Le cobalt occupe une place paradoxale dans notre quotidien technologique : on le trouve partout (dans nos poches, nos garages, nos réseaux électriques), mais on en parle très peu. Pourtant, ce métal est au cœur d'une contradiction majeure de notre époque.
La demande mondiale de batteries lithium-ion devrait être multipliée par quatre d'ici 2030, selon le Forum économique mondial, portée par l'essor des véhicules électriques. Ce bond en avant écologique repose, pour une large part, sur un métal extrait dans des conditions qui font froid dans le dos.
Un métal aux propriétés uniques, mais à double tranchant
Le cobalt présente des qualités que peu de matériaux peuvent égaler. Il permet aux batteries lithium-ion de stocker une grande quantité d'énergie tout en maintenant une température stable, aussi bien sous zéro qu'en pleine canicule. C'est ce qui le rend précieux dans l'aérospatial, la défense, la médecine et, surtout, dans les technologies d'énergie propre.
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Sans cobalt, nos batteries actuelles seraient bien moins performantes. Contrairement aux piles classiques, les batteries lithium-ion se rechargent des centaines de fois. Mais elles coûtent cher, elles sont toxiques et leur recyclage reste difficile. Ce n'est pas un détail : c'est un problème structurel.
Les risques pour la santé sont documentés. Des chercheurs des universités KU Leuven (Belgique) et de Lubumbashi (RDC) ont étudié le quartier de Kasulo, à Kolwezi, ville encerclée par les gisements miniers. Résultat édifiant : les enfants vivant près des mines affichaient dix fois plus de cobalt dans leurs urines que les autres enfants.
Le cobalt est un métal indispensable à la fabrication de nombreuses batteries qui alimentent les téléphones, les ordinateurs et les véhicules électriques. Toutefois, son extraction est souvent associée à de graves atteintes aux droits humains. © Wingedwolf, iStock
Leur taux dépassait même les seuils acceptés pour des ouvriers d'usine européens, selon Benoît Nemery, pneumologue à la KU Leuven et coauteur de l'étude. La poussière en suspension libère également de l'uranium et du radon, deux agents cancérigènes, dans un environnement déjà très peu couvert médicalement.
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Siddharth Kara, chercheur à la Harvard T.H. Chan School of Public Health et auteur de Cobalt Red, décrit des conditions de travail « inhumaines » dans les mines artisanales congolaises, où 15 à 30 % du cobalt est extrait par des mineurs indépendants payés quelques francs par jour. Son enquête de vingt ans sur le travail forcé et la traite humaine dresse un tableau accablant de cette « ruée vers le cobalt ».
Réduire la dépendance : pistes réelles et limites concrètes
Plusieurs acteurs industriels ont commencé à bouger. Voici ce qui se fait concrètement :
Tesla a réduit sa consommation moyenne de cobalt de plus de 60 % et intègre des batteries sans cobalt dans ses nouveaux modèles.BMW s'approvisionne depuis 2020 en cobalt au Maroc et en Australie, évitant les circuits congolais les moins contrôlés.Apple s'est engagé à réduire son recours au cobalt et à favoriser des fournisseurs responsables.Le recyclage représente une autre piste sérieuse. Redwood Materials, fondée par JB Straubel, ex-directeur technique de Tesla, récupère les batteries usagées pour en extraire cobalt, lithium, cuivre et nickel. La société estimait pouvoir alimenter un million de véhicules électriques par an grâce à des matériaux recyclés dès 2025.
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Lisa Benjamin, professeure de droit à la Lewis & Clark Law School de Portland, plaide pour que les communautés concernées aient un droit de veto réel sur les projets miniers qui les affectent. Pour l'instant, ce n'est pas le cas. La transition verte ne peut pas se construire sur de nouvelles injustices : c'est la vraie question que pose le cobalt.
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