Zambie : Hichilema joue gros à la veille d’un vote sous tension

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La Zambie retient son souffle à la veille d’une élection présidentielle qui pourrait décider de l’avenir politique de Hakainde Hichilema. L’élection en Zambie, prévue jeudi 13 août 2026, doit permettre à près de 8,8 millions d’électeurs de choisir leur président et leurs députés. Le chef de l’État sortant sollicite un second mandat après cinq années marquées par des réformes économiques, mais aussi par une vie quotidienne devenue difficile pour de nombreuses familles.

Le scrutin compte quatorze candidats. Hakainde Hichilema reste le favori, mais la montée de Brian Mundubile a resserré la compétition. Dans les marchés, les transports et les quartiers populaires, la campagne se joue moins sur les grands indicateurs économiques que sur le prix des aliments, le coût de l’énergie, l’emploi et la fiabilité de l’électricité.

Hakainde Hichilema défend son bilan économique

Le président sortant affirme avoir remis de l’ordre dans une économie lourdement endettée lorsqu’il est arrivé au pouvoir en 2021. Son gouvernement met en avant la restructuration de plus de 13 milliards de dollars de dette extérieure, la reprise des investissements miniers et le retour d’une plus grande confiance des partenaires internationaux.

Hakainde Hichilema cite également la gratuité de l’enseignement primaire et secondaire, le recrutement d’enseignants et de personnels de santé, ainsi que l’augmentation des fonds destinés aux circonscriptions. Ses partisans estiment que ces mesures ont créé des bases plus solides pour la croissance et amélioré l’accès aux services publics.

L’inflation a nettement ralenti et le kwacha s’est renforcé. Mais ces progrès ne se ressentent pas toujours dans le portefeuille des ménages. Le prix de certains produits de base reste élevé, tandis que les revenus ne suivent pas au même rythme. C’est ce décalage entre les résultats macroéconomiques et la vie réelle qui domine la fin de la campagne.

La vie chère au centre du vote

Pour de nombreux électeurs, la question principale est simple : leur situation s’est-elle réellement améliorée depuis 2021 ? Les dépenses liées à la nourriture, au transport, au carburant et à l’électricité continuent de peser lourd. Les petits commerçants et les salariés modestes disent avoir du mal à couvrir leurs besoins mensuels.

Le gouvernement peut rappeler que l’inflation annuelle est revenue autour de 6,6 %, son niveau le plus bas depuis plusieurs années. Sur les marchés, cependant, le prix de l’huile de cuisson et d’autres produits essentiels reste bien supérieur à celui observé au début du mandat. L’opposition s’appuie sur ce sentiment de frustration pour contester le récit d’une économie rétablie.

Brian Mundubile promet de mieux répartir les fruits de la croissance et de placer les jeunes et les femmes au cœur de son projet. Son alliance a récupéré une partie de l’électorat de l’ancien président Edgar Lungu, décédé en 2025. La longue querelle autour de l’inhumation de l’ancien dirigeant a renforcé les divisions entre le pouvoir et ses anciens adversaires. AfrikMag avait suivi la bataille judiciaire remportée par la famille d’Edgar Lungu sur les conditions de ses funérailles.

Les coupures d’électricité laissent des traces

La crise énergétique est l’autre grand sujet du scrutin. Une sécheresse sévère a réduit la production hydroélectrique en 2024 et 2025. Dans certaines régions, les coupures ont atteint jusqu’à vingt heures par jour. Des commerces ont perdu des marchandises, des ateliers ont ralenti leur activité et de nombreuses familles ont passé de longues soirées sans courant.

La situation s’est améliorée grâce aux importations d’électricité et à l’accélération de projets solaires. Les délestages sont moins longs qu’au plus fort de la crise. Leur impact politique reste néanmoins profond. Pour une partie de la population, les coupures symbolisent la difficulté du gouvernement à transformer ses réformes en amélioration rapide du quotidien.

Hakainde Hichilema répond que la sécheresse a frappé un système électrique trop dépendant de l’hydroélectricité. Il promet de diversifier davantage la production et d’investir dans de nouvelles capacités. Ses opposants affirment, eux, que le pouvoir a réagi trop lentement et que le coût de la crise a surtout été supporté par les ménages et les petites entreprises.

Le cuivre, enjeu économique et géopolitique

La Zambie est l’un des grands producteurs africains de cuivre, un métal devenu indispensable à la transition énergétique mondiale. Il représente environ 70 % des recettes d’exportation du pays et plus de 10 % de son produit intérieur brut. Le prochain gouvernement devra donc répondre à une question sensible : comment faire profiter davantage la population de cette richesse ?

Le pouvoir veut porter la production annuelle à trois millions de tonnes. Cette ambition attire l’attention des États-Unis et de la Chine, qui cherchent à sécuriser leur accès aux minerais stratégiques. Pour les électeurs, les annonces de nouveaux investissements ne suffiront pas si elles ne créent pas des emplois stables, des contrats pour les entreprises locales et des revenus publics visibles.

Un scrutin plus disputé que prévu

Hakainde Hichilema avait remporté l’élection de 2021 avec une large avance après plusieurs tentatives infructueuses. AfrikMag avait alors raconté sa victoire face au président sortant. Cinq ans plus tard, il doit convaincre que ses réformes méritent du temps supplémentaire.

Pour gagner dès le premier tour, un candidat doit dépasser 50 % des suffrages exprimés. Si personne n’atteint ce seuil, un second tour devra être organisé. La présence de quatorze candidats rend cette possibilité difficile à écarter, même si la bataille se concentre surtout autour du président sortant et de Brian Mundubile.

Le vote testera aussi la réputation démocratique de la Zambie. Le pays a connu plusieurs alternances pacifiques depuis le retour au multipartisme en 1991. Après une campagne marquée par quelques violences et des doutes exprimés sur l’impartialité des institutions, les électeurs attendent un scrutin calme, transparent et accepté par tous.

Hakainde Hichilema joue donc bien plus qu’un second mandat. Il demande aux Zambiens de croire à une reprise qui commence à produire des résultats. L’opposition leur propose de sanctionner une amélioration jugée trop lente. Jeudi, le verdict dépendra de la réponse apportée par les électeurs à une question très concrète : les réformes ont-elles enfin changé leur vie ?


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