(Agence Ecofin) - La mine d’or Loulo a livré plusieurs millions d’onces depuis son entrée en production en 2005. Située à 350 km à l’ouest de Bamako, la mine fait partie du complexe aurifère Loulo-Gounkoto, au cœur d’un différend à l’issue incertaine entre Barrick (80 % d’intérêts) et le gouvernement malien (20 %).
Dans le différend qui l’oppose au gouvernement malien devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), Barrick Mining a essuyé un revers le 29 octobre dernier, lorsque le tribunal arbitral de la Banque mondiale a rejeté sa demande d’examen en urgence.
Barrick souhaitait notamment que le CIRDI se prononce rapidement sur la détention de quatre de ses employés et sur la nomination par la justice malienne d’un administrateur provisoire chargé de gérer le complexe Loulo-Gounkoto.
Entre les deux parties, tout avait pourtant bien commencé vingt ans plus tôt, lorsque le président malien de l’époque, le général Amadou Toumani Touré, inaugurait officiellement Loulo, première mine d’or de Randgold Resources au Mali. Passée sous le contrôle de Barrick Mining en 2018, la mine demeure indissociable du parcours de Mark Bristow, dirigeant de Randgold et artisan de la fusion avec Barrick.
Mais l’avenir de cet actif s’écrira désormais sans le dirigeant sud-africain, qui a quitté la direction du groupe fin septembre 2025, tandis que le futur de Barrick sur le projet apparaît plus incertain que jamais.
La phase d’exploration
Le potentiel aurifère de Loulo est identifié dès 1981, avec la découverte du gisement Gara par le Syndicat Or, une coentreprise entre la Direction Nationale de la Géologie et des Mines du Mali et le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM). En 1992, BHP Minerals Mali prend le relais, avant de céder le projet à Randgold en 1996. La junior sud-africaine engage alors une exploration régionale qui mène à la découverte de Yalea en 1997, deuxième gisement majeur du futur complexe.
Une étude de faisabilité menée en 2003 ouvre la voie à la construction d’une mine à ciel ouvert en 2004. Loulo livre son premier lingot d’or en septembre 2005, avant d’être officiellement inaugurée le 12 novembre par le général Amadou Toumani Touré. L’investissement de 89 millions de dollars consenti par Randgold (rachetée en 2018 par Barrick) pour les travaux de construction sera vite récupéré. Rentable dès le premier mois, la mine bénéficie en outre d’une exonération fiscale durant les cinq premières années d’activité et d’une exonération douanière de trois ans.
La phase de production
Pour profiter de cette période de grâce, Randgold accélère l’exploitation des ressources de Loulo évaluées à 9,9 millions d’onces fin 2005. Durant les quelques mois de production cette année-là, la mine livre 67 984 onces pour des revenus de 30,7 millions $. Le développement se poursuit ensuite avec l’étude de faisabilité du gisement souterrain en 2005, le lancement des travaux en 2006 et la première production souterraine à Gara en 2011.
Entre 2006 et 2010, la mine fournit un total de 1,43 million d’onces, avec une production annuelle oscillant entre 242 000 et 352 000 onces. En 2011, l’entrée en production de Gounkoto porte la production du complexe Loulo-Gounkoto à 346 000 onces. Dès 2012, les deux sites franchissent ensemble le cap du demi-million d’onces, avec 503 000 onces produites, scellant ainsi la naissance du complexe aurifère Loulo-Gounkoto. Selon Barrick, ce complexe a généré près de 10 milliards de dollars de contribution économique au Mali, représentant 5 à 10 % du PIB malien sur la dernière décennie.
La fin de l’aventure pour Barrick ?
Ironie de l’histoire, c’est un autre général, Assimi Goïta, qui pourrait clore le chapitre Randgold-Barrick à Loulo. Mark Bristow, lien symbolique entre les deux entreprises, a mené pendant plusieurs mois un bras de fer avec le président malien à propos de la répartition des revenus de la mine. En effet, depuis l’audit du secteur minier en 2023 et l’adoption d’un nouveau code minier la même année, les tensions n’ont cessé de croître, jusqu’à la suspension des opérations en janvier 2025 et la saisine du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) par Barrick.
La gestion de ce dossier lui aura finalement coûté sa place. D’après des sources relayées par Reuters, la probable perte de Loulo-Gounkoto a été « la goutte d’eau » qui a conduit le conseil d’administration de Barrick à écarter le dirigeant sud-africain. En juin 2025, la justice malienne a placé Loulo-Gounkoto sous administration provisoire, confiant la gestion du site à l’ancien ministre Soumana Makadji. Alors que le permis d’exploitation de Loulo, l’un des deux gisements du complexe, arrive à expiration en février 2026, l’avenir du projet qui a livré 723 000 onces en 2024 reste incertain.
Selon le plan minier à long terme, Loulo-Gounkoto doit encore fournir 66,9 millions de tonnes de minerai à 3,87 g/t d’ici 2037, soit environ 7,5 millions d’onces récupérées avec un taux de récupération moyen de 89,5 %. Le complexe compte maintenir une production supérieure à 500 000 onces par an jusqu’en 2032, malgré l’épuisement attendu de Gounkoto souterrain à partir de 2030.
Entre la volonté de Bamako de reprendre la main sur ses richesses et la bataille judiciaire engagée par Barrick, les prochains mois diront sous quelle bannière se poursuivra l’aventure Loulo-Gounkoto. En attendant, rappelons que Barrick Mining détient encore officiellement 80 % d’intérêts dans le complexe, contre 20 % pour le Mali. La production d’or y a repris courant octobre 2025.
Emiliano Tossou
Édité par Wilfried ASSOGBA
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