Quand le géant Trafigura est victime d’une fraude à plus de 500 millions de dollars

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Dans le hall du siège de la multinationale de négoce de matières premières Trafigura, à Genève. © Fabrice COFFRINI AFP

On peut être un géant et se faire avoir. C’est ce qui vient d’arriver à Trafigura, bien connu sur le continent où il est actif dans le trading de matières premières et de produits pétroliers. Le mastodonte du négoce mondial (318,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 7 milliards de résultat net en 2022), a engagé des poursuites judiciaires contre Prateek Gupta, magnat indien des métaux et « tête pensante » d’un ensemble de sociétés (dont TMT Metals et UIL Malaysia), qu’il accuse de lui avoir vendu de fausses cargaisons de nickel.

L’affaire, racontée par le Financial Times après la publication d’un communiqué du groupe sur le sujet début février, fait tache pour Trafigura, dont le préjudice est estimé à plus d’un demi milliard de dollars.

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La relation commerciale entre le géant et les entités dirigées par Gupta a commencé en 2014 avec des transactions domestiques de zinc en Inde, avant d’évoluer vers des « transactions de rachat ». Pour résumer, Trafigura faisait l’acquisition de cargaisons sur les mers auprès de sociétés de Gupta, les revendant ensuite à une autre entité de la galaxie Gupta ou à des sociétés tiers liées à ce dernier, à un tarif plus élevé car incluant des intérêts.

CitiBank « alarmée »

Au printemps 2022, alors que les prix du nickel ont grimpé en flèche et que ces opérations prenaient de plus en plus d’ampleur, Citibank a mis fin à la ligne de crédit de 850 millions de dollars octroyée à la société de négoce pour financer ces transactions. Ce qui a contraint Trafigura à financer les cargaisons à partir de ses propres fonds.

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Plus tard, une inspection des navires à Rotterdam a été fixée au 9 novembre 2022. Le 7 novembre, Prateek Gupta a déclaré dans un message WhatsApp à son homologue de Trafigura qu’il avait été victime d’une crise cardiaque et a demandé à retarder l’inspection. La date n’a pas été décalée pour autant, et les vérifications ont révélé que les conteneurs étaient vides ou remplis de nickel de mauvaise qualité…

Effet boule de neige

À sa sortie de l’hôpital, le magnat indien a reconnu que les cargaisons n’étaient pas conformes aux attentes, et a tenté de conclure un accord avec Trafigura en proposant de racheter les cargaisons. Dans le détail, et selon les informations relayées par le Financial Times, le patron indien a offert de payer 200 millions de dollars d’ici à la fin de mars – dont 5 millions de dollars financés par la banque mauricienne Silver Bank, placée sous surveillance pour ses liens avec le fraudeur accusé –, et de verser le reste au cours des deux années suivantes.

Une offre qu’a rejetée le négociant en matières premières, d’autant plus que les clients auxquels elle avait vendu certaines des prétendues cargaisons de nickel avaient fini par découvrir le pot aux roses.

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Le 17 novembre, le client chinois Xiamen C&D Aluminum Co a ainsi alerté Trafigura sur des divergences entre les codes douaniers et les certificats d’analyse de la cargaison de 286 tonnes qu’il avait reçue. Deux semaines plus tard, Xiamen a menacé d’intenter une action en justice.  Ensuite, un autre client, la société américaine Argentem, a fait part de préoccupations similaires. Début janvier 2023, un troisième client, Mind ID, basé à Genève, avait ouvert des conteneurs de nickel supposés et n’avait trouvé aucune trace du métal à l’intérieur. Un quatrième client, Axiom, basé à Hong Kong, a organisé une inspection à Rotterdam le 9 janvier, qui a révélé la même chose.

Face à la levée de boucliers des clients, l’équipe de direction de Trafigura s’est réunie le 10 janvier dernier et a décidé de porter plainte pour « fraude et de demander un gel mondial des actifs des défendeurs ».

Revers financier

Si l’action en justice de Trafigura n’est pas encore arrivée à son terme, l’entreprise a subi un important revers financier. Le négociant en matières premières a annoncé une perte de 577 millions de dollars (l’équivalent de plus de 7 % de son bénéfice record de 7 milliards de dollars réalisé en 2022) et négocie actuellement avec les clients qui ont reçu les prétendues expéditions de nickel pour trouver une solution.

À ce jour, nul ne sait dans quelle mesure Trafigura était au courant des activités de Prateek Gupta mais la société a indiqué qu’elle n’avait « vu aucune preuve suggérant que quiconque de ses salariés était impliqué ou complice de cette activité illégale ».

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Même la valeur réelle du matériau contenu dans les conteneurs demeure un mystère. En tout, plus de 156 conteneurs avaient été inspectés au 6 février, sur un total de 1 100 conteneurs concernés. Certains étaient chargés d’acier au carbone, d’autres de divers types d’acier et de produits en fer – mais aucun ne contenait jusqu’à présent du nickel ou un alliage de nickel.

Alors que tout règlement juridique pourrait prendre des mois, voire des années, certaines cargaisons sont toujours en mer, la dernière devant arriver en mai de cette année.


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