« Petit Pierre » Yantula, dans la légende de Indépendance Cha Cha avec l’African Jazz

SOURCE | 1 year ago


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(Agence Ecofin) - Décédé le 29 juin 2024 dans son pays la RD Congo, Pierre Yantula Bobina Elengesa était le dernier membre vivant du célébrissime orchestre African Jazz. Il est considéré comme l’un des plus grands percussionnistes africains de tous les temps, et un véritable patrimoine culturel par la RDC.

Le samedi 29 juin 2024, la République démocratique du Congo et l’Afrique perdaient Pierre Yantula Bobina Elengesa, dit « Petit Pierre », le dernier survivant de l’African Jazz. Comme un symbole, le percussionniste de 83 ans s’est éteint d’une crise cardiaque à Kinshasa, la veille de la célébration de l’indépendance de son pays.

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Un événement historique qu’il avait contribué à inscrire dans les annales en composant en 1960 l’emblématique « Indépendance Cha Cha », qui deviendra non seulement un tube planétaire, mais aussi celui des indépendances africaines.

Le petit jeune de l’African Jazz

Le surnom de Petit Pierre n’est pas un hasard. Né le 14 aout 1941 à l’état civil Pierre Yantula Bobina Elengesa, il n’avait que 17 ans lorsqu’il est repéré par Joseph Kabasele, le Grand Kallé lui-même. A l’époque, il n’a avec la musique qu’une brève expérience de chantre dans une paroisse catholique locale, après des études primaires à l’école Sainte Marie à Lingwala.

Il va pourtant suivre l’African Jazz dans la plupart de ses déplacements, accompagnant notamment son beau-frère Roger Izeyidi, un autre musicien ayant marqué l’histoire culturelle de la RDC. Petit Pierre est alors apprenti guitariste, mais c’est avec un autre instrument qu’il va susciter l’intérêt de l’orchestre.

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L'orchestre African Jazz

Le Grand Kallé l’entend jouer de la conga, un tambour cubain à peau unique. Son talent l’éblouit tellement qu’il décide de l’intégrer officiellement au groupe, à une période charnière pour ce dernier. L’African Jazz s’apprête en effet à produire ce qui deviendra son tube le plus célèbre.

L’hymne des indépendances africaines

En 1960, le politicien Thomas Kanza, futur ministre délégué à l’ONU de la République démocratique du Congo, sollicite l’orchestre pour une prestation le 20 janvier 1960, dans le cadre de la table ronde de Bruxelles. Une réunion dont le but est de négocier les clauses de l’indépendance du pays avec la puissance coloniale belge.

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L'African Jazz et Thomas Kanza en janvier 1960, au Bal de la Table Ronde à Bruxelles

« En partant, on n’avait même pas idée qu’on devait composer une nouvelle chanson. L’idée est venue de Thomas Kanza […] Il a demandé à Joseph Kabasele de composer quelque chose » confie Petit Pierre dans une interview accordée à RFI. Débarqué en Belgique la veille, le groupe n’a qu’une nuit pour composer le texte, les partitions, et répéter pour sa prestation qui entrera pourtant dans l’histoire le lendemain. « La chanson est une prophétie de Kabasele. L’expression "Tubakidi" signifie ‘’chose qu’on a déjà acquise’’. Il a proclamé qu’on avait l’indépendance avant le lancement même de la conférence » se souvient Petit Pierre.

Toute l’assistance apprécie la sonorité et les Congolais notamment se sentent galvanisés par les paroles de la chanson qui évoquent entre autres, des leaders politiques et figures notoires de la lutte pour l’indépendance de leur pays, comme Joseph Kasa-Vubu (qui en deviendra le 1er président), et Patrice Lumumba (son 1er ministre au destin tragique).

Indépendance Cha Cha marque tellement au final qu’avant même la création de l’hymne nationale congolaise, elle fait office d’hymne au cours des premiers jours de l’indépendance. Son succès est de fait tel qu’après son enregistrement, elle est reprise un peu partout en Afrique à l’occasion des affranchissements des puissances coloniales.

Pour certains, c’est bien le premier « tube » africain et il participe au rayonnement culturel de la République démocratique du Congo dans le monde. Pourtant, de l’aveu même de Petit Pierre, aucun membre de l’African Jazz n’a jamais pu toucher des droits pour la chanson.

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Petit Pierre (au milieu) à Kinshasa dans ses vieux jours

Quant à lui, il est victime en 1963 d’un grave accident qui lui coûte l’amputation d’une jambe. Il continue de jouer, mais la musique ne semblera jamais lui rendre ce qu’il a donné pour elle. En 2021, il est proclamé « Patrimoine humain du ministère de la Culture de la RDC ». Un hommage bien mérité après sa contribution à une légende dont on parle encore aujourd’hui en Afrique.

Servan Ahougnon


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