Par Pauline Gable
Publié le 22 octobre 2024 à 18h13, mis à jour à 18h17
L’association Addiction France a porté plainte contre la créatrice de contenus pour non-respect de la loi Evin. Elle s'inquiète de l'effet de ses publications sur la consommation d'alcool des jeunes.
Passer la publicitéMaquillage poudré, bigoudis vintage et rose fuchsia à foison. L'esthétique ultra girly de Maison Bagarre, la marque de vin pétillant de l'influenceuse française Océane Amsler lancée en juillet dernier, est léchée. On la retrouve notamment sur le compte Instagram de la cheffe d'entreprise, suivi par 1,1 million d'abonnés. Selon les informations de Politico France, ces publications font l'objet d'une plainte déposée début octobre par Addiction France au tribunal pour promotion illégale d'alcool sur les réseaux sociaux. L’association précise au Figaro que la plainte fait suite à une alerte envoyée par le compte Instagram Paye Ton Influence.
Addiction France estime que les limites de la loi Evin, étendues aux influenceurs sur les réseaux sociaux depuis 2023, ont été franchies. « La loi Evin est assez stricte. Elle autorise uniquement la promotion des caractéristiques objectives d'un produit alcoolisé, » précise Myriam Savy, directrice du plaidoyer à Addictions France. Cela inclut par exemple l'indication du degré volumique d'alcool, la composition de la boisson, le goût et l'odeur, le procédé de fabrication ou encore les modalités de consommation.
« Appel à un imaginaire »
Or, la campagne marketing de Maison Bagarre fait « appel à un imaginaire » selon Myriam Savy. Deux publications du compte d'Océane Amsler sont particulièrement dans le viseur d'Addiction France : le clip d'annonce de création de la marque (48 618 likes), qui fait une référence directe à la première scène du blockbuster Barbie, et les photos de la soirée de lancement (121 126 likes), dans lesquelles l'instagrammeuse se met en scène aux côtés des canettes de vin rose vif. Des stories Instagram d'Océane Amsler ont également attiré l'attention d'Addiction France mais il est plus compliqué de les mettre en cause au tribunal en raison du caractère éphémère de ces publications qui disparaissent au bout de 24 heures.
Océane Amsler risque une amende et le paiement de dommages et intérêt, en plus du retrait des publications concernées, si Addiction France parvient à prouver que la campagne de publicité pour Maison Bagarre outrepasse la loi Evin. « On veut montrer aux influenceurs qu'ils ne peuvent pas se permettre n'importe quoi sur les réseaux sociaux. Ils ont une responsabilité vis-à-vis de leur communauté », assène Myriam Savy.
Selon une enquête de l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives, citée dans un rapport d'Addiction France en septembre dernier, un quart des adolescents avouent que la dernière publicité qu’ils ont vu pour un alcool leur a donné envie de boire. Le rapport souligne en outre que « la consommation d'alcool chez les jeunes peut constituer une porte d'entrée vers une dépendance à l'âge adulte. »
Le cas d'Océane Amsler est d'autant plus particulier qu'elle est à la tête de la marque de vin pétillant, et se place au cœur de la campagne de promotion. Or, le rapport montre que le sentiment de proximité des jeunes abonnés aux influenceurs est un argument de vente particulièrement efficace pour les pousser à la consommation.
Une vingtaine de procédures par an
Addiction France engage chaque année une vingtaine de procédures judiciaires pour infraction de la loi Evin, dont près de la moitié concerne des promotions sur les réseaux sociaux. « On ne le fait pas juste pour embêter les influenceurs. On veut protéger les plus jeunes », justifie Myriam Savy.
Pour quels résultats ? « On n'agit en justice que lorsque l'on est en possession d'éléments suffisants pour qu'une décision en notre faveur soit prise », explique Myriam Savy. Ainsi, Addiction France a obtenu gain de cause dans la majorité des affaires où elle était impliquée. C'est le cas par exemple de l'influenceuse Anna Rvr, condamnée à 3 000 euros d'amende avec sursis en mars dernier, pour la promotion de vin rosé Gérard Bertrand.
En attendant, Océane Amsler semble prendre les accusations de publicité illégale à la légère puisqu'elle a publié samedi sur le compte de sa marque une vidéo annonçant une édition floutée de sa canette rose pour « respecter la loi. »
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