Abdelkader Bengrina, candidat à la présidentielle de 2019, tente aujourd’hui de fédérer les mouvements favorables au président Tebboune. © Abdelaziz Boumzar/REUTERS
Réélu le 6 mai dernier à la tête du Mouvement El-Bina, l’islamiste Abdelkader Bengrina prêche, depuis, pour la constitution d’un Front interne susceptible, explique-t-il, de faire face « aux menaces extérieures et consolider la cohésion sociale ». Adepte des actions et des formules chocs, l’ex-ministre du Tourisme est convaincu d’être capable de fédérer autour de cette initiative, officiellement lancée au cours d’une rencontre organisée à huis clos le 4 juin à Alger et réunissant neuf partis politiques, des syndicats de travailleurs et de patrons, des zaouïas, des organisations de la société civile, tous traditionnels soutiens du régime.
À Lire Algérie : à quoi jouent les islamistes ?En première ligne de cette coalition, des formations politiques qui siègent à l’Assemblée nationale comme le FLN, le RND, le Front El Moustakbal ainsi que des organisations nationales, à l’instar de la centrale syndicale UGTA, l’organisation des moudjahidine, l’Union des paysans algériens (UNPA), les Scouts musulmans algériens et la Confédération générale des entreprises algériennes (CGEA).
Resserrer les rangs
Pour les mouvements qui rejettent cette initiative (RCD, FFS, Jil el Jadid et MSP), l’objectif de Bengrina et de ses alliés est avant tout de resserrer les rangs « en symbiose avec le pouvoir dans la perspective du scrutin présidentiel de 2024 ». Ce que devrait confirmer la conférence nationale prévue début juillet. D’ici-là, le patron d’El-Bina ne désespère pas de ramener d’autres organisations dans son giron, sa cible principale restant le Mouvement pour la société et la paix (MSP), l’autre parti islamiste, ex-membre de l’alliance présidentielle sous le règne d’Abdelaziz Bouteflika, qui représente une opposition modérée dans ses critiques face au pouvoir.
Pour l’heure, le MSP a toutefois décliné l’offre de rejoindre le Front interne, qui s’inscrit selon lui dans le cadre de la préparation de la présidentielle, et estime que ce projet d’unification des rangs est voué à l’échec sans prolongement populaire.
Proximité affichée avec Tebboune
Il est vrai que la sympathie de l’initiateur du « Front interne » pour le pouvoir n’est pas un mystère. Originaire du sud de l’Algérie (Ouargla), Abdelkader Bengrina, 61 ans, affiche sa proximité avec le président Abdelmadjid Tebboune, qu’il dit voir régulièrement pour échanger sur la situation du pays. Lors de l’ouverture du congrès d’El-Bina, durant lequel il était le seul candidat à sa propre succession, il n’a d’ailleurs pas tari d’éloges sur le chef de l’État, qualifiant ceux qui s’opposent à lui de « symboles du traître à l’Algérie ».
Cette allégeance assumée lui a valu d’être reconduit à la tête du mouvement El-Bina par le nouveau conseil consultatif, en présence de sept membres du gouvernement, dont Brahim Merad, ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, présent en qualité de représentant du président de la République. Ce qui est un fait assez rare, lors de la tenue d’un congrès des partis politiques.
À Lire Pourquoi l’opposition algérienne est réduite au silenceLa question demeure toutefois de savoir si, comme il l’assure, Abdelkader Bengrina est en capacité de réunir autour de lui les différents partis se réclamant de l’islam politique. Lui se vante d’avoir le soutien de la base du Front islamique du salut (FIS), dissout, et de ses dirigeants. Mais pour l’heure, il ne bénéficie pas de l’appui des principaux partis islamistes légaux que sont le MSP et le Front de la justice et le développement d’Abdallah Djaballah, qui lui reprochent de « faire partie du régime de Bouteflika ».
Proche de Mahfoud Nahnah, le fondateur du MSP, Bengrina a milité à ses côtés jusqu’à sa mort, en 2003. Membre du Conseil national de transition (1994-1997), il est promu ministre du Tourisme et de l’artisanat en 1997, lorsque le MSP intègre pour la première fois l’exécutif, sous la présidence de Liamine Zéroual (1994-1999). Il est aussi député à Alger en 2002 avant de créer, en 2013, sa propre formation politique.
Sorties médiatiques
Candidat à la présidentielle du 12 décembre 2019, Bengrina avait alors mené campagne en s’autoproclamant candidat du Hirak, islamiste et anti-français. Il promettait de faire trembler l’Europe par ses positions nationalistes et anti-ingérence. Partisan de l’islam confrérique, il œuvrait aussi pour que les élèves inscrits dans les écoles coraniques et les zaouïas accèdent à l’enseignement supérieur, dans les spécialités sciences islamiques et humaines, sans nécessairement passer par le baccalauréat. Ses sorties médiatiques, souvent tournées en dérision, font également le miel des internautes. Comme lorsqu’il se filme en train d’accomplir la prière sur le trottoir, avec ses lunettes et ses chaussures. Ou quand il éclate en sanglots à la récitation de versets coraniques.
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2 years ago
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