Sifflets et claquements de fouets : le bruit du succès du programme Technologies pour la transformation de l’agriculture africaine dans les basses...

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Korofto, district d’Adama, Éthiopie — Si les sons stridents des sifflets des policiers qui résonnent dans la vallée de la rivière Awash en Éthiopie ne semblent pas incongrus, le claquement des fouets qui émanent des champs de blé irrigués inciteraient à s’interroger sur ce qu’il se passe dans cette parcelle de coopérative agricole isolée.

Traverser les tiges de blé à hauteur de cuisse permet de découvrir des travailleurs agricoles qui soufflent dans des sifflets et font claquer leurs fouets pour faire fuir les quéléas, une espèce d’oiseaux destructeurs qui affluent dans les champs pour picorer les grains de blé en phase de maturation.

Cette cacophonie sonore destinée à débarrasser les champs de ces oiseaux comme l’explique l’agriculteur Yilma Mamo, témoigne, en réalité, du succès de l’initiative Technologies pour la transformation de l’agriculture en Afrique (dit TAAT, par acronyme anglais).

Agriculteur et bénéficiaire du programme TAAT, Yilma Mamo assure que sa participation au programme TAAT lui a apporté une plus grande sécurité financière et alimentaire

Lancé en 2018, le programme TAAT fait partie intégrante de la stratégie « Nourrir l’Afrique » 2016-2025 de la Banque africaine de développement.

TAAT a pour objectif de mettre à profit des technologies éprouvées pour accroître la productivité agricole en Afrique, tout en atténuant les risques et en favorisant la diversification et la transformation dans 18 chaînes de valeur agricole au sein de huit secteurs prioritaires. TAAT va permettre de produire 100 millions de tonnes supplémentaires de denrées alimentaires pour nourrir 200 millions de personnes.

En Éthiopie, TAAT fournit à des dizaines de milliers de petits exploitants agricoles comme Mamo des variétés de blé résistantes à la chaleur qui produisent des récoltes plus rentables que les cultures traditionnelles comme les légumes.

« Pendant des années, j’ai cultivé des tomates, des oignons, des poivrons et des choux. Le coût de production était très élevé et le marché pour ces produits était volatil – parfois, on perdait de l’argent », raconte Yilma Mamo, qui travaille la terre dans la région depuis 1969, qui précise que les oiseaux n’attaquaient pas ses légumes. Il ajoute que le coût de production du blé est très bas et que « les profits sont bons », ce qui garantit la sécurité alimentaire et financière de sa famille et de sa communauté. « Faire fuir les oiseaux demande beaucoup d’efforts. [Mais] je préfère produire du blé, même si cela attire les oiseaux ».

VIDÉO - Regardez comment les agriculteurs du programme TAAT font claquer leurs fouets et jouent de leurs sifflets pour préserver leurs cultures

Yilma Mamo est l’un des plus de 28 000 agriculteurs éthiopiens qui ont reçu des semences de blé financées par le TAAT depuis 2018 grâce au TAAT Wheat Compact (« Pacte du blé TAAT », ndlr), dirigé par l’International Center for Agriculture Research in the Dry Areas (« Centre international de recherche agricole dans les zones arides ») et l’Ethiopian National Agricultural Research Institute (« Institut national éthiopien de recherche agricole »).

Dans les basses terres d’Éthiopie, à l’instar du district d’Adama, à une centaine de kilomètres au sud-est de la capitale Addis-Abeba, la culture du blé est relativement récente. Le programme du gouvernement éthiopien a contacté les agriculteurs et leur a dispensé une formation sur la culture des céréales résistantes à la chaleur dans les lieux où les températures diurnes peuvent atteindre 35 degrés Celsius. « Avant, on ne savait pas que la culture du blé pouvait donner de bons résultats dans ces régions », a déclaré Yilma Mamo.

Les agriculteurs bénéficient de prêts du gouvernement qui couvrent 80 % des coûts de préparation des sols, des semences, des engrais et des machines agricoles pour la récolte. Les prêts sont remboursés au moment de la récolte. 

« Les variétés de blé résistantes à la chaleur sont capables de supporter les températures élevées des basses terres. En fait, ces plantes peuvent se développer là où les variétés de blé ordinaires auraient du mal à produire autant de grains », a déclaré Beth Dunford, vice-présidente chargée de l’Aagriculture et du Développement humain et social de la Banque africaine de développement, dans la foulée de sa récente visite à la ferme de Yilma Mamo. L’exploitation fait partie d’une coopérative d’agriculteurs de 280 membres.

La vice-présidente de la Banque Beth Dunford (à d.) et le directeur Martin Fregene (chemise blanche) se sont rendus récemment à la ferme de Yilma Mamo, bénéficiaire du programme TAAT.

« Il est essentiel que les agriculteurs africains disposent des outils technologiques et du savoir-faire nécessaires pour libérer le potentiel agricole du continent. L’initiative TAAT de la Banque se déploie en collaboration avec nos pays membres régionaux, pour fournir ces technologies agricoles afin de permettre au continent de mieux se nourrir », a ajouté Mme Dunford.

En Éthiopie, à la suite du déploiement de variétés de blé résistantes à la chaleur à l’échelle nationale, la superficie de blé irrigué est passée de moins de 5 000 hectares lors de la campagne agricole 2018-2019 à 650 000 hectares lors de la campagne 2021-2022. Les rendements du blé ont doublé et la production de blé de l’Éthiopie a crû de 1,6 million de tonnes supplémentaires en 2022. Le pays assure qu’il a atteint l’autosuffisance en matière de production de blé l’an dernier et qu’il est, pour la première fois, sur le point d’exporter du blé.

« Nous sommes fiers de ce que l’Éthiopie a accompli. Nous avons enregistré des succès similaires pour le TAAT en Zambie, au Ghana, au Zimbabwe, au Soudan, au Kenya et dans d’autres pays », a déclaré Martin Fregene, directeur de l’agriculture et de l’agro-industrie à la Banque africaine de développement. « Les agriculteurs africains peuvent nourrir leurs pays et renforcer la résilience aux chocs qui affectent les systèmes alimentaires du continent s’ils adoptent, à grande échelle, les semences de blé améliorées du TAAT et d’autres pactes agricoles », a-t-il ajouté.

En juillet 2022, le Conseil d’administration de la Banque avait approuvé une enveloppe supplémentaire de 27,41 millions de dollars pour la mise en œuvre de la phase II du TAAT. Le programme TAAT vise à mettre des technologies éprouvées à la disposition de plus de 40 millions de producteurs agricoles à travers l’Afrique – dont la majorité sont des jeunes et des femmes dans les pays à faible revenu – d’ici à 2025. Ce financement soutient l’expansion de la plateforme TAAT qui permet aussi de fournir des variétés de blé résistantes à la chaleur, des variétés de maïs résistantes à la sécheresse et des variétés de riz à haut rendement, à 11 millions d’agriculteurs, tout en augmentant la production agricole de quelque 25 millions de tonnes de denrées alimentaires supplémentaires.

L'initiative TAAT est l'une des solutions, que pilote l'Afrique pour accroître sa capacité de production alimentaire, présentées lors du Sommet Dakar 2 sur l'alimentation, du 25 au 27 janvier.

Macky Sall, président du Sénégal et président en exercice de l'Union africaine, est l'hôte de ce sommet de trois jours, que coorganise le Groupe de la Banque africaine de développement.

Pour en savoir plus sur le Sommet Dakar 2 sur l'alimentation en Afrique, cliquer ici.

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