"Elles valent moins que des êtres humains": les femmes premières victimes de la guerre au Soudan

SOURCE | 1 day ago


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Par Terriennes

Par Isabelle Mourgere

Femmes déplacées dans un camp au Nord Soudan
Femmes déplacées dans un camp au Nord Soudan

Violées - parfois devant leur propre famille-, vendues comme esclaves sexuelles ou mariées de force: les Soudanaises sont les premières victimes du conflit entre l'armée et les paramilitaires qui fait rage dans ce pays. A l'international, plusieurs voix s'élèvent pour appeler à mettre fin à ce "déchaînement de violences sexuelles".

Femmes déplacées dans un camp au Nord Soudan

Violées - parfois devant leur propre famille-, vendues comme esclaves sexuelles ou mariées de force: les Soudanaises sont les premières victimes du conflit entre l'armée et les paramilitaires qui fait rage dans ce pays. A l'international, plusieurs voix s'élèvent pour appeler à mettre fin à ce "déchaînement de violences sexuelles".

Il s'agit d'une "campagne organisée" incluant des viols et des exécutions "à grande échelle", parfois "filmés et célébrés" par leurs auteurs. Voilà ce que dénonçait, mi-janvier, devant le Conseil de sécurité de l'ONU, Nazhat Shameem Khan, vice-procureure de la Cour pénale internationale (CPI). 

Cette criminalité se répète de ville en ville au Darfour. Elle se poursuivra tant que ce conflit et le sentiment d’impunité qui l’alimente ne seront pas stoppés. Nazhat Shameem Khan, vice-procureure de la CPI

"Il est indéniable, d’après nos enquêtes, que la violence sexuelle, y compris le viol, est utilisée comme outil de guerre" dans le conflit au Darfour, ajoutait-elle. "Cette criminalité se répète de ville en ville au Darfour. Elle se poursuivra tant que ce conflit et le sentiment d’impunité qui l’alimente ne seront pas stoppés", a averti la vice-procureure adjointe.

La Cour pénale internationale (CPI) a ouvert une enquête pour "crimes de guerre" visant les deux camps. Mais malgré "des étapes importantes" ces six derniers mois dans la coopération de la CPI avec divers partenaires, Nazhat Shameem Khana déplore que les enquêtes de la Cour continuent de se heurter à des obstacles importants, notamment l’accès limité aux témoins potentiels et l’absence d’accès sécurisé aux scènes de crime. 

Cela fait plusieurs mois déjà que les Nations-Unies s'inquiètent de la situation pour les populations prises en étau dans cette guerre, évoquant un déchainement des paramilitaires, les Forces de soutien rapide (FSR), contre les communautés non arabes dans la région du Darfour de l'ouest soudanais. Depuis avril 2023, cette guerre a fait des dizaines de milliers de morts, des millions de réfugiés et plongé le pays dans la pire crise humanitaire au monde, selon l'ONU.

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(Re)lire Au Soudan, les combattants s'en prennent aux femmes et aux filles

Une violence systématique

Plus de 1.800 viols ont été recensés entre le début de la guerre en avril 2023 et octobre 2025, selon les données du ministère des affaires sociales soudanais - des données qui n'incluent pas les atrocités commises au Darfour et au Kordofan à partir de fin octobre. 

Il n'y a pas d'âge: une femme de 85 ans peut être violée, un enfant d'un an peut être violé. 

Sulaïma Ishaq al-Khalifa, ministre des affaires sociales soudanaise

"Il n'y a pas d'âge: une femme de 85 ans peut être violée, un enfant d'un an peut être violé", s'indigne Sulaïma Ishaq al-Khalifa dans un entretien accordé à l'AFP à son domicile de Port-Soudan. Cette psychologue engagée depuis des années dans la lutte contre les violences faites aux femmes a récemment rejoint le gouvernement pro-armée. Elle y occupe aujourd'hui le fauteuil de ministre aux Affaires sociales. 

