Par Terriennes Les Grenades
La destruction d’un stock de contraceptifs conservé en Belgique, et appartenant à l’Agence américaine pour la coopération au développement, un programme américain fermé par Donald Trump, continue de faire grand bruit au sein du monde associatif.
La destruction d’un stock de contraceptifs conservé en Belgique, et appartenant à l’Agence américaine pour la coopération au développement, un programme américain fermé par Donald Trump, continue de faire grand bruit au sein du monde associatif.
La course contre la montre continue pour tenter d’empêcher la destruction d’un stock de contraceptifs entreposé à Geel, en Flandre. Ce stock se compose de quatre camions, contenant des millions de préservatifs et de boîtes de contraceptifs oraux, ainsi que de centaines de milliers de contraceptifs implantables, dont la valeur totale s’élève à environ 9,7 millions de dollars (environ 8,4 millions d’euros).
Ils ont été achetés par l’USAID, l’Agence américaine pour la coopération au développement, et étaient stockés provisoirement dans notre pays. Il était prévu qu’ils soient redistribués dans des missions humanitaires à travers le monde. Cependant, ce programme a depuis été fermé par Donald Trump, et le stock arrive à sa date de péremption. Les contraceptifs devaient donc être acheminés en France pour y être incinérés.
C’était sans compter une forte mobilisation de la société civile féministe et du secteur de la santé dans notre pays et à l’international, qui ont notamment lancé une pétition et écrit une lettre ouverte à destination des ministres de la Santé publique Franck Vandenbroucke (Vooruit) et des Affaires Étrangères et de la Coopération au Développement Maxime Prévot (Les Engagés) afin d’éviter que le stock ne soit transféré vers la France.
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20 autres camions
On a par ailleurs récemment appris que 20 autres camions contenant des contraceptifs américains étaient également entreposés à Kallo, toujours en Flandre, après une question parlementaire de la députée d’opposition Mieke Schauvliege (Groen) au ministre flamand de l’Environnement Jo Brouns (CD&V). Cependant, selon l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS), les médicaments sont désormais inutilisables, car l’entrepôt de Kallo n’est pas équipé pour stocker des pilules, des implants et des stérilets.
Avec d’autres associations, telles que Sensoa et l’International Planned Parenthood Federation European Network (IPPF), la Fédération Laïque de Centres de Planning Familial (FLCPF) appelle le gouvernement belge à poursuivre les négociations afin de sauver les stocks de contraceptifs restants à Geel.
Entretien avec Delphine Chabbert, directrice de la Fédération Laïque de Centres de Planning Familial
Quand avez-vous été mise au courant de l’existence de ce stock de contraceptifs ?
Delphine Chabbert : Le premier stock, dans les quatre camions à Geel, a été découvert avant cet été, par des militant·es, mais nous avons décidé de laisser une chance aux négociations de se faire, notamment via les réseaux diplomatiques et de la part des affaires étrangères. Nous avons finalement commencé à communiquer pour mobiliser l’opinion publique en septembre 2025, lorsque nous avons constaté que cela n’aboutissait pas. Nous avons aussi manifesté devant l’ambassade américaine. Malheureusement, une partie de ces quatre camions n’est déjà plus utilisable, mais le reste est stocké dans de bonnes conditions et pourrait être redistribué.
Pourtant, l’administration américaine a ordonné sa destruction. Ce n’est pas possible là où les médicaments sont stockés car un décret flamand du ministre de l’Environnement interdit l’incinération de ce type de matériel. Voilà pourquoi il aurait dû être détruit en France, dans un site qui a l’habilitation pour le faire. Nous apprenons maintenant qu’il existe un deuxième stock entreposé dans notre pays, de 20 camions, pour lequel il est déjà trop tard…
A eux seuls, les quatre camions à Geel représentent presque 10 millions de dollars de contraceptifs, je vous laisse imaginer ce qu’on a perdu à l’intérieur de ces 20 camions !
