La jeune pousse vient d’être sélectionnée parmi les quarante start-up les plus performantes de l’incubateur Station F.
La perspective de placer sur son front un capteur conçu pour décrypter les ondes cérébrales peut sembler dystopique. C’est pourtant ce que propose la start-up HABS, pour «Human Augmented Brain System». La jeune pousse vient d’être sélectionnée pour intégrer le classement annuel des quarante meilleures start-ups du campus Station F, parmi plus d’un millier de candidats. Elle décroche ainsi l’opportunité de participer à une journée de présentation organisée par l’incubateur auprès d’investisseurs potentiels, dans l’espoir de décrocher des financements.
Créée en 2023, l’entreprise HABS conçoit une solution d’intelligence artificielle capable d’isoler et d’interpréter les signaux électromagnétiques du cerveau. Une idée ambitieuse, qui germe dans l’esprit de son fondateur, Olivier Locufier, lorsque sa fille de deux ans et demi contracte une leucémie quelques années plus tôt : «A l’hôpital, les enfants avaient du mal à décrire leur niveau de douleur. Or, les médecins se basent sur les déclarations des patients pour évaluer la dose de chimiothérapie à prescrire», se souvient le père.
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Un Neuralink français?
Déjà entrepreneur dans le secteur informatique, Olivier Locufier se met alors en tête d’inventer une technologie pour détecter le niveau de douleur, mais aussi de stress ou de satisfaction, d’une personne à partir de ses ondes cérébrales, ces impulsions électriques émises par le cerveau et synchronisées entre les neurones. Concrètement, le chef d’entreprise s’est entouré d’une équipe de docteurs en neurosciences, en intelligence artificielle ou encore en chiffrement des données, pour élaborer un logiciel d’analyse de cette activité cérébrale.
Ce logiciel peut être utilisé avec des capteurs d’électroencéphalographie (EEG) classiques, ou intégré au capteur maison de la start-up, baptisé Neoxa. L’avantage : le casque Neoxa traite directement les données cérébrales, évitant qu’elles ne transitent dans des serveurs. Seuls les paramètres émotionnels demandés par l’utilisateur peuvent donc être consultés sur un périphérique extérieur, au nom de la «vie privée cognitive.»
«Notre solution est non intrusive», fait valoir Olivier Locufier. Autrement dit, elle ne nécessite pas d’opération chirurgicale. Une façon de se différencier du leader américain des capteurs cérébraux Neuralink. La start-up créée par Elon Musk fabrique en effet un implant crânien capable, non seulement de lire, mais aussi de modifier les ondes cérébrales, afin de redonner, par exemple, de la mobilité à des personnes tétraplégiques .
Pour l’instant, la détection de la douleur reste encore au stade d’ébauche, en raison des réglementations strictes dans le secteur médical. En attendant, une panoplie d’applications concrètes de l’innovation émerge. Lors d’une démonstration remarquée au salon VivaTech l’année dernière, les visiteurs couronnés d’un capteur Neoxa ont pu voir s’afficher sur grand écran leur niveau de joie et de satiété ressenti en mangeant un macaron. Plus impressionnant peut-être, la machine mesurait également si la dégustation du dessert réveillait des souvenirs enfouis.
De la prévention routière à la cybersécurité
Des grandes entreprises du luxe et de l’agroalimentaire font déjà appel à HABS pour évaluer l’impact d’un produit ou d’une campagne publicitaire de manière plus objective que les questionnaires habituellement utilisés pour les tests consommateurs. Une maison de parfumerie peut par exemple connaître précisément l’émotion suscitée par une senteur, et même la dissocier de celle provoquée par la forme du flacon.
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Le neuromarketing constitue à ce jour la rentrée d’argent principale de HABS, mais d’autres cas d’usage sont à portée de main. La technologie pourrait permettre de prévenir certains accidents de la route, en détectant les signes précoces de fatigue et d’altération cognitive liés à la consommation d’alcool ou de drogues du conducteur. «Comme la ceinture de sécurité , au début les gens trouvent ça gadget puis ça finit par s’imposer», veut croire Olivier Locufier.
En matière de cybersécurité aussi, la start-up ne manque pas d’ambition. Les signaux cérébraux provoqués par la visualisation d’une image peuvent faire office d’authentification infalsifiable, remplaçant mot de passe, empreinte digitale et reconnaissance faciale : «L’unicité du cerveau correspond à un aléatoire parfait», souligne Olivier Locufier.
Dans un futur plus lointain, le patron entrevoit des agents conversationnels ou des robots humanoïdes capables de se connecter aux ondes cérébrales de l’utilisateur pour adapter ses réponses à son humeur ou son niveau de compréhension. Enfin, l’entreprise HABS commencera en janvier des tests pour permettre la détection de la douleur dans les milieux hospitaliers. La concrétisation de cette idée qui a vu naître le projet de HABS devrait prendre «entre un ou deux ans».
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5 months ago
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