Ces viols sont "souvent commis en présence de la famille", ajoute-t-elle. A ces exactions s'ajoutent, l'esclavage sexuel et le trafic vers les pays voisins, mais aussi les mariages scellés pour éviter la honte.

Manifestation de femmes à Khartoum

Si la violence sexuelle existe dans les deux camps, elle insiste sur le fait que celle-ci est "systématique" chez les paramilitaires des Forces de soutien rapide, qui l'utilisent "comme arme de guerre" à des fins de "nettoyage ethnique". "Il s'agit d'humilier les gens, de les forcer à quitter leurs maisons", précise-t-elle.

Selon un récent rapport du réseau Siha qui défend les droits de femmes dans la Corne de l'Afrique, plus des trois-quarts des violences (77%) sont des viols, et 87% sont imputés aux paramilitaires des FSR. 

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"Moins que des êtres humains"

Le Darfour a déjà connu une période sanglante au début des années 2000. Ali Muhammad Ali Abd-Al-Rahman - connu sous le nom d’Ali Kushayb - ancien chef des milices Janjaouid, dont les FSR sont les héritières, a été récemment jugé et condamné à 20 ans d’emprisonnement pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité par la CPI pour sa responsabilité dans de multiples crimes de guerre, y compris des viols.

"C’est là une avancée significative, bien que préliminaire, vers la justice à La Haye", s’est félicitée Nazhat Shameem Khan, précisant qu’il s’agit de la première condamnation résultant d’une saisine de la Cour par le Conseil de sécurité, mais aussi de la première condamnation dans le cadre de la situation au Darfour, ainsi que de la première condamnation pour persécution fondée sur le genre devant la CPI.

Ils ont dit aux femmes - et cela ressort des témoignages de nombreuses survivantes - qu'elles valaient moins que des êtres humains, les traitant d'esclave. 

Sulaïma Ishaq al-Khalifa, ministre des affaires sociales soudanaise

Mais "ce qu'il se passe aujourd'hui est pire. Des viols de masse ont lieu, c'est documenté. Et les auteurs sont très fiers de ce qu'ils font, ils ne le voient pas comme un crime", s'insurge de son côté Sulaïma Ishaq al-Khalifa. "On a l'impression qu'ils ont le feu vert pour faire tout ce qu'ils veulent", regrette la ministre.

Au Darfour, "ils ont dit aux femmes - et cela ressort des témoignages de nombreuses survivantes - qu'elles valaient moins que des êtres humains, les traitant d'esclaves, et que lorsqu'ils les agressaient sexuellement, en fait ils les 'honoraient', parce qu’ils étaient plus instruits qu'elles ou de sang 'plus pur'", poursuit-elle.

Maternité de Bentiu, Soudan du Sud.

Mariages forcés

A Khartoum et dans plusieurs villes du Darfour, dont el-Facher, des survivantes ont évoqué des viols "commis par des mercenaires francophones venus d'Afrique de l'Ouest, Mali, Burkina Faso, Nigeria, Tchad, mais aussi des Colombiens ou des Libyens", accusés de combattre avec les FSR, selon des informations rapportées par la ministre aux affaires sociales.

Certaines victimes ont été enlevées et cloîtrées comme esclaves sexuelles, d'autres vendues par des réseaux de trafic facilités par l'instabilité et les frontières poreuses. Des cas qui restent difficiles à documenter.

Le Soudan est un condensé de toutes les pires choses qui se sont produites dans le monde. Sulaïma Ishaq al-Khalifa, ministre des affaires sociales soudanaise

Selon Sulaïma Ishaq al-Khalifa, une des difficultés est de libérer la parole des victimes, alors que certaines familles préfèrent les marier de force pour "cacher ce qui s'est passé", surtout en cas de grossesse. "Nous considérons cela comme une forme de torture", dit-elle, en évoquant les cas "effrayants" de mariages forcés d'enfants et d'adolescentes.

Pour elle, le Soudan est "un condensé de toutes les pires choses qui se sont produites dans le monde".

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