« Nous allons investir dans le leadership américain en matière quantique comme jamais auparavant. » C'est avec son style habituel et sa manière coutumière de dire que tout ce qui existait avant lui ne compte pas, que Donald Trump a signé deux décrets sur la technologie quantique.
Le premier ordonne aux agences fédérales de construire d'ici 2028 un ordinateur quantique, capable de mener des recherches scientifiques concrètes. Le second vise le renforcement de la cybersécurité nationale, en déployant d'ici 2031 la cryptographie post-quantique dans l'ensemble des systèmes gouvernementaux.
Cette intention de la Maison Blanche n'est pas vraiment une nouveauté, puisque, dès 2019, lors du premier mandat de Trump, 5 milliards de dollars avaient été injectés dans l'informatique quantique. Pour le second décret, c'est une accélération de l'objectif déjà fixé par Joe Biden. Avec lui, les États-Unis misaient sur l'horizon 2035 pour renforcer la sécurité via le quantique.
Un processeur de spin à 18 qubits pourrait permettre à l'informatique quantique de changer d'échelle
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Il faut dire que l'exploitation des ordinateurs quantiques inquiète. Un tel ordinateur suffisamment puissant serait capable de briser les algorithmes de chiffrement qui protègent aujourd'hui les transactions bancaires, les communications militaires et les infrastructures critiques. Ce scénario funeste porte d'ailleurs le nom de « Q-Day ».
On en est loin, mais des adversaires peuvent déjà collecter des données chiffrées aujourd'hui pour les déchiffrer demain, dès que la puissance quantique sera au rendez-vous. Google a d'ailleurs avancé à 2029 sa propre échéance pour déployer des systèmes résistants à ce déchiffrement.
Pourquoi le quantique est une technologie de rupture
Un ordinateur quantique ne fonctionne pas comme les machines classiques. Là où les ordinateurs traditionnels manipulent des 0 et des 1, les ordinateurs quantiques exploitent des qubits capables d'exister simultanément dans plusieurs états. En combinant cette capacité au phénomène d'enchevêtrement, où l'état d'un qubit modifie instantanément celui d'un autre, ces machines peuvent théoriquement résoudre en quelques minutes des problèmes qui demanderaient des millions d'années à un supercalculateur classique.
Avec une telle puissance, les applications sont nombreuses : simulation moléculaire pour la pharmacologie, optimisation logistique, modélisation climatique. Mais c'est le volet cybersécurité qui cristallise l'urgence stratégique pour l'administration Trump. En théorie du moins, car en pratique, pour les États-Unis, l'urgence est plutôt de s'assurer une place dans la course lorsque cette technologie sera mature, ce qui est loin d'être le cas.
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Pour le moment, l'informatique quantique existe et fonctionne, mais uniquement dans des laboratoires ultra-contrôlés, sur des problèmes artificiels et sans application industrielle concrète à ce jour. Or, casser le chiffrement actuel nécessiterait des machines entre 100 et 1 000 fois plus puissantes que ce qui existe actuellement. Il faudra donc patienter au moins 10 ans, voire 20 ans, pour que le fameux Q-Day ne survienne.
Photo du cryostat de l’entreprise française Alice & Bob. Ce système permet de maintenir les composants du processeur quantique à une température proche du zéro absolu (-273,15 °C). © Alice & Bob
La France : stratégie industrielle et ultimatum sécuritaire
Si Trump s'impatiente sur ce sujet, c'est aussi parce que le monde ne l'a pas attendu. À Paris, à la fin mai, le gouvernement français annonçait pour le développement du quantique un milliard d'euros supplémentaire via France 2030, avec la projection d'un budget total de 3 milliards d'euros d'ici 2030. Le programme de développement s'appelle PROQCIMA et il est piloté par la DGA, l'agence gouvernementale chargée de l'armement.
Cinq start-up françaises planchent en parallèle sur ce programme : Alice & Bob, Pasqal, Quandela, Quobly et C12. Leur objectif : créer des ordinateurs quantiques capables de faire tourner 1 024 unités de calcul fiables simultanément d'ici 2032, contre une poignée aujourd'hui.
Côté sécurité, l'ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information) vient également de fixer une échéance ferme : à partir de 2027, elle cessera de certifier tout produit ne disposant pas d'un chiffrement résistant à l'informatique quantique. Les achats exclusivement « quantum-safe » seront exigés d'ici 2030. La certification ANSSI étant obligatoire pour les administrations françaises et les opérateurs d'infrastructures critiques, il ne s'agira donc pas d'une recommandation.
Toujours en Europe, l'Allemagne dispose d'un plan de 3 milliards d'euros et l'Union européenne mobilise plus de 13 milliards via son programme Quantum Flagship. Outre-Manche, le quantique se développe également avec 2 milliards de livres supplémentaires annoncés en mars dernier.
Et de son côté, la Chine aurait investi environ 15 milliards de dollars dans le quantique. Son champion, Origin Quantum, a lancé en mai 2026 le Wukong-180. Il s'agit d'un ordinateur à 180 qubits.
Dès lors, le vœu de Trump d'investir « comme jamais auparavant » ressemble plus à une volonté de rattrapage qu'à un coup d'accélérateur pour disposer d'une tête d'avance sur le quantique.
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