A qui étaient-ils destinés ?
La décision de fermer l’USAID est une attaque frontale de la part de l’administration américaine envers les femmes et les minorités du monde entier, ainsi qu’envers leur droit à la santé reproductive et sexuelle. Une grande partie du programme de l’USAID était destinée aux femmes, que ce soit via l’aide alimentaire ou la distribution de contraceptifs.
Les contraceptifs entreposés dans notre pays étaient notamment destinés à la Tanzanie et à la Guinée, pour des femmes qui se trouvent dans une situation de grande vulnérabilité et précarité. Nous voudrions récupérer ce stock tant qu’il est utilisable pour l’acheminer vers elles, comme prévu.
C’est du concret : la perte de ce matériel n’est pas simplement triste, il n’est pas simplement dommage de le gaspiller, cela touche à la vie quotidienne de milliers de femmes vulnérables
Qu’est-ce qui bloque ?
La situation est complexe, tout indique que le gouvernement belge a de réelles intentions de récupérer le stock, et fait de son mieux. Nous savons que les relations diplomatiques ont été coupées un moment, avant de reprendre en septembre. Je pense que l’administration américaine est inflexible depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, et que les négociations ne fonctionnent pas. Or, ce matériel leur appartient, nous ne pouvons pas nous en emparer, cela serait considéré comme du vol.
On a aussi parfois l’impression que le ministre des Affaires Étrangères et le ministre de la Santé Publique se renvoient la balle. D’autant plus dans notre contexte belge, où des coupes budgétaires sont également prévues dans le domaine de la coopération au développement, de l’ordre de 25%, ce qui ne va pas aider la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui avec la fermeture de l’USAID.
La perte de ce stock entraînera des conséquences, pourriez-vous expliquer lesquelles ?
Le coût humain est énorme. Si on s’intéresse d’abord à l’arrêt des programmes de l’USAID, cela entraînera 14 millions de décès dans le monde d’ici 2030, dont 4,5 millions d’enfants de moins de cinq ans. Quant aux contraceptifs en question, s’ils ne sont pas distribués, nous estimons que cela entrainera 362.000 grossesses non désirées, 161.000 naissances non planifiées, 110.000 avortements non sécurisés et 718 décès maternels évitables. Ces chiffres font froid dans le dos et permettent de comprendre que nous parlons de dangers graves, voire mortels, que courent les femmes à cause de cette décision.
C’est du concret : la perte de ce matériel n’est pas simplement triste, il n’est pas simplement dommage de le gaspiller, cela touche à la vie quotidienne de milliers de femmes vulnérables. Ce matériel permet à des femmes de contrôler leur fertilité, et quand on parle de maladies sexuellement transmissibles, il s’agit de rester en vie. C’est devenu une bataille culturelle : ils sont contre le fait de sauver des vies. Nous savons d’ailleurs que l’administration américaine est contre l’avortement.
La situation peut-elle se débloquer ?
Nous gardons espoir face au scandale que représenterait le fait de détruire des médicaments qui peuvent sauver des vies, alors même que des associations proposent de les récupérer et de les acheminer vers les femmes qui en ont besoin. On ne lâche rien et nous ne nous laisserons pas faire, nous continuons à suivre de près les négociations en cours. Il nous parait fondamental de défendre la solidarité internationale entre nos pays et les pays du Sud.
En Belgique, notre système de santé tient la route et nous avons encore un service de première ligne à l’écoute pour les femmes qui en ont besoin, même s’il faut continuer à défendre ce système, et nous disposons d’une sécurité sociale qui, même si elle est attaquée, est encore là. C’est une grande chance. Nous ne pouvons pas lutter pour les droits des femmes juste dans notre petit coin, dans nos démocraties. Nous devons faire attention aux femmes les plus vulnérables. La lutte pour les droits des femmes et leur accès à la santé sexuelle et reproductive est internationale.
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