loué des gîtes en Mayenne pour l’occasion. La plupart des abonnés connaissent le nom de chaque vache de l’élevage et demandent régulièrement de leurs nouvelles. Elles s’appellent Doudou, Galette, la doyenne des limousines, Macron, Thatcher, Hollande… mais aussi Prudence, Paige et Phoebe, en hommage aux personnages de la série américaine Charmed, dont la famille est fan.

C’est sympa de voir qu’ils connaissent bien nos animaux, passionné d’éthologie. Parfois, ça peut aussi faire peur et sembler un peu intrusif

Élodie, agricultrice et influenceuse

« C’est sympa de voir qu’ils connaissent bien nos animaux, confie Élodie, passionné d’éthologie. Parfois, ça peut aussi faire peur et sembler un peu intrusif. » Lorsqu’il y a un souci, comme la semaine dernière quand une vache a eu du sang dans son lait, les conseils affluent. « En l’espace de vingt minutes, j’avais une dizaine de réponses à ma question ! », raconte Julien. Élodie et Julien savent que leur vie de youtubeurs prendra fin un jour. « Si ça s’essouffle, on arrêtera, prévient le quadragénaire, qui évoque aussi le nombre croissant de créateurs de contenu spécialisés dans l’agriculture et les changements des méthodes de calcul de YouTube. Le jour où on ne plaira plus, on passera la main. »


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