Dans son exposition « Flops ?! », le musée parisien met en lumière des projets mal pensés ou trop en avance sur leur temps. Certains ont tracé la voie vers des produits et services qui font désormais partie de notre quotidien.
Une Barbie chaussée de patins à roulettes équipés d’une pierre à briquet, une Apple Watch plaquée or vendue à 17 000 dollars, ou le projet Aramis de la RATP, qui ambitionnait de déployer des navettes autonomes dans Paris dans les années 1970. Échec sur échec, l’ensemble de ces idées ont été avortées, abandonnées, ou n’ont pas rencontré le succès escompté.
Depuis mi-octobre, le musée des Arts et Métiers, situé dans le troisième arrondissement de Paris, expose les flops, ou ces échecs cuisants, drôles ou prévisibles, du secteur de la tech, du divertissement, des télécoms ou des transports. Jusqu’au 17 mai 2026, les visiteurs pourront déambuler entre des objets mal confectionnés, des inventions dangereuses ou des projets trop en avance sur leur temps. « Le raté est partout, c’est inéluctable quand on veut créer » assure Marjolaine Schuch, cheffe de projet de l’exposition.
« Une aversion pour l’échec »
L’idée part d’un constat. « La société française valorise l’innovation, tout en entretenant une aversion pour l’échec » analyse Michèle Antoine, directrice du musée. Pourtant, étudier les ratés nous apprend beaucoup et nous permet de faire mieux, voire de donner naissance à de grandes révolutions techniques et technologiques, estime Marjolaine Schuch, pour qui « le raté peut prendre plein de formes ».
Pour construire un récit cohérent, l’exposition se divise en quatre parties. Dans la première salle, les visiteurs sont invités à poser un regard amusé sur des projets aussi bien loufoques que de mauvais goût. Dans la catégorie des idées dangereuses, on retrouve un jeu de fléchettes grandeur nature. Très lourdes, ces fléchettes se sont transformées en véritables armes à leur commercialisation, blessant plusieurs joueurs. Dans la même catégorie : une crème vendue par l’entreprise pharmaceutique Tho-Radia, promettant la jeunesse éternelle... grâce au radium.
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Évolutions mal anticipées et gadgets trop coûteux
Dans un tout autre registre, l’exposition étale aussi les ratés des produits bien trop coûteux. Et dans ce domaine, les gadgets tech excellent. En tête : l’échec cuisant de l’Apple Watch plaquée or commercialisée par la marque américaine à 17 000 dollars. Un prix particulièrement élevé pour un accessoire que l’obsolescence va rendre inutilisable en quelques années. Peu pratiques, les lunettes de soleil avec MP3 intégré de la marque Oakley Thump, vendues 500 dollars, n’ont pas connu un meilleur destin.
Du côté des objets « mal fichus », on retrouve une souris d’ordinateur sans fil également commercialisée par Apple. Particularité : la prise de chargement se trouve en dessous de l’outil, le rendant inutilisable quand la batterie est à plat... L’exposition revient aussi en détail sur les entreprises en situation de monopole qui n’ont pas anticipé certaines innovations, et se sont fait doubler par leurs concurrents. BlackBerry est un cas d’école en la matière. Dominant le marché des téléphones portables dans les années 2000 et 2010, la marque canadienne n’a pas vu venir l’ère des smartphones. Kodak n’est pas en reste : reine des appareils photos argentiques, l’entreprise américaine est la première à déposer un brevet pour l’appareil photo numérique. Sûre de sa position dominante, elle n’investit pas outre mesure dans cette nouvelle technologie, et finit par se faire complètement dépasser.
Comprendre l’échec
Sans vouloir se moquer, les commissaires de l’exposition invitent plutôt les visiteurs à dédramatiser les échecs. « Quand on innove beaucoup, on flope beaucoup ! Ça fait partie du jeu » résume Marjolaine Schuch. L’exposition présente aussi le travail consacré à la surconsommation de l’artiste français Jacques Carelman. Ce dernier a imaginé les objets les moins pratiques et les plus improbables dans son œuvre « Les Catalogues de l’absurde » datant des années 1970.
Mais la démarche est aussi éducative : pourquoi ces projets ont-ils échoué ? Dans cette troisième partie, le musée revient dans le détail sur l’échec du projet Aramis porté par la RATP, la ville de Paris et la région Île-de-France dans les années 1970. Alors que la capitale est saturée par les embouteillages, ils imaginent conjointement un système de navettes autonomes sur rails pouvant déposer les usagers à une adresse ou une station précise. Trop coûteux et techniquement impossible à mettre en place à l’époque, ce projet qui n’a jamais vu le jour a pourtant posé les jalons du métro automatique, aujourd’hui déployé dans les principales villes du pays. Mais les raisons de l’échec sont parfois plus simples : un public mal ciblé, une image de marque incompatible avec le développement de certains produits, ou un modèle économique trop faible, malgré une bonne idée.
« Tout ce qui nous entoure est l’amélioration d’un échec »
L’objectif revendiqué de l’exposition est de montrer que ces flops sont des passages obligés pour mettre sur pied une innovation capable de changer la face du monde. « L’échec est par exemple inhérent au secteur de l’aéronautique, c’est essentiel de rater » défend Marjolaine Schuch. Le flop de l’aspirateur Birum, équipé d’une pompe à vélo inversée, a ainsi permis l’essor des aspirateurs modernes. Le Minitel est un cousin d’Internet, et le premier téléphone portable Bi-Bop, lancé à Strasbourg dans les années 1990, a posé les bases pour la suite. « Tout ce qui nous entoure est l’amélioration d’un échec » observe Marjolaine Schuch.
Pour le musée, l’exposition est aussi un moyen de contrebalancer une approche plus linéaire des progrès techniques. « Les Arts et Métiers présentent les grandes avancées comme si tout cela était écrit, logique. Avec cette exposition, on fait un pas de côté, on montre qu’il y a énormément de rebondissements, que tout cela peut être très chaotique », poursuit Marjolaine Schuch. Depuis son ouverture, l’exposition profite de la période des vacances scolaires de la Toussaint pour faire le plein de visiteurs.
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6 months ago
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