(Agence Ecofin) - Dans un contexte de relance des infrastructures productives, la RDC entend poser les bases d’une industrie ferroviaire locale. Kinshasa affiche sa volonté de créer de la valeur ajoutée sur place et de soutenir la modernisation de son réseau ferré, encore largement sous-exploité. Mais cette ambition met en évidence diverses contraintes.
Le ministère des Transports, des Voies de communication et du Désenclavement de la République démocratique du Congo a lancé un appel à manifestation d’intérêt international pour la construction d’une usine d’assemblage et de montage de trains. Une initiative qui peut marquer le début d’une ambitieuse politique industrielle dans le ferroviaire, pour un pays encore largement dépendant des importations de matériel roulant.
Un pari industriel au cœur des ambitions logistiques nationales
Cet appel répond à la volonté du gouvernement de réduire les défis de mobilité intérieure, dans un contexte où le réseau routier national, qui concentre l’essentiel des flux de transport, fait face à plusieurs contraintes. Routes dégradées, congestion urbaine et coûts logistiques élevés pèsent lourdement sur la compétitivité logistique du pays.
La relance du réseau ferroviaire se présente comme une solution structurelle pour réduire les contraintes. En septembre 2025, le gouvernement a relancé la ligne Kinshasa - Matadi reliant sur 366 km la capitale au principal port maritime du pays, tout en acquérant de nouveaux matériels roulants. À terme, cette ligne doit être prolongée vers le premier port en eau profonde du pays, actuellement en construction à Banana, dans le cadre d’un plan visant à fluidifier les échanges intérieurs et extérieurs.
Un réseau sous-exploité malgré un potentiel d'au moins 5000 km
Selon le communiqué du ministère, la RDC dispose de « plus de 5000 km de voies ferrées », au potentiel cependant sous-exploité, avec plusieurs tronçons non opérationnels. L’obsolescence du matériel roulant, le manque d’entretien et l’absence d’une industrie locale ont longtemps freiné la relance du secteur.
L’appel d’offres prévoit donc la création d’unités d’assemblage capables d’assurer une capacité annuelle de plusieurs dizaines de locomotives et wagons, accompagnées d’un transfert de compétences vers les ingénieurs et techniciens locaux. Ce dispositif pensé sous la forme d’un partenariat public-privé (PPP) d’une durée de 25 à 30 ans, prévoit aussi la constitution d’un écosystème de maintenance, de pièces détachées et la formation.

Deux sites sont envisagés pour accueillir les projets : Matadi, porte océanique stratégique, et Kalemie, carrefour ferroviaire dans la province du Tanganyika.
Vers une véritable filière ferroviaire congolaise ?
Si la création d’une usine d’assemblage apparaît comme un signal fort dans la révolution voulue par le gouvernement, des préalables sont évidemment nécessaires pour en faire le noyau d’une véritable filière ferroviaire locale. D’abord, le développement d’une base industrielle capable de fournir des composants essentiels (essieux, structures métalliques, etc.), encore quasi-inexistante dans le pays.
Ensuite, la formation d’une main-d’œuvre qualifiée dans les métiers de la mécanique, de l’électrotechnique et du génie ferroviaire, pour soutenir le fonctionnement d'une industrie à forte demande. En l’absence de ces préalables, l’usine pourrait se limiter à un simple assemblage de kits importés, sans création de valeur ajoutée significative.
À titre de comparaison, des pays comme l’Afrique du Sud et l’Égypte ont bâti leurs filières ferroviaires sur des décennies d’investissement dans la formation et la sous-traitance industrielle locale.
Un projet à portée régionale
Ce projet survient alors que la RDC s’impose comme un acteur clé des corridors ferroviaires régionaux, notamment celui de Lobito (Angola - Zambie - RDC) et celui du Tanganyika vers la Tanzanie. Ces initiatives placent le pays au cœur d'une reconfiguration logistique africaine, reliant les zones minières du Katanga aux côtes atlantiques et indiennes.
En plus d’aider à renforcer la souveraineté logistique du pays, l’ambition d’une filière ferroviaire locale peut ainsi améliorer la compétitivité minière, en réduisant les coûts de transport du cuivre et du cobalt, deux ressources stratégiques pour la transition énergétique mondiale.
Henoc Dossa
Edité par : Feriol Bewa
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