(Agence Ecofin) - Alors que les coûts associés aux changements climatiques dans les pays africains peuvent atteindre jusqu’à 5 % de leur PIB, les experts de l’agence onusienne exhortent les services météorologiques à mettre à profit les dernières avancées en matière de modèles de prévision numérique du temps et d’intelligence artificielle pour prévoir des risques très localisés.
L’Afrique du Nord est la sous-région qui se réchauffe le plus vite sur le continent africain, où les phénomènes météorologiques extrêmes liés au changement climatique aggravent la faim, les pénuries d’eau, l’insécurité et les déplacements de populations, a souligné l'Organisation météorologique mondiale (OMM) dans un rapport publié le lundi 12 mai.
Intitulé « State of the Climate in Africa 2024 », le rapport précise que l’Afrique du Nord a enregistré l’anomalie de la température de l’air près de la surface de la Terre la plus élevée en 2024, soit 1,28 °C au-dessus de la moyenne de la période 1991-2020, contre 0,84 °C pour l’Afrique australe, 0,81 °C pour l’Afrique centrale, 0,72 °C pour l’Afrique de l’Ouest, 0,68 °C pour l’Afrique de l’Est et 0,66 °C pour les pays insulaires de l’océan Indien.
A l’échelle continentale, la température moyenne de l’air près de la surface a dépassé d’environ 0,86 °C la moyenne de la période 1991-2020 durant l’année écoulée. L’année 2024 se classe ainsi à la première ou la deuxième place des années les plus chaudes observées sur le continent, en fonction des données utilisées. De plus, la dernière décennie a été la plus chaude jamais enregistrée. La chaleur extrême a frappé de nombreuses zones du continent en 2024, perturbant l’agriculture, la productivité du travail et l’enseignement.
En 2024, les températures de surface de la mer ont dépassé les valeurs de 2023, qui marquaient le record précédent. Des hausses particulièrement marquées de la température de surface de la mer ont été enregistrées dans l’océan Atlantique et la mer Méditerranée. La quasi-totalité de la zone océanique autour du continent africain a été touchée par des vagues de chaleur marines d’intensité forte, sévère ou extrême, en particulier l’Atlantique tropical. De janvier à avril, près de 30 millions km² ont été concernés, soit la plus grande superficie depuis le début des relevés, en 1993, bien que la superficie ait diminué plus tard dans l’année.
En ce qui concerne les anomalies des précipitations, des conditions plus sèches que la normale ont été observées, en particulier, dans le nord de l’Afrique australe et dans les îles du sud-ouest de l’océan Indien, dont Madagascar. Les précipitations ont été également inférieures à la normale dans la péninsule somalienne, l’ouest de l’Afrique centrale, certaines zones du nord-ouest du Sahel et le long de la côte nord-ouest de l’Afrique.
Un excédent de précipitations a été observé dans certaines parties du Sahel, dans de nombreuses zones d’Afrique centrale et orientale, aux Seychelles, dans certaines parties des Comores et dans certaines parties de l’Angola.
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Le rapport révèle, dans ce cadre, que la baisse des précipitations a impacté négativement les rendements agricoles et la production d’électricité dans plusieurs sous-régions du continent. En Afrique australe, les rendements céréaliers ont été inférieurs de 16 % à la moyenne quinquennale. En Zambie et au Zimbabwe, ils ont même été inférieurs de 43 % et de 50 %, respectivement, à cette moyenne.
Au Maroc, la production agricole a été inférieure de 42 % à la moyenne quinquennale après six années consécutives de sécheresse. Dans le lac Kariba, le plus grand lac artificiel du monde situé le long de la frontière entre la Zambie et le Zimbabwe, les eaux ont atteint l'année dernière des niveaux extrêmement bas, affectant la production d'énergie hydroélectrique et déclenchant des coupures d'électricité prolongées et des perturbations économiques.

Lac Kariba
Dans le même temps, des inondations et des glissements de terrain provoqués par des précipitations exceptionnelles ont tué des centaines de personnes et en ont déplacé plus de 700 000 au Kenya, en Tanzanie, au Burundi et dans d'autres parties de l'Afrique de l'Est entre mars et mai 2024.
En Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, des inondations dévastatrices ont aussi touché plus de 4 millions de personnes, faisant plusieurs centaines de victimes et occasionnant le déplacement de centaines de milliers de personnes. Le Nigeria, le Niger, le Tchad, le Cameroun et la République centrafricaine figurent parmi les pays les plus sinistrés.
Par ailleurs, le bassin du sud-ouest de l’océan Indien a connu d’importants phénomènes météorologiques extrêmes en 2024, en particulier les cyclones tropicaux, ainsi qu’un certain nombre de fortes tempêtes tropicales, accompagnées de précipitations abondantes et de crues.
Pour la première fois de l’ère satellitaire, deux cyclones tropicaux, Hidaya et Ialy, se sont formés en mai et se sont déplacés dans l’extrême nord-ouest de ce bassin, près de la République de Tanzanie et du Kenya, dans une zone où s’aventurent rarement les systèmes tropicaux matures. Après avoir ravagé Mayotte, le cyclone tropical Chido a, quant à lui, touché le Mozambique et le Malawi. Il a touché des dizaines de milliers de victimes, dont beaucoup se sont retrouvées sans abri et sans accès à l’eau potable.
Rappelant que les coûts associés aux changements climatiques dans les pays africains peuvent atteindre jusqu’à 5 % de leur produit intérieur brut (PIB) et représenter ainsi un obstacle considérable à leurs activités de développement et à leur capacité à réduire la pauvreté, l’OMM recommande aux services météorologiques et hydrologiques nationaux (SMHN) de renforcer leurs systèmes d’alerte précoce et d’améliorer leur capacité à prévoir les risques météorologiques très localisés, en mettant à profit les dernières avancées en matière de modèles de prévision numérique du temps et d’intelligence artificielle (IA). L’agence onusienne basée à Genève note cependant que cela nécessite des investissements rationnels dans les infrastructures et les structures de gestion et de partage des données, qui doivent être mobilisés par les gouvernements, les partenaires au développement et le secteur privé.
Walid Kéfi
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