En Iran, un marathon provoque la colère des autorités parce que des femmes ont couru sans voile

SOURCE | 6 months ago


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Par Terriennes avec AFP

Par Isabelle Mourgere avec AFP

Marathon féminin en Iran
Marathon féminin en Iran

Courir, les cheveux au vent. Une image rare en Iran en raison d'une loi en vigueur depuis plusieurs décennies qui impose aux femmes de porter un voile en public. C'est pourtant ce qu'ont osé faire plusieurs centaines de participantes à un marathon la semaine dernière sur l'île de Kish. 

Marathon féminin en Iran

Courir, les cheveux au vent. Une image rare en Iran en raison d'une loi en vigueur depuis plusieurs décennies qui impose aux femmes de porter un voile en public. C'est pourtant ce qu'ont osé faire plusieurs centaines de participantes à un marathon la semaine dernière sur l'île de Kish. 

Direction Kish, une île touristique du sud de l'Iran située dans le Golfe. C'est là que s'est déroulé le 5 décembre dernier le marathon qui a provoqué l'ire des conservateurs iraniens. 

Selon les médias locaux, plus de 5.000 participants étaient présents. Plusieurs courses sont organisées, certaines sont destinées aux hommes, d'autres aux femmes. Arrivent alors des images inédites, qui vont vite faire le buzz sur les réseaux sociaux. Plusieurs centaines de participantes - peut-être plusieurs milliers - prennent le départ sans voile. Et ce sont elles qui ont attiré les regards, et la foudre des ultra-conservateurs iraniens. 

En courant ainsi, les cheveux libres, elles ont enfreint l'obligation de port du voile en vigueur en Iran depuis quatre décennies.

Au nom de la "décence"

La justice iranienne n'a pas attendu longtemps pour lancer des poursuites à l'encontre des organisateurs de l'événement pour "indécence". Ces derniers ont été interpellés dès le lendemain de la compétition. 

La manière dont l'événement s'est déroulé était contraire à la décence. Procureur général de Kish

"Malgré les avertissements préalables concernant la nécessité de respecter les lois et réglementations en vigueur dans le pays, ainsi que les principes religieux, coutumiers et professionnels... La manière dont l'événement s'est déroulé était contraire à la décence", estime le procureur général de Kish, cité par l'agence de presse iranienne Mizan. De son côté, l'agence de presse Tasnim fustige une "absence totale de surveillance et le non-respect des règles vestimentaires par une partie importante des participantes".

On ignore si les deux personnes interpellées ont été emprisonnées, mais selon le site d'information rferl.org, elles auraient été placées sous "surveillance judiciaire". Le nombre exact de femmes ayant enfreint les lois sur le port du hijab n'était pas non plus immédiatement connu.

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Depuis 1979

En vertu des règles imposées après la Révolution islamique de 1979, toutes les femmes en Iran doivent se couvrir les cheveux avec un voile (hijab) en public et porter des vêtements sobres et amples. 

Mais cette obligation est de moins en moins respectée en Iran, où nombre de femmes sortent désormais non voilées dans la rue, certaines vêtues de tenues légères.

Ce phénomène, inimaginable il y a encore quelques années, semble avoir encore gagné en proportion en particulier dans la capitale Téhéran.

Le tournant décisif remonte à 2022, après la mort en détention de Mahsa Amini, une jeune femme arrêtée pour avoir prétendument enfreint la loi sur le port du hijab, ce qui a déclenché des manifestations anti-gouvernementales menées par des femmes partout à travers le pays.

(Re)lire Mahsa Amini, deux ans après sa mort : "Plus rien ne sera comme avant"

"Généralisation de la nudité"

Face à cette situation, des personnalités du clergé et des conservateurs sont vent debout contre ce qu'ils estiment être la généralisation de la "nudité" et une percée de l'influence occidentale, perçue comme une menace.

Le voile divise la classe politique. Le président Masud Pezeshkian a refusé de ratifier un projet de loi adopté par le Parlement qui imposerait des sanctions plus sévères aux femmes qui ne respectent pas le code vestimentaire. Si le chef d'Etat iranien, considéré par beaucoup comme un modéré, estime que l'on ne peut pas contraindre une femme à porter le voile, une grande majorité d'élus pense le contraire. Pour preuve, cette semaine, plus de la moitié des députés ont accusé la justice de laxisme pour ne pas faire respecter la loi. Même ligne du côté du chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeï, qui prône davantage de fermeté.

Ces derniers mois, les autorités ont fermé plusieurs cafés et restaurants pour non-respect du voile obligatoire, tandis que des concerts et expositions ont pu accueillir des spectatrices sans voile.

Dans un rapport publié en 2024, des enquêteurs de l'ONU estimaient que "le gouvernement iranien avait intensifié ses efforts pour réprimer les droits fondamentaux des femmes et des filles et écraser les initiatives restantes du militantisme féminin".

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(Re)lire Moralité, hijab et chasteté : un projet de loi contre les Iraniennes suspendu

Acte de résistance

C'est dans ce contexte que s'est déroulé le marathon de Kish. Un geste collectif perçu comme un acte de "résistance" pour reprendre les mots de la militante iranienne en exil aux Etats-Unis, Masih Alinejad. "La Fédération iranienne d'athlétisme a tenté d'empêcher la tenue du marathon parce que les femmes refusaient de porter le hijab, mais elle a échoué. 5 000 coureurs de l'île de Kish ont dit 'non' au port obligatoire du voile", écrit-elle sur son compte X. 

"À l'attention des médias occidentaux : ce n'est pas une réforme. Khamenei vient d'ordonner une répression plus sévère, mais les femmes continuent de résister. Comme me l'a dit une femme : 'C'est fini. Le régime islamique est aboli'", conclut-elle. 

Sur X, un autre observateur de la situation en Iran a publié la vidéo du marathon, saluant le courage de ces femmes: "Ils peuvent arrêter les organisateurs. Ils peuvent censurer les photos. Mais ils ne peuvent pas arrêter ce mouvement de liberté".

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