"Les loups viennent du côté russe": les rennes de Laponie menacés par une conséquence inattendue de la guerre en Ukraine?

SOURCE | 4 months ago


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Par Séraphine Charpentier

loup neige
loup neige

Depuis 2022, un nombre grandissant de rennes sont retrouvés morts dans les terres boisées de Laponie, au nord de la Finlande. Le principal suspect, pour certains chercheurs et éleveurs: les loups venant de Russie. Jusqu'alors traqués dans leurs contrées, leur population aurait trouvé un répit salvateur depuis le début de l'invasion russe en Ukraine, faute de chasseurs.

loup neige

Depuis 2022, un nombre grandissant de rennes sont retrouvés morts dans les terres boisées de Laponie, au nord de la Finlande. Le principal suspect, pour certains chercheurs et éleveurs: les loups venant de Russie. Jusqu'alors traqués dans leurs contrées, leur population aurait trouvé un répit salvateur depuis le début de l'invasion russe en Ukraine, faute de chasseurs.

Ce pourrait être l'une des conséquences les plus surprenantes de la guerre en Ukraine. La Laponie, région la plus septentrionale de la Finlande, est connue pour ses vastes étendues sauvages, ses aurores boréales et sa population de rennes. Ces derniers sont l'un des symboles de la région et une source de revenus pour de nombreux foyers. Les éleveurs proposent balades en traineaux aux touristes, bois et viande de rennes. 

Si les cervidés sont à peu près aussi nombreux que les habitants de Laponie, le tableau s'est assombri ces dernières années. Presque tous les jours désormais, au détour d'un bosquet, les éleveurs retrouvent leurs bêtes tuées, explique la chaîne américaine CNN qui s'est rendue sur place. 

"Cette année est la pire de toutes"

2.000 rennes ont été attaqués par des loups en 2025. En 2015, ils étaient 539, selon les chiffres du ministère finlandais de l'Agriculture et des Forêts et l'autorité finlandaise de sécurité alimentaire. "Cette année est la pire de toutes", témoigne auprès de CNN un éleveur de la ville de Kuusamo, un dénommé Kujala

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À ses pieds, le cadavre d'un renne, tué il y a quelques jours. La langue de l'animal est arrachée et la carcasse bien nettoyée. Dans la neige, des empreintes révélatrices indiquent clairement le coupable. 

Kujala sera indemnisé par l'État 1.572 euros pour la perte de cette femelle. De la paperasse qui occupe désormais une grande partie des journées des éleveurs, comme Kujala, selon CNN. 

"C'est vraiment triste. Vraiment, vraiment triste (...). L'équilibre n'est pas bon. Les loups sont si nombreux qu'ils menacent tout le système ici... Ils ne font que tuer, tuer, tuer. Si nous ne faisons rien, dans quelques années, des régions entières n'auront plus de rennes. C'est triste, car c'est la plus ancienne activité de toute la Finlande: l'élevage des rennes", confie l'homme, qui avec son élevage, perpétue une tradition familiale vielle de 400 ans.

"Il n'y a plus personne pour chasser les loups"

Au mois de mars, chaque année, l'Institut finlandais des ressources naturelles recense le nombre de loups en Finlande. C'est à cette période de l'année que leur population est au plus bas. En 2025, ils étaient 430, contre 290 en 2022 et 228 en 2020. Une nette augmentation. Le chiffre recensé est le plus haut depuis des décennies, relève CNN, qui cite également le chiffre de l'Association des éleveurs de rennes de Finlande, avec 1950 rennes tués en 2025, une augmentation de 70% par rapport à 2024, selon eux.

"La situation empire depuis la guerre en Ukraine (…). Les loups viennent du côté russe", affirme Kujala à nos confrères. "Maintenant qu'ils chassent les gens en Ukraine, il n'y a plus personne pour chasser les loups", déclare-t-il à CNN, en parlant des hommes russes mobilisés. 

Dans un contexte de défiance vis-à-vis de Moscou, la théorie a fait son chemin en Finlande, chez certains scientifiques et éleveurs. La Finlande partage la plus grande frontière de tous les pays de l'Otan avec la Russie, soit 1.300 kilomètres. 

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Dans les millions d'échantillons d'excréments et d'urine de loups analysés par l'Institut finlandais des ressources naturelles, la théorie semble se vérifier. Certains marqueurs d'ADN de loups, qui n'avaient jamais été observés en Finlande jusqu'à aujourd'hui, sont en forte augmentation. La conclusion des scientifiques est que les canidés ont probablement traversé la frontière depuis la Russie, rapporte CNN.

"Je pense que cette théorie pourrait être réaliste"

"Le principal indice réside dans le fait que la chasse au loup a diminué du côté russe. Elle était très intense avant la guerre en Ukraine. De plus, des primes intéressantes étaient versées pour chaque loup abattu", rapporte auprès de nos confrères Katja Holmala, scientifique qui dirige l'analyse des échantillons de loups, ce depuis plusieurs années. Elle qualifie de potentiellement "réaliste" la théorie des loups russes. 

Un autre expert interrogé par CNN, John Helin, membre du Black bird group, spécialisé dans le suivi de la guerre russe en Ukraine, souligne de son côté l'intérêt financier pour les hommes russes de s'engager dans l'armée et la baisse générale du taux de chômage en Russie. 

"Il y a de moins en moins de main-d'œuvre saisonnière excédentaire" en Russie

"Ce que nous avons constaté, en particulier l'année dernière, c'est que le nombre de loups tués a diminué", explique-t-il à CNN, tout en nuançant: "Il est utile de dire que tout ce qui va mal vient de Russie". Le média américain souligne l'opacité du système des registres russes, qui rend la théorie difficile à vérifier. Ce qui est toutefois indiscutable, c'est le nombre moindre d'hommes russes disponibles pour chasser le loup. 

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"Il y a de moins en moins de main-d'œuvre saisonnière excédentaire à leur disposition (...). Et cette main-d'œuvre saisonnière est généralement utilisée pour la sylviculture, la chasse et la conservation de la faune sauvage dans ces régions", détaille John Helin à CNN. 

Après cinq décennies de protection du loup en Finlande, le gouvernement a autorisé en décembre l'abattage de l'animal, à compter du 1er janvier 2026, malgré les inquiétudes exprimées des défenseurs de l'environnement. Des quotas seront toutefois fixés. 


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