Depuis le mois de mars, les forces spatiales américaines effectuent des exercices de guerre orbitale. Le premier de cette série de quatre entraînements, intitulé « Apollo Insight », simulait l'emploi d'armes de destruction massive en orbite basse, c'est-à-dire une bombe nucléaire.
Le prochain aura lieu fin juin et portera sur la manœuvrabilité des satellites pour esquiver les menaces ou s'approcher de l'adversaire. Quel adversaire ? Il s'agit essentiellement de la Russie et de la Chine, car les deux pays sont les seuls à disposer de satellites dits « inspecteurs ».
Ces appareils sont conçus pour s'approcher et potentiellement neutraliser des satellites. Lors du dernier exercice, la question d'une explosion nucléaire en orbite interpelle. Visiblement, les militaires américains redoutent que l'un de leurs adversaires, en premier lieu la Russie, se lance dans cette aventure hasardeuse.
La menace russe
Ce n'est pas la première fois que Futura évoque cette menace hypothétique. Dès février 2024, nous rapportions les alertes du renseignement américain concernant le développement par la Russie d'une arme antisatellite (ASAT) à ogive nucléaire.
Faut-il craindre un déploiement d’armes nucléaires dans l’espace ?
La Russie a posé son véto à l’encontre d’un projet de résolution de l’ONU réaffirmant l'interdiction de l’envoi d’armement nucléaire dans l’espace. La Chine s’est abstenue. Est-ce que cette décision pourrait engendrer une course à l’armement au dessus de nos têtes ? Et quelles seraient les conséquences ?... Lire la suite
L'administration Biden avait alors indiqué qu'un satellite de test russe, le Cosmos 2553, vraisemblablement conçu pour développer une arme antisatellite nucléaire, gravitait en orbite depuis deux ans déjà. Moscou avait nié, qualifiant ces allégations de « mensonges ».
Ce qui a jeté de l'huile sur le feu, c'est que la Russie avait poussé les États-Unis à refuser, en avril 2024, un projet de résolution de l'ONU réaffirmant l'interdiction des armes nucléaires dans l'espace. Cette interdiction était clairement inscrite dans le Traité sur l'espace extra-atmosphérique de 1967. En opposant son veto au Conseil de sécurité, le Kremlin a renforcé les soupçons sur ses véritables intentions.
Une explosion nucléaire dans l’espace, ça donnerait quoi ? Les Américains le savent puisqu’ils ont réalisé cette expérience en 1962. Ce n’était pas une bonne idée et ce serait infiniment pire aujourd’hui. © The Nevada National Security Sites, YouTubeStarfish Prime : le précédent qui inquiète encore
Pour comprendre pourquoi une détonation nucléaire en orbite est un scénario si redouté, il faut remonter au 9 juillet 1962. Ce jour-là, les États-Unis font exploser dans le cadre du projet Starfish Prime une bombe thermonucléaire de 1,4 mégatonne. Cela représente l'équivalent de 500 fois la puissance de la bombe d'Hiroshima. La détonation s'est déroulée en orbite basse à 400 kilomètres d'altitude. Résultat : deux satellites détruits, des défaillances électriques constatées jusqu'à Hawaï, et une ceinture de radiation artificielle persistant plusieurs années dans les ceintures de Van Allen.
Les États-Unis se sont donc fait peur et ont compris que ce n'était pas une bonne idée, puisque cela entraîne également la destruction de leurs propres infrastructures et satellites. Aujourd'hui, avec des milliers de satellites en orbite basse, et notamment les constellations Starlink dont dépendent les communications civiles et militaires mondiales, les conséquences d'un tel événement seraient sans commune mesure.
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Selon le rapport 2025 de la Secure World Foundation, une telle explosion détruirait dans un premier temps les satellites dans la ligne de mire directe, avant qu'une seconde vague de dégradations, liée à l'augmentation du rayonnement piégé dans les ceintures de Van Allen, ne frappe pendant des mois, voire des années, l'ensemble des engins en orbite basse, y compris les satellites russes et chinois.
Le danger des missiles antisatellites
L'idée serait encore plus mauvaise qu'à l'époque donc. S'il y a peu de chances que les Russes ou les Chinois se lancent dans ce type de projet, la menace ne se limite pas aux armes de destruction massive.
Plusieurs tirs de missiles antisatellites depuis le sol ont déjà été réalisés. Le dernier a été effectué par les Russes en 2021 et les débris engendrés par la destruction de leur satellite déclassé ont mis en danger les équipages des stations spatiales chinoise et internationale. L'utilisation d'armes explosives destructrices en orbite n'apporterait donc rien aux différentes puissances, à moins qu'il ne s'agisse d'une action d'ultime recours ou d'un acteur irrationnel.
Dès lors, pourquoi les États-Unis se lancent-ils dans une telle simulation ? Justement pour évaluer le « pire » des scénarios. Cela leur permet de cartographier leurs vulnérabilités et de mettre en place une chaîne de résilience efficace. C'est d'ailleurs pour cette raison et aussi parce que la plupart des satellites proviennent du secteur privé qu'une soixantaine d'entreprises du secteur ont été associées à cette simulation. C'est une première et c'est plutôt contre-nature pour les militaires. Enfin, c'est aussi l'occasion d'envoyer un signal de dissuasion à Moscou pour montrer publiquement que les États-Unis peuvent être résilients face à une telle attaque.
Cette guerre nucléaire dans l'espace reste donc très secondaire par rapport aux véritables menaces. C'est pourquoi les forces spatiales américaines, et d'ailleurs également françaises, élaborent des simulations de combat orbital, face à des menaces comme les lasers aveuglants, le brouillage électronique, ou encore les fameux satellites « inspecteurs ».
Mais, aujourd'hui, avec l'exercice Apollo Insight, c'est vraiment cette mobilisation des capacités commerciales pour répondre aux menaces qui fait entrer la militarisation spatiale dans une nouvelle ère.
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