«Il y a un côté cocorico» : à Station F, le petit monde de l’IA tricolore se réjouit des investissements français

SOURCE | 1 year ago


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REPORTAGE – Les allées étaient bondées ce mardi, à Station F, en marge du «business day» lié au sommet sur l’IA. L’occasion pour les entrepreneurs de partager leurs solutions et pour la France d’afficher sa détermination dans sa course à l’IA.

«Souveraineté», «data», «LLM»… dans les allées de Station F, à Paris, l’effervescence était à son comble ce mardi. Le «Business day» organisé par Bpifrance était l’événement à ne pas rater pour les entrepreneurs spécialisés dans l’intelligence artificielle. En tout, ils étaient 4000 à discuter de leurs solutions, échanger des cartes de visite ou écouter des dizaines d’intervenants autour de tables-rondes. Pour entrer dans Station F, il a fallu être patient, avec une file d’attente de 3h30 au plus fort de la journée. Dans les couloirs, les professionnels, quasiment tous en veste de costume, échangeaient sur leurs solutions, dans un anglais parfaitement maîtrisé.

Les entrepreneurs avaient le sourire aux lèvres comme Fariha Shah, PDG et fondatrice de Cominty.ai : «Je n’ai jamais vu un marché avec autant d’effervescence, c’est maintenant que ça se passe.» Sa solution, Cominty.ai, est à destination des entreprises et permet, en partie, de simplifier le traitement des données. Avec une dizaine de clients à son actif, elle comptait «avoir plus de partenariats» ce mardi. «J’ai déjà fixé beaucoup de rendez-vous», sourit-elle. Fariha Shah, en première ligne pour nouer des liens avec d’autres professionnels, a été ravie des «invités de qualité présents» à cet événement. Parmi les intervenants, figuraient notamment Adam Cohen, Head of Economic Impact chez OpenAI, Alexandre Dayon, ex-président de Salesforce ou encore Amir Reza Tofighi, président de la CPME. Ce sont «des gens de l’écosystème, on peut parler de technicité et poser des questions extrêmement ciblées», complète Fariha Shah.

Pour les entreprises, la «visibilité» du «Business day» est essentielle, comme pour Greyparrot qui propose «une IA appliquée au secteur du déchet». Pour cette société britannique, qui travaille avec 60 usines de tri à travers le monde, dont deux en France, l’objectif est de «discuter avec l’industrie en général et de réengager des discussions». «Chaque marché est différent, c’est important d’être reconnu» par ses pairs, confie Gaspard Duthilleul, Chief Operating Officer (COO). À quelques mètres, une autre entreprise spécialisée dans l’IA, SAP, affiche sa solution aux «partenaires, clients et curieux». Elle propose, entre autres, d’exploiter les données des entreprises «de manière responsable», grâce à l’IA. «On met la France et l’Europe en lumière, il y a un côté cocorico», s’exclame Benjamin Golder, Digital marketer de SAP France.

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«Démontrer le potentiel de l’IA»

Les initiatives du gouvernement, sont, elles aussi, mises en avant, comme les 35 «défis» sélectionnés dans le cadre de France 2030. Ces «défis» sont en réalité des start-ups qui ont obtenu un accompagnement de l’Etat pour développer leurs solutions. Parmi elles, Pinocchio propose par exemple un programme de développement de logiciels IA lié à la robotique, pour mieux contrôler des robots et la perception de leur environnement. JEDI a conçu, elle, une solution d’IA permettant de mesurer, en temps réel, la séquestration du carbone d’une parcelle agricole. Parmi les 35 «défis», se trouve également une IA pour la détection précoce du glioblastome, un cancer cérébral très répandu à travers le monde. À la tête de ce projet, se trouve notamment le groupe pharmaceutique Servier et la start-up franco-américaine Owkin. Au total, 21 entreprises proposent des usages de l’IA au quotidien et 14 concernent des solutions de pur IA, qui génèrent essentiellement des algorithmes.

En plus de start-ups tricolores, d’autres solutions venues d’Ethiopie, de Côte d’Ivoire, de la Pologne ou des États-Unis ont été sélectionnées dans le cadre de ce programme. «La France voulait à tout prix démontrer le potentiel de l’IA dans la société et en économie», explique Anuchika Stanislaus, conseillère numérique et grands projets au sein du programme d’investissements France 2030. De son côté, Bruno Bonnel, secrétaire général pour l’investissement, chargé de France 2030 évoque «un enthousiasme» avec «un laboratoire de ce qui se passe au sommet» de l’IA. Le représentant a d’ailleurs annoncé ce mardi que «sur les 54 milliards d’euros du plan France 2030, 5 milliards seront dédiés à l’IA (au lieu de 2 milliards d’euros initialement prévus)». Bruno Bonnell compte déjà relancer de nouveaux défis, jusqu’en 2027, et souhaite continuer d’accompagner ces start-ups prometteuses.

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Une IA «ouverte» et «inclusive»

Le sommet de l’IA, au Grand Palais, et le «business day», à Station F, ont permis de mettre un coup d’accélérateur sur la place de l’IA dans l’Hexagone, et de promouvoir ses talents. Parmi les entrepreneurs interrogés, tous sont unanimes : «c’est la première fois qu’un événement d’une telle ampleur se tient en France». Pour Emmanuel Macron, qui a multiplié les prises de parole et annoncé 109 milliards d’euros d’investissements dans l’IA, cette visibilité est primordiale, alors même qu’un accord a été signé entre 58 pays pour promouvoir une IA «ouverte» et «inclusive». Seuls les États-Unis et le Royaume-Uni n’ont pas apposé leurs signatures.

Pour les entrepreneurs présents ce mardi, la transparence et l’encadrement de l’IA sont «essentiels». «On n’imagine pas un monde sans régulation mais l’Europe doit, à un moment, simplifier son modèle», relève Christel Heydemann, directrice générale d’Orange, qui vient de signer un partenariat avec le champion français de l’IA, Mistral AI. Si l’Europe instaure des garde-fous pour encadrer cette technologie, les États-Unis, eux, préfèrent développer leurs innovations, avant de penser réglementation. Reste à voir quel continent parviendra à remporter la course à l’intelligence artificielle, dans un écosystème en constante évolution. «Nous n’en sommes qu’au début», souffle Christel Heydemann.


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