(Agence Ecofin) - Après avoir défié les sanctions et menaces de la CEDEAO, la junte au pouvoir au Niger a annoncé de nouvelles mesures. Face à son refus de rendre le pouvoir, la CEDEAO affirme se rapprocher d’une intervention armée.
L’éventualité d’une intervention militaire au Niger évoquée par la CEDEAO semble se préciser, face au refus des militaires qui contrôlent le pouvoir, de le restituer. « C’est un mandat robuste qui est donné à la force qui va être engagée en cas d’intervention militaire au Niger. Cela inclut l’usage de la force avec des actions offensives autorisées », ont annoncé plusieurs médias vendredi 4 août, relayant Abdel-Fatau Musah, le commissaire chargé des Affaires politiques et de la Sécurité de l’instance sous-régionale.
Ce dernier s’exprimait à l’issue d’une réunion de trois jours des chefs d'état-major des pays du bloc ouest-africain tenue à Abuja. Dans la capitale nigériane, précise-t-on, tous les éléments d'une éventuelle intervention militaire ont été élaborés. Et le feu vert de la feuille de route sera donné par les chefs d'État.
Cette décision survient alors que le Président du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), le Général Abdourahmane Tchiana a refusé de rencontrer la délégation spéciale envoyée par la CEDEAO à Niamey dans la nuit du jeudi 3 au vendredi 4 août. En mission de négociation, le président de la commission de la CEDEAO, Omar Touray, l'ex chef de l’État Nigérian, Abdulsalami Abubakar et le Sultan de Sokoto, Muhammadu Sa'adu Abubakar n’ont pas été reçus par le chef de la junte, mais par un représentant du CNSP.
En réalité, les militaires au pouvoir ont désormais durci le ton, rejetant en bloc les sanctions de l’instance sous-régionale et refusant de céder à toute menace d'où qu'elle vienne. C’est en tout cas la réponse ferme livrée par Abdourahmane Tchiani à la veille de la célébration du 63ème anniversaire de l’indépendance du Niger, jeudi 3 août.
« La CEDEAO étant impersonnelle, toute agression ou tentative d'agression contre l'État du Niger verra une riposte immédiate et sans préavis des forces de défense et de sécurité nigériennes sur un de ses membres, à l'exception des pays amis suspendus », a-t-il averti dans son discours d’adresse à la nation, rejoignant ainsi ses nouveaux alliés que sont le Mali et le Burkina Faso, prêts à entrer en guerre.
Trois jours seulement après l’ultimatum posé par l’instance sous-régionale, le CNSP, pour renforcer sa prise de pouvoir, a ainsi enchaîné les sorties puis adopté de nouvelles mesures. Jeudi, il a dévoilé la composition du nouveau gouvernement nigérien, majoritairement dirigé par des membres des forces armées et de défense, au sein d’un conseil chapeauté par le nouveau chef d’Etat, le général Tchiani.
Niamey a par ailleurs levé son couvre-feu jeudi 3 août, mis fin aux fonctions de ses ambassadeurs en France, au Togo, au Nigeria et aux USA, annoncé l’ouverture des frontières avec l'Algérie, le Burkina Faso, la Libye, le Mali et le Tchad, puis dénoncé 5 accords de coopération de défense et de sécurité signés avec le Quai d’Orsay, qualifiés de « désinvoltes ».
À 3 jours de l'expiration de l'ultimatum de la #CEDEAO, la médiation auprès des putschistes au #Niger n'a rien donné. La junte annonce la fin des accords de coopération de sécurité et de défense avec Paris. Le président renversé, Mohamed #Bazoum, se confie au Washington Post. pic.twitter.com/fih7KxCUjs
— TV5MONDE Info (@TV5MONDEINFO) August 4, 2023A Niamey, les appels au départ de la France se multiplient. Des populations et plusieurs organisations de la société civile qui soutiennent la junte continuent d'opposer des refus catégoriques à toute ingérence extérieure. Des centaines de manifestants dans les rues appellent incessamment au respect de la souveraineté nationale, brandissant des drapeaux nigériens et russes.
Avec les nouveaux locataires du palais présidentiel nigérien, il faut dire que la perspective de la présence du groupe paramilitaire russe Wagner se dessine de plus en plus. C’est d’ailleurs l’une des préoccupations du président déchu Mohamed Bazoum, qui s’est exprimé jeudi 3 août, pour la première fois depuis le 26 juillet.
« J’écris ceci en otage. Le Niger est attaqué par une junte militaire qui tente de renverser notre démocratie (...) Plutôt que de répondre aux préoccupations en matière de sécurité en renforçant leurs propres capacités, ils (le Mali et le Burkina Faso) emploient des mercenaires russes criminels tels que le Groupe Wagner au détriment des droits et de la dignité de leur peuple », a-t-il fustigé dans une tribune du Washington Post portant son nom, dans laquelle il appelle en renfort les USA et la communauté internationale.
Dimanche, l’ultimatum posé par la CEDEAO pour un retour à l’ordre constitutionnel et la libération de Mohamed Bazoum, expire. Plusieurs États ont déjà rejeté l'idée d'une intervention militaire, qui serait catastrophique pour le Niger et toute la région. De nombreux ressortissants de la CEDEAO manifestent contre une intervention armée, et le sénat nigérian, face au président Bola Tinubu, a déjà exprimé son désaccord.
Siamlo Victoria SEDJI
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