Sénégal : fiscalité, réglementation, investissements… les piliers essentiels au succès du New Deal Technologique (GSMA)

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(Agence Ecofin) - Un nouveau rapport de la GSMA montre que le Sénégal fait partie des pays africains les plus avancés en matière de numérique, mais qu’un changement de cap fiscal et réglementaire est indispensable pour libérer tout le potentiel de la 4G, de la 5G et du Mobile Money.

Le Sénégal veut faire du numérique une puissance de son économie. C’est l’ambition affirmée du New Deal Technologique 2034, dévoilé en février 2025, qui prévoit 1 105 milliards FCFA (environ 1,7 milliard USD) d’investissements pour atteindre 95 % de connectivité, 80 % d’utilisation des services publics en ligne, 350 000 emplois créés et une contribution du numérique portée à 15 % du PIB. Dans son étude « Stimuler la transformation numérique de l’économie au Sénégal. Opportunité, recommandations politiques et rôle du mobile », remise le 5 décembre 2025 au gouvernement sénégalais lors de la première édition du Digital Africa Summit Sénégal, tenue à Dakar, l’Association mondiale des opérateurs mobiles (GSMA) a dressé un état des lieux de l’économie numérique sénégalaise et formule une série de recommandations pour y parvenir.

Le pays affiche déjà des performances supérieures à la moyenne de l’Afrique de l’Ouest avec une couverture 4G quasi généralisée, atteignant 97 % de la population, et une 5G couvrant environ 39 %, principalement dans les grandes agglomérations. Sur une population d’environ 18 millions d’habitants, GSMA estime qu'en 2025 environ 9,9 millions de personnes au Sénégal utilisaient des services mobiles, soit près de 52 % de la population totale, meilleur que la moyenne régionale de 49 % et africaine de 48%. Pourtant, seuls 8,16 millions de Sénégalais utilisent aujourd’hui l’internet mobile haut débit, soit près de 42% de la population. L’ « écart d’usage » – toutes ces personnes qui pourraient se connecter mais ne le font pas – est estimé à près de 54 %. Autrement dit, la question n’est plus tant de couvrir le territoire que de rendre l’accès réellement utilisable et abordable, notamment pour les ménages les plus modestes et les populations rurales.

Là où le Sénégal fait figure de champion, c’est sur l’inclusion financière. D’après les données de la BCEAO reprises par la GSMA, 76 % de la population adulte dispose d’un compte de mobile money, l’un des taux les plus élevés du continent. En 2024, le pays comptait 14,65 millions de comptes actifs, pour près de 2,9 milliards de transactions d’une valeur totale de 48 488 milliards de FCFA. Le mobile money aurait contribué à hauteur de 6 milliards de dollars au PIB, soit environ 8,6 % en 2023, un impact comparable à celui des secteurs de la construction ou de l’immobilier. Cette révolution silencieuse s’appuie sur une concurrence vive entre Orange Money, Wave, Yas, Wizall ou encore E-Money. Mais elle pose aussi la question de la cohérence du cadre fiscal et réglementaire, encore fragmenté entre plusieurs autorités.

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Garantir des bases essentielles à l’accès

Le rapport pointe clairement la fiscalité comme l’un des principaux obstacles à l’accélération du numérique. Les services mobiles supportent à la fois plusieurs taxes sectorielles spécifiques – contribution spécialisée et redevance d’utilisation – et la TVA de 18 %. Les terminaux, en particulier les smartphones d’entrée de gamme, restent fortement taxés alors qu’ils sont la porte d’entrée vers les services numériques pour les plus pauvres. La GSMA recommande de ramener les deux taxes sectorielles à 3 % chacune, d’exonérer de TVA et de droits de douane les smartphones en dessous d’un certain prix (17 500 FCFA), et de supprimer les 0,5 % de taxes sur les transferts et retraits mobile money tout en harmonisant la fiscalité entre tous les acteurs. Paradoxalement, ces baisses d’impôts ne signifieraient pas une perte nette pour l’État : selon les simulations, la croissance générée par l’usage accru du numérique pourrait porter à 417 milliards FCFA l’impact fiscal net d’ici 2030, dont 174 milliards issus de la digitalisation même de la collecte d’impôts et de taxes.

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Autre condition clé : l’alimentation électrique des sites télécoms. Environ 35 % des antennes 4G sont aujourd’hui situées à plus d’un kilomètre du réseau électrique, et la quasi-totalité des nouveaux sites nécessaires pour étendre la couverture se trouverait hors réseau. La GSMA plaide pour que les télécoms soient reconnus comme infrastructures nationales critiques et intégrés de manière prioritaire dans les grands programmes énergétiques. L’Association estime qu’une meilleure alimentation réduirait de moitié (de 20 à 10 milliards de dollars) l’investissement nécessaire pour porter la couverture 4G à 99,5 % de la population.

« Une synergie évidente est à trouver entre l’accès aux services numériques et l’accès à l’énergie au Sénégal. Le Pacte énergétique du gouvernement du Sénégal, adopté dans le cadre de la Mission 300, prévoit un accès universel à l’énergie d’ici 2029. L’électricité étant un préalable au développement des services numériques, il conviendrait de coordonner les efforts, notamment dans les zones non approvisionnées pour ces deux services et dans les pôles régionaux en croissance », a déclaré Jana Kunicova, directrice sectorielle du numérique pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre à la Banque mondiale.   

Agir vite et efficacement

Si l’ensemble des recommandations est mis en œuvre – politique de spectre plus prévisible, fiscalité allégée, soutien aux smartphones abordables, renforcement des compétences numériques et accélération des services publics en ligne – le Sénégal pourrait récolter d’ici 2030 un véritable dividende numérique. Les projections de la GSMA tablent sur 2,6 millions d’utilisateurs supplémentaires d’internet mobile, pour atteindre 13,1 millions de personnes (60 % de la population, 94 % des adultes) ; un gain de 1 100 milliards FCFA de valeur ajoutée issus de l’impact du numérique dans des secteurs comme l’agriculture, l’industrie, les transports, le commerce, la santé ou les services publics ; et la création d’environ 280 000 emplois, qui viendraient soutenir l’objectif gouvernemental de 350 000.

Reste une question politique : le Sénégal parviendra-t-il à aligner rapidement sa fiscalité, son cadre réglementaire et sa stratégie énergétique sur l’ambition affichée du New Deal Technologique 2034 ? Le pays dispose d’atouts indéniables : infrastructures 4G avancées, écosystème mobile money dynamique, vision stratégique claire. Mais sans décisions fortes pour lever les freins identifiés, le risque est de voir se creuser un fossé entre un discours de « nation numérique leader » et la réalité quotidienne des usagers, encore nombreux à rester au bord de la route du numérique. Pour la GSMA, la balle est désormais dans le camp de l’État et du régulateur : à eux de transformer l’essai et de faire du mobile le moteur – et non simplement le miroir – de la transformation économique du Sénégal.

Pour Alioune Sall, le ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, « ce rapport représente une contribution significative à la réflexion nationale. Il ne vient pas replacer une vision mais l’éclairer, la contextualiser et parfois la questionner avec la rigueur des analyses […] ce rapport contribue à renforcer une dynamique collective, il nous invite à poursuivre nos efforts, à consolider nos acquis et à faire preuve de lucidité dans l’identification des priorités à court, moyen et long terme ».

Muriel Edjo

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