Un projet agro-industriel soutenu par la Banque africaine de développement lancé à Sinématiali au nord de la Côte d’Ivoire

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Aux pieds des manguiers du plus grand verger de Sinématiali, au nord de la Côte d’Ivoire, le « Kapatchan », l’une des danses traditionnelles de réjouissance en pays sénoufo, attire femmes, jeunes et personnes âgées. Le son du balafon et du djembé accompagne, ce mercredi 27 juillet, le déhanchement des populations venues des régions limitrophes du Poro (dont dépend Sinémtuiali), de la Bagoué, du Tchologo et du Hambol.

Mobilisées par milliers, elles sont venues prendre part au lancement du grand projet de pôle agro-industriel du nord, qui va bientôt leur changer la vie. « Ce pôle agro-industriel verra le jour ici, » a déclaré le ministre Fidèle Sarassoro Gboroton, directeur de cabinet du chef de l’État Alassane Ouattara et originaire de la localité. Il a ajouté : « C’est surtout grâce à l’esprit de compromis et d’abnégation des populations qui ont su taire leurs différences dans l’intérêt de tous. »

« Nous tenons à transmettre la reconnaissance des populations aux partenaires pour leur contribution, qui permettront d’améliorer nos productions agricoles. Les populations me chargent de vous rassurer de leur engagement et leur détermination à la réussite de cette initiative », a ajouté le haut fonctionnaire. 

Sur le site de l’événement, émergera bientôt un parc industriel d’une superficie de 100 hectares. Le Premier ministre ivoirien Patrick Achi a posé la première pierre du projet. Il était entouré de plusieurs membres de son gouvernement, ainsi que de son homologue congolais, Anatole Makosso. Étaient également présents, la Banque africaine du développement, chef de file des bailleurs de fonds du projet, représentée par Attiogbevi-Somado Eklou, chef de la Division agriculture et agro-industrie à la direction générale pour l’Afrique de l’Ouest ainsi que l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, Jean-Christophe Belliard.

Le Premier ministre a déclaré : « Notre pays est une puissance agricole. Nous devons continuer de le renforcer et de le faire grandir, en produisant plus et mieux, et en transformant pour mieux exporter, a-t-il lancé sous les ovations de l’assistance. Ce projet est un chantier colossal qui s’insère dans une ambition, celle d’une agriculture nouvelle en Côte d’Ivoire. »

« Grâce au projet, nous allons accélérer et améliorer la productivité agricole. Il va permettre de créer 300 petites et moyennes entreprises et l’incubation de 1 000 jeunes entrepreneurs. Il est clair que, si nous donnons la place qu’il faut au secteur privé, nous bâtirons un secteur agricole performant », a ajouté Patrick Achi. Avant d’adresser ses remerciements au Groupe de la Banque africaine de développement, qui « a accepté de nous accompagner dans la mise en place de neuf agropoles à travers le pays. Faire grandir l’agriculture ivoirienne, c’est faire chaque jour le bien-être de nos populations ».

Le projet de pôle agro-industriel du nord témoigne du dynamisme de la coopération entre la Banque africaine de développement et la Côte d’Ivoire, ainsi que l’a souligné Attiogbevi-Somado Eklou : « C’est surtout une preuve de l’engagement du Groupe de la Banque africaine de développement d’accompagner les efforts de la Côte d’Ivoire dans la transformation de son agriculture. Nous ne ménagerons aucun effort pour vous accompagner dans le projet de transformation de l’économie ivoirienne, » a assuré Attiogbevi-Somado Eklou, qui représentait le président du Groupe de la Banque, Akinwumi Adesina.

Marie-Laure Akin-Olugbade, directrice générale de la Banque pour l’Afrique de l’Ouest a déclaré en marge de l'événement « La Côte d’Ivoire est l’un des pays pionniers dans le développement des projets d’agropoles, qui est aujourd’hui effectif dans vingt pays africains. Le Projet de pôle agro-industriel du nord est le deuxième projet du genre, après celui de la région du Bélier à Yamoussoukro, la capitale, sur un total de neuf agropoles repartis sur le territoire national et dont la mise en œuvre a été confiée à la Banque en accord avec les priorités nationales contenues dans le Plan national d’investissement agricole (2018 - 2025) de la Côte d’Ivoire. La formulation a pris, bien évidemment en compte les enseignements tirés de la mise en œuvre de son prédécesseur du Bélier et d’autres projets similaires financés par la Banque, notamment au Nigéria, au Togo et au Sénégal.»

Pour financer le projet, le Groupe de la Banque africaine de développement a décidé d’allouer 87,6 millions d’euros, à travers trois mécanismes de financement dont un prêt de 42 millions d’euros de la Banque africaine de développement, 12 millions d’euros du Fonds africain de développement – le guichet de financement concessionnel du Groupe de la Banque – et   de 33,6 millions d’euros, octroyé via l’Africa Growing Together Fund, un fonds cofinancé avec la Chine. D’autres bailleurs contribuent au projet : la Banque d'investissement et de développement (BIDC) de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à hauteur de 72,2 millions d’euros, le fond de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) pour le développement international pour 51,8 millions d’euros, et la Fondation sud-coréenne, Saemaul pour la mondialisation avec 6 millions d’euros.

Le projet permettra à la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao et deuxième exportateur mondial de cajou, d’accroître sa production dans les filières riz, maïs, mangue, anacarde, produits animaux et halieutiques. Il renforcera sa sécurité alimentaire et nutritionnelle, réduira sa dépendance aux importations alimentaires et accroîtra ses exportations de produits agricoles.

Le projet prévoit notamment l’installation d’un hub central viabilisé - voiries et réseaux divers, électricité avec de l’énergie verte et un éclairage solaire, assainissement, guichet unique, recyclage des déchets -pour accueillir les grandes unités industrielles et les services connexes (logistique, services). Cinq centres d’agrégation et de services seront construits pour servir de sites de stockage, de conditionnement secondaire et de transformation primaire des produits agricoles.

Le projet profitera à environ un demi-million de personnes - dont 51 % de femmes et 60% de jeunes - qui verront leurs revenus s’accroître. Mais ce sont 1,2 million de personnes au total qui profiteront des retombées indirectes du projet. Celui-ci va favoriser une augmentation et une diversification des produits agricoles, la création de 25 000 emplois directs et 45 000 indirects dans la zone d’intervention

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