(Agence Ecofin) - Alors que la concentration accrue de sel dans les eaux et les sols constitue un défi majeur dans la région, où le climat est majoritairement aride ou semi-aride, le rapport montre que l'adhésion à des coopératives agricoles, la formation des paysans et l'accès au crédit permettent une meilleure gestion de ce phénomène amplifié par le réchauffement climatique et les activités humaines.
Près de 54% des agriculteurs dans les pays d’Afrique du Nord déclarent subir des pertes de rendement, en raison de la salinisation des sols qui touche aussi bien les terres irriguées que les cultures pluviales, selon un rapport publié le dimanche 31 août 2025 par l’éditeur de revues scientifiques en libre accès Multidisciplinary Digital Publishing Institute (MDPI).
Intitulé « Crop loss due to soil salinity and agricultural adaptations to it in the Middle East and North Africa Region », le rapport se base sur une enquête menée auprès de 294 agriculteurs au Maroc (100), en Tunisie (82) et en Egypte (112), avec le concours des bureaux régionaux de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et du Centre international de l’agriculture biosaline (ICBA).
Dans les trois pays étudiés, environ 23% des agriculteurs interrogés ont fait état de pertes de récoltes liées aux dépôts salins sur les sols pouvant atteindre 20%, tandis que près de 15% ont déclaré des pertes supérieures ou égales à 60%. Parallèlement, 16% des exploitants agricoles évaluent leurs pertes à moins de 20%.
Elaboré par des chercheurs au Centre international de l’agriculture biosaline, au Centre international de recherche agricole dans les zones arides (ICARDA) et à l’Université égyptienne d'Ain Shams, le rapport précise que la salinité des terres agricoles provient de multiples sources, qui interagissent et affectent différemment les performances des sols et des cultures. Il est, en effet, essentiel de faire la distinction entre la salinité du sol, qui fait référence à l'accumulation de sel dans la zone racinaire, et la salinité de l'eau d'irrigation, qui désigne la concentration en sel dans les ressources en eau utilisée.

Ces processus coexistent souvent dans les régions arides ou semi-arides et conduisent à une salinisation secondaire, en particulier lorsque le drainage est médiocre ou que les taux d'évaporation sont élevés.
Un phénomène qui touche jusqu’à 35% des terres cultivées
Il existe deux facteurs majeurs de salinisation des sols : la salinisation primaire due à des causes naturelles (l’altération des roches contenant des sels solubles, l’activité volcanique, le dépôt atmosphérique de sels marins par le vent, etc.), et la salinisation secondaire liée à des actions anthropiques, principalement les pratiques agricoles inadaptées comme l’irrigation des cultures avec une eau de mauvaise qualité, un drainage inadéquat, la déforestation et l’élimination de la végétation profondément enracinée et l’utilisation excessive d’engrais et d’agents chimiques.
De plus, le changement climatique accélère l’intrusion d’eau salée en raison de l’élévation du niveau de la mer, de l’augmentation de la température, de l’accroissement de l’évaporation et la surexploitation des eaux souterraines dans les régions arides et semi-arides.
Dans les pays couverts par l’étude, les niveaux de salinité et leur taux d'augmentation varient selon les zones de la région, en fonction des précipitations locales, de la température et de la capacité de drainage des sols.

En Egypte, où la majeure partie de la population réside près des rives du Nil pour avoir accès à des terres arables, environ 35% des terres cultivées souffrent de problèmes de salinité et de mauvais drainage. Au Maroc, près de 21% des terres irriguées sont touchées par la salinité, et certaines estimations suggèrent que près de 5% des terres agricoles totales sont touchées par différents niveaux de salinité. En Tunisie, on estime qu'environ 1,5 million d'hectares (soit 10% de la superficie totale du pays) sont affectés par la salinité des sols.
Le rapport révèle par ailleurs que les agriculteurs nord-africains ont adopté cinq principales mesures d'adaptation à la salinisation des sols pour tenter de réduire leurs pertes de récoltes, qui concernent notamment le blé et les cultures fourragères. Il s’agit, en premier lieu, de l’amélioration des méthodes et des pratiques d'irrigation (46,60%). Viennent ensuite l'amendement organique des sols (24,49%), la plantation de cultures tolérantes au sel comme le panic bleu, la sesbania et le millet perlé (23,63%), la rotation des cultures (15,44%) et l’amélioration du drainage (7,14%).
Dans ce cadre, les résultats de l’enquête montrent que l'accès au crédit, l'adhésion à une coopérative agricole et la formation représentent les principaux facteurs permettant de réduire sensiblement les pertes de récolte liées à la salinisation des sols. D’où la nécessité d’encourager ces pratiques pour améliorer la gestion efficace du phénomène qui s’aggrave avec l’accélération du réchauffement de la planète.
Walid Kéfi
Edité par M.F. Vahid Codjia
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