En avril dernier, un télépilote ukrainien a dirigé un drone situé à 2 000 kilomètres de sa position. Sur la vidéo communiquée par le constructeur de drones ukrainien Wild Hornets, on voit l'opérateur manipuler une radiocommande branchée à un PC portable sur lequel la vue subjective du drone est affichée.
C'est une véritable prouesse qui permet à la fois d'éloigner les télépilotes du champ de bataille et de gérer un petit drone à distance et de façon fluide comme s'il s'agissait d'un grand modèle MALE, tel le Reaper MQ-9 américain. La grosse différence, c'est que c'est infiniment moins cher.
Contrôler un drone sur cette longue distance n'est pas simple. C'est bien pour cela que la spécialité de télépilote est l'un des métiers les plus dangereux sur le front. Le problème, c'est que pour augmenter l'éloignement avec le drone, il faut parvenir à conserver la latence au minimum, tout en affichant un flux vidéo fluide en haute définition.
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Comment Wild Hornets, qui il y a trois ans encore assemblait des drones de façon artisanale dans un garage, est-il parvenu à cet exploit ? Tout repose sur sa technologie Hornet Vision Ctrl. Ce système propriétaire a été développé en interne.
Des relais qui assurent la liaison
Habituellement, la liaison radio traditionnelle de type 2,4 ou 5,8 GHz entre le drone et la radiocommande plafonne au bout de quelques kilomètres. Pour aller plus loin, la liaison est effectuée par le réseau Internet. Le drone échange ses données via des relais cellulaires 4G/5G ou des liaisons satellitaires à faible latence de type Starlink. Les données sont également transmises par la fibre du réseau ukrainien. C'est, globalement ce qui explique le maintien d'une faible latence.
D'ailleurs, Futura avait testé Nvidia Force Now. L'application permet de jouer sur une machine datée, via des serveurs distants avec une latence minime et la puissance des dernières cartes graphiques de la marque. Le principe est à peu près le même et les quantités de données moindres.
Avec Hornet Vision Ctrl, le flux vidéo du drone est sans doute compressé matériellement en H.265. De leur côté, les informations de télémétrie et les commandes nécessitent peu de données. Le protocole de transport des données joue également un rôle essentiel.
Plutôt que du streaming classique qui repose sur TCP, avec l'inconvénient de pics de latence imprévisibles, Wild Hornets a choisi de miser sur des variantes d'UDP couplées à une correction d'erreur proactive. Avec ce type de protocole, les paquets de données perdues sont reconstruits mathématiquement à la volée, sans retransmission. C'est de cette façon que la latence peut rester stable, même lors d'une dégradation de liaison.
‼️ Incredible record: controlling interceptor STING at a distance of 2,000 km using HORNET VISION Ctrl
While abroad, the pilot controlled interceptor STING operating in northern Ukraine.
We have already begun serial deployment of HORNET VISION Ctrl. It previously enabled Roman… pic.twitter.com/i7vzI2jnqv
La latence comme nerf de la guerre
Reste un problème physique irréductible : avec 50 à 80 ms de délai aller-retour, un drone volant à 340 km/h parcourt entre cinq et huit mètres avant que la commande du pilote ne prenne effet. Ce n'est pas rédhibitoire, mais pas idéal non plus.
C'est là qu'intervient une intelligence artificielle embarquée dans le drone : elle assure la navigation en local, sans attendre les ordres du pilote. Même si cette latence dépasse 100 ms, ce n'est pas non plus une catastrophe, car il s'agit pour le moment de manœuvrer les drones Sting de Wild Hornets.
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Ce sont de petits intercepteurs dédiés à la neutralisation des fameux Shahed-136, rebaptisés Geran et désormais produits et améliorés en Russie. Ces engins sont relativement lents et suivent des trajectoires suffisamment prévisibles pour être interceptés, même avec une forte latence. Autrement dit, il n'y a pas d'urgence durant la phase d'interception.
Une IA comme copilote
De fait, avec l'aide de l'IA intégrée au drone, le travail du télépilote ressemble davantage à un guidage en phase terminale assisté. L'opérateur conserve donc la main sur les décisions clés et les contrôles essentiels, mais le drone peut de toute façon évoluer pratiquement de manière autonome grâce à cette IA embarquée.
Au niveau stratégique, cette technologie maison change la donne. Elle met à l'abri les télépilotes et leur permet également de gérer plusieurs drones et de couvrir des zones de front bien plus étendues qu'auparavant.
Il ne s'agit plus vraiment non plus d'expérimentations, puisque Wild Hornets a annoncé le déploiement en série de ce système après plusieurs mois de tests de combat concluants.
Les progrès ont d'ailleurs été foudroyants. Les premiers essais étaient limités à une trentaine de kilomètres. Quelques mois après, en mars, l'éloignement de l'opérateur avait été porté à 500 kilomètres. À la mi-avril, cet distance a été étendue à 2 000 kilomètres. En plus de cet atout, cette architecture délocalisée et également invisible et bon marché semble difficile, voire impossible, à neutraliser par l'armée russe. Mais, comme pour chaque innovation, les deux adversaires finissent toujours par trouver des parades...
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3 days ago
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