Journaliste star de la radio publique américaine, David Greene a reconnu sa voix dans un podcast généré sans son consentement par l’assistant NotebookLM de Google. Le géant américain conteste.
Passer la publicité Passer la publicitéPrès de 13 millions d’Américains connaissent sa voix. Entre 2012 et 2020, David Greene a co-animé «Morning Edition» («Edition du matin»), le programme d’information le plus populaire aux États-Unis diffusé sur la radio publique NPR. À l’automne 2024, alors qu’il présente désormais l’émission politique «Left, Right & Center» («Gauche, Droite & Centre»), le journaliste reçoit un courriel inattendu de la part d’un ancien collègue : «Je suis sûrement la 148e personne à te demander ça, mais as-tu donné ton accord à Google pour les laisser utiliser ta voix ?».
Le message fait référence à un podcast généré par NotebookLM, l’assistant de recherche dopé à l’intelligence artificielle développé par Google. L’outil produit des résumés audios de documents sous la forme d’une conversation vivante entre deux présentateurs, a priori virtuels. Mais dès la première écoute, David Greene reconnaît sa propre voix.
«J’étais complètement sidéré», témoigne le journaliste auprès du Washington Post. «C’était un moment surnaturel où j’ai eu l’impression de m’écouter moi-même.» David Greene estime que la voix utilisée par NotebookLM reproduit son débit de parole, ses intonations, et même ses tics de langage, à l’identique. Alors que d’autres messages d’alerte affluent de la part de ses proches, le présentateur se sent lésé et décide d’attaquer Google en justice pour usurpation de sa voix.
«Ma voix est la part la plus importante de qui je suis»
La plainte, déposée en janvier devant un tribunal du comté de Santa Clara en Californie, suggère que Google a délibérément plagié la voix de David Greene sans son consentement ni compensation financière. Le dossier cite un cabinet d’étude non identifié, qui établit que la voix artificielle de NotebookLM a été entraînée à partir de celle de David Greene avec un score de confiance de 53 à 60%. De son côté, Google conteste : « Ces allégations sont sans fondement », a déclaré le porte-parole José Castañeda. «La voix masculine utilisée dans les aperçus audio de NotebookLM est celle d’un acteur professionnel rémunéré par Google.»
Si plusieurs projets de lois visent à réguler l’utilisation des outils d’intelligence artificielle, David Greene s’appuie sur des textes déjà existants qui protègent l’image de personnes de notoriété publique aux États-Unis. Dès lors, James Grimmelmann, un professeur de droit du numérique à l’université de Cornell contacté par le Washington Post, estime qu’il n’est pas nécessaire de prouver que Google a utilisé la voix du journaliste pour entraîner NotebookLM. Pour l’emporter, David Greene doit seulement démontrer qu’un nombre suffisant d’auditeurs supposent que la voix de NotebookLM est la sienne, de telle manière que sa réputation puisse en être affectée.
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L’enjeu est intime : «Ma voix est la part la plus importante de qui je suis», confie celui qui rêvait de travailler à la radio depuis son enfance. David Greene craint aussi que sa voix puisse être manipulée pour conférer de la crédibilité à des informations et des opinions qui ne viennent pas de lui. «Je crois sincèrement que les conversations ont le pouvoir de changer nos vies et de changer le monde», admet-il au Washington Post.
L’année dernière, l’actrice Scarlett Johansson avait accusé l’entreprise OpenAI d’exploiter sa voix pour faire parler son assistant personnel «Sky» dans la dernière version de ChatGPT. La problématique de l’usurpation de la voix concerne aussi les doubleurs de cinéma, qui craignent d’être remplacés par la machine. En France, où 74 % des spectateurs préfèrent la version française d’après un sondage Ifop d’avril 2025, le collectif #TouchePasMaVF est récemment descendu dans la rue et réclame un consentement écrit obligatoire contre le clonage vocal.
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