Forum d’Assouan : miser sur le développement économique et social pour bâtir une paix et un développement durables

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Le premier jour du Forum d’Assouan pour la paix et le développement durables, qui déroule sa troisième édition du 21 au 23 juin 2022 au Caire, en Égypte, s’est conclu sur une session plénière intitulée « Accords de sécurité régionaux et efforts de reconstruction et de développement post-conflit de l’Union africaine ».

Plusieurs hauts dirigeants et représentants d’organisations régionales stratégiques impliquées dans ces enjeux étaient réunis pour l’occasion. Aux côtés du secrétaire exécutif de la Commission du Bassin du lac Tchad et chef de mission de la Force d'intervention conjointe multinationale contre Boko Haram Mamman Nuhu, et outre un message vidéo de Maman Sidikou, haut représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, intervenaient la chef par intérim pour la reconstruction et le développement post-conflit de l’Union africaine Sandra Adong Oder, Cedric de Coning du Groupe de recherche sur la paix, les conflits et le développement à l’Institut norvégien des affaires internationales ; ainsi que Thomas Viot, coordinateur en chef des programmes d’industrialisation à la Banque africaine de développement.

Il s’agissait de discuter des efforts de reconstruction post-conflit que l’Union africaine mène de concert avec les autres organisations stratégiques en Afrique, à l’instar de la Banque africaine de développement, engagée dans de nombreux projets de cet ordre. Et démontrer combien sécurité, paix et développement sont indissociablement liés, au vu, surtout, de la nécessité d’œuvrer sur le long terme, non pas seulement dans l’urgence.

Pour ce faire – tous les intervenants en sont convenus –, les efforts de reconstruction post-conflit en Afrique requièrent un soutien international, tant de la part des États, que des organisations et des partenaires bilatéraux et multilatéraux, afin qu’adviennent véritablement une paix et un développement durables.

Bâtir la paix sur le long terme exige d’offrir des perspectives aux populations aux prises avec des situations sécuritaires ou post-conflit délicates et fragiles, a ainsi souligné le secrétaire exécutif de la Commission du Bassin du lac Tchad et chef de la Force multinationale mixte qui lutte contre Boko Haram au Nigeria et dans le Bassin du lac Tchad, Mamman Nuhu. Il faut, a-t-il indiqué, déployer des actions de développement pour prémunir les populations – les jeunes surtout – de la tentation de rallier les groupes extrémistes. « Nous avons besoin de renforcer les ressources humaines », a-t-il ajouté.

Chef par intérim de la reconstruction et du développement post-conflit à l’Union africaine Sandra Adong Oder a abondé dans le sens de Maman Sidikou, haut représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, qui a exhorté à une plus grande collaboration entre les organisations et à mieux intégrer les efforts de paix déployés dans le cadre des différents mécanismes existants. Outre souligner le rôle des Communautés économiques régionales du continent africain, elle est longuement revenue sur la création du Centre de l'Union africaine pour la reconstruction et le développement post-conflit, lancé officiellement au Caire, le 21 décembre 2021.

Partenaire stratégique du Forum d’Assouan depuis ses débuts, la Banque africaine de développement est fortement engagée dans la reconstruction post-conflit dans de nombreuses régions du continent, aidant à renouer avec une paix durable et surtout à asseoir un développement inclusif sur le long terme. Outre sa Stratégie 2022-2026 sur la fragilité et la résilience en Afrique, sa Stratégie pour l'industrialisation de l'Afrique qui court jusqu’en 2025 vient précisément répondre à la nécessité de corréler sécurité, reconstruction et développement économique et social. En cinq ans, entre 2016 et 2020, la Banque africaine a ainsi investi 8,15 milliards de dollars en faveur de l’industrialisation des pays du continent. Pour mieux illustrer l’ampleur et la diversité des actions menées, Thomas Viot, coordinateur en chef des programmes d’industrialisation à la Banque, a cité de nombreux projets – à Madagascar, au Sénégal, au Mali, en Guinée et au Togo notamment – qui, stimulant le secteur privé à l’échelle locale, articulent cette concordance entre activités économiques, retombées sociales, paix et sécurité.

« Il y a un consensus général sur le fait que l'investissement privé dans un environnement fragile ne peut se faire dans les mêmes conditions qu’ailleurs, a-t-il indiqué. Il faut donc créer des instruments novateurs qui n'existent pas aujourd’hui ». Le message de la Banque africaine de développement est clair, à l’instar de son mandat aligné sur ses « High 5 » : « promouvoir le développement industriel et appuyer les entreprises de toutes tailles, afin de stimuler la productivité et de créer des emplois formels, mais aussi améliorer la balance commerciale des pays ». Comme l’a détaillé Thomas Viot, cela contribuer à bâtir des perspectives d’avenir pour les populations concernées et partant, consolider la paix et la sécurité.

« Les institutions financières de développement doivent s’assurer auprès de leurs actionnaires que leur mandat lié à la lutte contre la fragilité soit financé de manière adéquate », a-t-il toutefois ajouté.

Financements, ressources humaines, collaboration entre organisations engagées sur le terrain, mobilisation internationale et coordination, efficacité et vision sur le long terme…, les nombreuses priorités que soulèvent les questions de sécurité et de reconstruction et développement post-conflit ont été évoquées tour à tour. Des priorités que ne font qu’aiguiser d’autres menaces, à l’exemple de la crise climatique (détérioration des terres, déplacements de population) ou des risques de crise alimentaire que fait peser la guerre en Ukraine.

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