C'est terminé, désormais, on n'entendra plus jamais le fameux « tacatac-tacatac » et les grésillements dans des enceintes. Ce son particulier annonçait qu'un téléphone allait sonner. Après 34 ans de service, les opérateurs ont commencé à débrancher leurs émetteurs 2G. L'extinction totale est prévue pour décembre 2026.
Ensuite, la 3G sera coupée à son tour par Orange et SFR en 2028, et en 2029 par Bouygues Telecom. Free n'a rien annoncé, mais comme il s'agit du plus jeune opérateur et que son infrastructure initiale reposait sur celle d'Orange, le calendrier doit être identique à l'opérateur historique.
L'extinction de la 2G est un scandale pour certains et une évolution vertueuse pour d'autres. Pour ce qui est des impacts, des organisations évoquent le chiffre faramineux de 12 millions d'équipements concernés par l'arrêt de ces réseaux, ainsi qu'une obsolescence programmée et imposée.
Des chiffres à nuancer
Ce chiffre de 12 millions d'équipements potentiellement touchés en France doit être lu avec prudence : il inclut des objets dont la communication 2G/3G peut être maintenue via un routeur 4G/5G ou un autre réseau, ce qui réduit significativement le nombre d'équipements réellement « coupés » du réseau.
D'ailleurs, le site de l’Arcep délivre des chiffres plus nuancés. Cette coupure de la 2G qui vient de débuter va directement impacter 1,42 million de téléphones mobiles et de tablettes. Un chiffre auquel il faudra ajouter 98 000 mobiles concernés par l'extinction de la 3G en 2028. Toutefois, ce chiffre devrait considérablement baisser par anticipation avant cet horizon.
Pour ce qui est des équipements (gestion à distance des ascenseurs, systèmes d'alarme, etc.), le nombre actuel d'appareils ne fonctionnant qu'avec la 2G est de 99 000 (1,82 million pour la 3G). En tout, pour le moment, 2,41 millions de cartes SIM sont donc concernées par cet arrêt de la 2G. Mais il y a une nuance, l'Arcep ne prend pas en compte le parc des cartes SIM 2/3G montées dans les véhicules.
Pour les mobiles, le nombre de cartes SIM actives uniquement compatibles avec la 2G était d’1,45 million fin 2025. Maintenir le rayonnement permanent de dizaines de milliers d’antennes pour continuer à délivrer un service de téléphone, de surcroît non sécurisé, consomme beaucoup d’énergie. © Arcep
Faire durer n’est pas forcément vertueux écologiquement
Si le coût social et technique à court terme est sans aucun doute important, cela fait de nombreuses années que le déclin de la 2G et de la 3G est annoncé en France. S'insurger de cet arrêt se discute, mais il semble que certains acteurs n'étaient pas pressés d'anticiper ce changement pourtant programmé. L'arrêt actuel ne concerne encore que la 2G, mais l'amalgame des deux générations permet de donner du volume aux appareils compactés.
Sur la question de l'écoresponsabilité énergétique, à l'heure de la 4G et de la 5G bien moins consommatrices que les anciennes générations, le maintien de ces deux protocoles anciens présente également une facture énergétique considérable. Ainsi, l'Arcep indique qu'à l'échelle d'un réseau mixte 2G/3G/4G, le maintien des couches 2G/3G peut ajouter une consommation d'environ 40 % d'énergie sur un site type.
En contre-argument, on peut certes se dire que maintenir des millions d'appareils actifs le plus longtemps possible est vertueux écologiquement. Le problème, c'est que les quelque 2 millions de mobiles uniquement compatibles 2 et 3G ne consomment pas l'énergie nécessaire à leur maintien en activité.
Ils obligent surtout l’opérateur à conserver en tension permanente une infrastructure pour une base d'usages extrêmement faible. La consommation d'énergie reste donc disproportionnée par rapport au trafic de ces terminaux. L'extinction de la 2G, puis de la 3G, a aussi l'avantage de libérer des bandes de fréquences pour la 4 et la 5G, ce qui améliore la couverture du réseau.
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Enfin, la sécurité compte également. N'en déplaise aux plus low-tech qui imaginent qu'un téléphone basique, sans GPS, sans applications est plus sécurisé qu'un smartphone récent, ce n'est pas vraiment le cas, surtout si le mobile est limité à la 2 et 3G.
En réalité en 2G, il n'y a pas vraiment de sécurisation des appels. Le chiffrement A5/1 est rudimentaire et mener une écoute en clair d'une discussion ou d'un échange de SMS, via un IMSI catcher ne pose aucune difficulté.
Avec la 3G, c'est un peu mieux, car il y a une vérification du réseau de transmission par le mobile. En revanche, malgré un renforcement, le chiffrement des communications reste faiblard. De fait, c'est uniquement avec la 4G et notamment la norme Volte que le chiffrement est devenu difficile à casser. Les appels sont désormais chiffrés de bout à bout en IP. Avec la 5G, cette protection est encore renforcée.
Pour toutes les générations de réseau dont la fréquence est inférieure à 1 GHz, les antennes rayonnent pour couvrir en permanence tout mobile qui pourrait se trouver à leur portée. Dans les zones urbaines, la 5G exploite le beamforming : l’antenne ne délivre des données de façon directionnelle que si l’appareil connecté la sollicite. Au final, il y a moins de rayonnement, une consommation d’énergie réduite, un débit plus élevé et moins de latence. © Arcep
Des smartphones d’il y a 14 ans
Rappelons enfin pour les utilisateurs de mobile que cela ne concerne que des téléphones qui datent forcément d'avant 2012 ou 2013. Pour les modèles ultérieurs et notamment ceux d'il y a maintenant dix ans, la compatibilité 4G est forcément acquise. Cela signifie que les mobiles concernés par la coupure de la 3G sont très anciens, certainement poussés au bout et s'il s'agit de smartphones, ils ne sont plus du tout sécurisés faute de mises à jour depuis des années.
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Reste le gros problème des ascenseurs et dispositifs d'assistance pour seniors qu'il va falloir remplacer. Cela concerne encore un appareil sur dix. Mais l'annonce très anticipée de l'extinction des réseaux et l'obsolescence des terminaux a déjà fait son travail de sape. Rien qu'entre septembre et décembre 2025, l'utilisation de SIM compatibles uniquement avec la 2G avaient baissé de 10 %. Celle des terminaux compatibles avec la 2 et 3G, de 4 %. Étant donné que pour cette dernière, l'extinction n'arrivera pas avant deux ans au minimum, cela laisse encore une belle marge pour se préparer.
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